L’hémisphère sous pression : stratégie américaine et avenir de Cuba

L’hémisphère sous pression : stratégie américaine et avenir de Cuba

Joel Leon

 

BOUKAN NEWS, 09/19/2026 – Depuis 1986, le Goldwater-Nichols Act oblige chaque administration américaine à définir les intérêts vitaux du pays, les menaces et les moyens de les protéger dans la « Stratégie de sécurité nationale des États-Unis » (U.S. National Security Strategy, NSS).

La pression des Etats-Unis sur l’hémisphère

En novembre 2025, l’administration Trump a publié sa stratégie, plaçant pour la première fois depuis des décennies l’hémisphère américain devant l’Asie, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette priorité rappelle la doctrine Monroe de 1823, conçue pour limiter l’influence européenne dans les Amériques.

Cette posture renoue avec une gestion plus directe de l’hémisphère, jugée révolue depuis la guerre froide. La stratégie vise à contenir l’influence de la Chine et de la Russie, notamment via Cuba, et à renforcer le contrôle américain sur les États du continent.

Les interventions musclées de l’administration Trump avertissent les régimes jugés trop indépendants ou contraires aux intérêts américains que leur survie est menacée. Ces ambitions impériales se traduisent par la volonté de reprendre le canal de Panama, de rebaptiser le golfe du Mexique, d’imposer de lourds droits de douane et, surtout, par l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro et son transfert à New York. Le cas cubain, plus révélateur et risqué, mérite une attention particulière.

Cuba

Depuis 1959, Cuba défie les États-Unis après l’instauration par Fidel Castro d’un régime socialiste en pleine guerre froide. Soutenu autrefois par le pacte de Varsovie, ce petit État a résisté au plus long embargo économique de l’histoire, mais lutte désormais pour sa survie sous la pression américaine, après 67 ans de pouvoir des frères Castro.

Fils d’immigrants cubains arrivés aux États-Unis en 1956, le secrétaire d’État Marco Rubio défend depuis longtemps une ligne dure envers Cuba. Proche des faucons cubains de Floride, il est l’un des architectes de la politique américaine envers l’île. Invoquant la loi Helms-Burton, il subordonne toute normalisation à l’adoption de principes démocratiques occidentaux et souhaite l’effondrement du régime né en 1959.

En juin 1958, depuis la Sierra Maestra, Fidel Castro écrivait à Celia : « Quand cette guerre se terminera, une autre, bien plus longue et grande, commencera : la guerre que je vais lancer contre les États-Unis. Ceci va être mon véritable destin. » Il a mené ce combat jusqu’à sa mort, mais la révolution paraît aujourd’hui menacée.

Malgré les acquis de la révolution dans l’éducation, la médecine, le sport et la solidarité internationale, Cuba est resté économiquement dépendant. La disparition de l’aide soviétique au début des années 1990 a aggravé la crise et rapproché le pays de l’explosion sociale. Le régime a néanmoins survécu.

Trente-cinq ans plus tard, Cuba traverse une crise comparable, voire pire, aggravée par la chute de Maduro, qui lui fournissait du pétrole presque gratuit. Tandis que Marco Rubio multiplie les sanctions contre les dirigeants, la population en subit les effets : pauvreté extrême, pénuries alimentaires et électricité presque inaccessible.

L’offensive américaine est claire. Le 17 décembre, le département d’État a annoncé qu’en vertu du décret 14404, Marco Rubio désignait 11 personnes et entités accusées de soutenir l’exploitation de Cuba par une élite militaire « restreinte et corrompue ».

Le 3 septembre 2026, le département d’État a désigné Fidel Ernesto Castro Calis, petit-fils de Raúl Castro, comme membre adulte de la famille d’Alejandro Castro Espín, déjà sanctionné avec son autre fils, Raúl Alejandro Castro Calis, en vertu du décret 14404 le 4 juin 2026.

Le 20 juillet 2026, le département d’État a publié un rapport de 100 pages intitulé « Cuba : la capitale du communisme du XXIe siècle ».

Les sanctions visent l’ensemble de l’économie cubaine, notamment la Banco Exterior de Cuba, Nicarotec, Abapet et Comercial Cupet S.A.

Le 20 août 2026, neuf personnes ont été sanctionnées, dont Fernando Gonzalez LLort, président de l’Institut cubain d’amitié avec les peuples et ancien détenu pour espionnage aux États-Unis, ainsi que la ministre de la Construction Renee Mesa Villafaña.

Ces mesures soulèvent une question : les jours du régime cubain sont-ils comptés ? Une intervention américaine plus musclée, voire militaire, paraît possible. Cuba n’a presque plus d’alliés régionaux, hormis le Brésil, où Lula da Silva affrontera Flávio Bolsonaro le 4 octobre. Le Nicaragua de Daniel Ortega est aussi dans le collimateur de Washington, tandis que la droitisation des Amériques isole davantage La Havane.

À mon avis, les dirigeants cubains ont manqué l’occasion de se réintégrer au concert international lorsque Barack Obama leur a tendu la main en décembre 2014. Faute d’ouverture vers l’Occident, ils ont répété l’erreur de Yasser Arafat, qui n’avait pas saisi la détente proposée par Ehud Barak sous l’égide de Bill Clinton au sommet de Camp David en juillet 2000.

L’histoire offre des occasions uniques qu’il faut saisir. Après Mao, le pragmatisme de Deng Xiaoping a contribué à faire de la Chine, cinquante ans plus tard, une grande puissance mondiale. À l’inverse, l’enfermement idéologique menace l’avenir d’un peuple. Le bien-être humain, objectif ultime, peut être poursuivi par diverses voies.

Joel Leon : Directeur de media, Journaliste, Historien

 

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