Vers la fin de la gouvernance multipolaire et l’affirmation d’une nouvelle suprématie américaine
I- Désormais, le monde semble avoir un nouveau maitre (partie I)
BOUKAN NEWS, 01/17/2026 – Au sortir de la guerre froide, au début des années 1990, la disparition du bloc soviétique n’a laissé aucune nation s’imposer comme puissance dominante sur l’échiquier mondial. Si certains observateurs ont anticipé l’avènement des États-Unis à ce rang, d’autres ont vu en l’Europe ou la Chine de possibles prétendants. En réalité, la transition vers un monde non bipolaire s’est opérée sous l’action conjointe des influences américaines (États-Unis), européennes (Allemagne, France, Angleterre, Italie, Russie…) et asiatiques (Chine, Corée du Nord, Inde, Japon…). De ce processus est née une gouvernance partagée, dans laquelle l’Occident et ses alliés occupaient une place prépondérante.
Cette configuration internationale est remise en question à partir du 20 janvier 2025, date marquant environ 35 ans après la dissolution du Pacte de Varsovie (1er juillet 1991), avec l’investiture de Donald Trump pour un second mandat présidentiel. Cet événement symbolise la fin de l’ère de la gouvernance partagée et la rupture avec la domination collective sur la scène mondiale.
La doctrine Trump : restauration de la suprématie américaine
Donald Trump, désormais président des États-Unis, nourrit l’ambition de laisser une empreinte indélébile dans l’histoire nationale et internationale. Il ne se contente pas d’incarner la fonction présidentielle, il vise à devenir une figure emblématique, surpassant des références telles que George Washington, Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt, Ronald Reagan ou Barack Obama. Son objectif est d’être reconnu comme le président, et non un président parmi d’autres. Animé par une volonté hors du commun, il aspire à restaurer une suprématie américaine incontestée sur la scène internationale.
Pour atteindre ce but, Donald Trump s’éloigne progressivement des partenaires occidentaux traditionnels. Il critique ouvertement l’OTAN et exhorte les Européens à assurer leur propre sécurité. Il engage une confrontation commerciale avec la Chine, adresse des menaces à l’Amérique latine et surveille attentivement les évolutions en Inde.
Dans la droite ligne de ses prédécesseurs, Trump réactualise la doctrine de Monroe sur le continent américain. Les États-Unis tirent parti de leur éloignement géographique des principaux théâtres des deux guerres mondiales, un avantage stratégique que leurs dirigeants s’emploient à préserver, notamment en favorisant l’installation de gouvernements conciliants en Amérique. Cette orientation témoigne d’une volonté affirmée d’étendre l’influence américaine, à l’image de Woodrow Wilson qui aspirait à conférer à la doctrine de Monroe une portée internationale.
Stratégie du « jeu d’échecs » et recomposition des alliances
Cette dynamique conduit à s’interroger sur l’existence d’une stratégie de « Chessboard » méthodiquement appliquée par l’administration américaine actuelle. À l’instar d’un joueur d’échecs, les États-Unis semblent multiplier les tactiques pour brouiller les pistes et avancer leurs intérêts fondamentaux. Cette stratégie repose sur des actions calculées et coordonnées, mobilisant les leviers politiques, économiques et militaires pour renforcer la suprématie américaine.
Cependant, des dysfonctionnements majeurs entravent cette dynamique. La réussite de ce projet nécessite la construction d’axes stratégiques globaux, la gestion efficace d’alliances solides et la capacité à anticiper l’émergence de coalitions hostiles. Or, le paysage actuel montre, à l’inverse, une convergence préoccupante entre la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, et dans une certaine mesure l’Inde. Par ailleurs, l’influence de groupes ou organisations internationales et régionales comme le BRICS, la CDEAO, l’ASEAN, l’APEC ou le MERCOSUR ne doit pas être négligée. Le BRICS, notamment, dépasse désormais le G-7 avec 36 % du PIB mondial et regroupe plus de 45 % de la population totale.
Zbigniew Brzezinski, dans Le Grand échiquier (The Great Chessboard), souligne que celui qui contrôle l’Eurasie maîtrise le destin mondial, cette région concentrant richesses, population et puissance économique. Dès lors, pour conserver leur statut de superpuissance, les États-Unis doivent axer leur stratégie sur l’Eurasie afin de prévenir l’émergence d’un rival.
