Haïti face au défi d’une transition politique sans fin
BOUKAN NEWS, 09/05/2026 – Le premier ministre Didier Fils-Aimé aurait tout intérêt à organiser les élections cette année. Un nouveau pouvoir législatif, un président élu et des collectivités territoriales doivent prêter serment au plus tard début mai 2027. À défaut, il risque d’être rattrapé par l’usure du temps. Les transitions qui s’éternisent finissent généralement par lasser la population et attiser la colère des politiciens.
Déjà, des aventuriers éternels descendent dans les rues, armés de « katya pika » et de « jilet bouyi », prêts à verser le sang de leurs propres frères pour s’emparer du pouvoir et s’enrichir, leur seule véritable spécialité. Ces affamés de pouvoir n’ont rien retenu de l’histoire sanglante de ce pays de 27 750 kilomètres carrés. Ils ne reculeront devant rien, sauf peut-être devant la tête de celui qui gouverne. L’assassinat crapuleux du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, n’a servi de leçon à personne.
Depuis plus de cinq ans, les ténors et les aspirants au pouvoir prolongent la transition. Prévue par la Constitution comme une parenthèse brève de trois à six mois, elle dure désormais depuis 62 mois. Pire encore, des politiciens sans scrupules cherchent à l’étendre indéfiniment, sans mesurer les risques qu’une telle dérive pourrait entraîner contre le pays.
La déraison continue de régner en maître dans les sphères du pouvoir. Les responsables politiques ne semblent pas comprendre que le pays est épuisé par ce climat délétère, entretenu de manière délibérée. Le peuple haïtien, victime historique des affrontements entre politiciens, est lassé depuis longtemps ; la communauté internationale, elle-même complice, réclame des élections ; le bon sens et la logique exigent la fin des souffrances imposées aux familles haïtiennes. Seuls ceux qui profitent de cette situation, ou espèrent en tirer profit, semblent encore s’en accommoder.
À la suite de plusieurs entretiens avec des acteurs étrangers, tout indique une volonté pressante de juguler la crise. L’un d’eux m’a même assuré que des résultats en matière de sécurité seraient visibles d’ici la fin novembre. J’ai toujours insisté sur la nécessité d’un climat sécuritaire avant toute organisation d’élections dans le pays. Ce préalable demeure incontournable et non négociable.
Il est désormais impératif que tous les secteurs rationnels de la société haïtienne exercent une forte pression sur Didier Fils-Aimé et sur la communauté internationale, en particulier le gouvernement américain, afin qu’ils s’engagent clairement en faveur de la voie électorale. À trois mois des élections, si la date du 3 décembre 2026 est maintenue, le gouvernement doit tenir un discours unique devant les électeurs, les acteurs politiques et les observateurs internationaux : sécurité et élections. Le premier ministre doit démontrer, par ses gestes et ses actes, qu’il prend au sérieux l’organisation du scrutin et le rétablissement de la sécurité. Trop de doutes subsistent quant à la volonté du pouvoir et à la capacité du Conseil électoral provisoire (CEP) d’organiser réellement ces joutes.
Aux membres du CEP, l’image d’amateurisme qu’ils projettent nourrit toutes sortes de rumeurs. Cette institution spécialisée a été créée pour accomplir un travail technique d’envergure, essentiel à la nation. S’ils ne disposent pas eux-mêmes des compétences nécessaires, qu’ils les recherchent ailleurs où qu’ils démissionnent. L’enjeu est trop important pour tolérer l’improvisation et l’incompétence. Qu’ils cessent de repousser les dates des élections comme on change de chemise. Un tel comportement traduit une incapacité, voire une incompétence, peu rassurante chez des responsables qui devraient avant tout faire preuve de vision.
La transition politique est une anomalie dans toute société. Lorsqu’elle s’éternise, comme c’est aujourd’hui le cas en Haïti, elle devient avilissante, immorale, absurde et menace l’avenir de plusieurs générations. Ceux qui cherchent à la prolonger doivent se ressaisir, s’ils ne sont pas uniquement mus par le désir de s’enrichir, l’un des ressorts cachés des transitions interminables. Il leur faut revenir à la raison et au patriotisme, en contraignant Didier Fils-Aimé et la communauté internationale à sécuriser le pays, et le CEP à se montrer à la hauteur de cette tâche électorale majeure.