L’administration actuelle semble orchestrer une stratégie de « jeu d’échecs » où distractions et manœuvres visent à dissimuler les véritables intentions et à promouvoir les intérêts essentiels américains. Ce mode d’action, planifié et coordonné, passe par l’usage de divers instruments politiques, économiques et militaires.
Cohésion nationale et politique migratoire
Conscient de la nécessité d’une cohésion nationale sans faille pour mener à bien son projet mondial, Donald Trump lance une offensive vigoureuse contre l’immigration illégale, question sensible pour une large part de la population américaine, notamment la majorité blanche. Il élargit son action jusqu’à remettre en cause la citoyenneté obtenue par naturalisation et à ouvrir la voie à des mesures de dénaturalisation. En associant fréquemment immigration, criminalité, gangs et trafic de drogues, il parvient rapidement à faire évoluer l’opinion publique, la tolérance envers les migrants laissant place à une hostilité marquée. Il attise également un patriotisme exacerbé, évoquant certains aspects de l’Allemagne des années 1930.
Pourtant, malgré des politiques offensives pour préserver la cohésion et la stabilité de la société, aucun indicateur ne permet de conclure à leur efficacité. Les fractures internes s’accentuent, la prospérité économique ne bénéficie pas à la population, la résistance aux opérations de déportation fragilise les petites entreprises, et les tensions de la guerre culturelle, ainsi que le clivage entre conservateurs et libéraux, sapent toujours la cohésion nationale. Or, cette agrégation est indispensable pour initier des campagnes profondes de refondation nationale.
Offensive commerciale et affirmation de la puissance
Tout commence par l’imposition de droits de douane généralisés à tous les pays sans exception. Pour Donald Trump, les États-Unis sont victimes d’une exploitation commerciale mondiale, les autres pays imposant des taxes sur les produits américains parfois supérieures de plus de 90 % à celles appliquées par les États-Unis. Afin de rétablir ce qu’il considère comme la justice, il décide de taxer systématiquement toutes les importations d’au moins 10 %. S’ensuit une stratégie de pression : menaces, ultimatums et tarifs pouvant atteindre 200 %. Face à cette escalade, le monde cède temporairement, et Trump marque un point décisif.
Fort de cette victoire, il poursuit son expansion. Il contraint le Panama à réduire l’influence de la Chine sur le Canal de Panama pour maintenir le contrôle américain, affiche sa volonté d’annexer le Groenland, territoire danois et membre de l’OTAN, s’attaque aux Hutus présents au Yémen, bombarde les installations nucléaires iraniennes et mène des attaques contre des groupes islamistes armés au Nigeria. Enfin, il orchestre une opération militaire majeure pour enlever le président vénézuélien, Nicolas Maduro.
Retombées internationales et bouleversement de l’ordre multilatéral
Aujourd’hui, l’ex-président vénézuélien doit répondre devant les tribunaux de New York à de graves accusations de trafic de drogues et de terrorisme. Ce procès, largement médiatisé, représente un tournant dans la perception du leadership américain. Tandis que certains dénoncent une instrumentalisation politique de la justice, d’autres y voient un acte nécessaire pour préserver l’intégrité des institutions et la sécurité nationale. Cette procédure judiciaire, suivie par les médias du monde entier, pourrait avoir des répercussions majeures tant sur l’avenir politique des États-Unis que sur le climat diplomatique global, illustrant la fragilité du pouvoir même pour celui qui semblait avoir conquis une suprématie incontestée.
La République populaire de Cuba, gouvernée par le Parti communiste, se retrouve en grande difficulté. Dépendant essentiellement du soutien vénézuélien, le pays s’apprête à traverser une crise économique majeure après la perte de son ultime allié sincère. Déjà fragilisé par la chute du bloc de l’Est, le régime cubain est désormais isolé. Anticipant la chute du castrisme, Donald Trump presse les dirigeants cubains d’engager des négociations en vue d’une transition honorable, les mettant en garde contre le risque d’un effondrement total en cas d’immobilisme.
Dans ce contexte, des États comme le Mexique, l’Iran, la Colombie, Cuba ou encore le Danemark sont contraints d’ouvrir un dialogue bilatéral avec Washington pour préserver leurs intérêts. Face à l’inefficacité des protestations à l’ONU, la diplomatie multilatérale cède le pas à des discussions directes avec Donald Trump, dans l’espoir d’obtenir des réponses concrètes à leurs problèmes. Cette évolution entraîne une profonde érosion du droit international et l’émergence d’initiatives unilatérales potentiellement dangereuses.
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