Un gouvernement déchiré, Claude Joseph et Ariel henry s’affrontent !
Par Joel Leon
Haïti fait face à l’une des plus sombres expériences politiques de son histoire. Nominalement, la primature est officiellement dirigée par Ariel Henry, cependant, le gouvernement est loin d’être homogène. Claude Joseph, le puissant ministre des Affaires Étrangères et ancien premier-ministre a.i., est en possession d’un pouvoir politique énorme. Le gouvernement est fendu entre les « Jovelenistes » et les « Martellystes ».
Dr Claude est à la tête d’un groupe de 5 ministres qui ne jurent que par lui-même. Son influence s’étend sur les ministères suivants : l’économie et des finances, la justice et la sécurité publique, la santé publique et de la population, les affaires étrangères et le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger. Ils se croient des héritiers spirituels et politiques de Jovenel Moise, de ce fait, ils constituent le réel pouvoir, mais pas Ariel Henry. Ils ont pour mission de « templiers », protéger la caste !
Ariel Henry, l’actuel premier-ministre, a été choisi par Michel Martelly. Sa nomination par l’ancien président assassiné, Jovenel Moïse, était le fruit d’un ensemble de pressions venues de « Sweet Micky ».
Au cours d’une réunion avec ses proches, dont Claude Joseph et Ardouin Zéphirin, Jovenel Moïse faisait part de sa décision de nommer Ariel Henry à la primature parce qu’il doit « retourner l’ascenseur » à Martelly. A rappeler qu’au cours d’une rencontre d’entente qui s’était tenue en république dominicaine entre les proches de Martelly et de Jovenel Moïse, dont Roro Nelson et Ardouin Zéphirin, il était question pour que le chef de la primature soit choisi par Martelly. Ce qui avait donné lieu à une réaction immédiate de la part des proches de Jovenel, « non et catégoriquement non » ! Par la suite, des menaces ont été proférées de part et d’autre…
D’après la source, Martelly pressurait personnellement Jovenel Moïse pour qu’il respecte le pacte secret entre eux. On prétendait qu’il y avait eu un accord de principe scellé entre Michel Martelly et Jovenel Moïse. Ils entendaient transposer l’exploit de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev de la Russie en Haïti, en se passant et repassant le pouvoir à tour de rôle jusqu’à ce qu’ils soient trop vieux pour diriger. Certains supporters zélés parlaient même d’un séquestre de 50 ans. Finalement, Jovenel Moïse décida de nommer Ariel Henry, mais tout en profitant de distribuer des décharges à tous les premier-ministres et ministres…de 1991 à 2016, dont Laurent Lamothe, le challenger #1 de Michel Martelly aux prochaines élections !
La mission du Dr Ariel Henry est de faciliter la passation du pouvoir à Michel Martelly dans les meilleures conditions possibles. Une mission qui paraît être compromise, en tenant compte de la disparition subite de Jovenel Moise.
On se souvient de la réunion qui se déroulait entre l’émissaire américain, Claude Joseph, Ariel Henry et Joseph Lambert. Au cours de laquelle, le premier-ministre ai de l’époque, Dr Claude Joseph, avait sévèrement insulté Dr Ariel Henry, selon un compte-rendu de Joseph Lambert. Pour finalement lui céder la place quelques jours après, sous les injonctions directes du gouvernement américain. Apparemment, tout paraissait normal. Cependant, les affrontements recommençaient au cours de la première conférence ministérielle suivie de la prestation du nouveau gouvernement. La tension restait tendue entre Claude et Ariel, jusqu’à être explosée récemment !
Selon la source, toujours bien informée, Claude Joseph, de façon unilatérale, tentait récemment de limoger Edmond Bocchit, de l’une de ses responsabilités politiques et diplomatiques. Car il représentait la république d’Haïti à l’organisation des Etats Américains, à côté de son poste d’ambassadeur à Washington. Il voulait le remplacer par l’ancien consul de New York, Mr Gandy Thomas, un proche du chancelier haïtien, comme représentant permanent d’Haïti à l’OEA. Une décision qui allait soulever la colère du premier ministre Ariel Henry. Parce que la présence de Bocchit ferait partie d’une stratégie machiavélique de l’équipe de Martelly. La mission qui lui a été confiée était de déclarer Michel Martelly président d’Haïti 24 heures après la fermeture des bureaux de vote, bien avant même les résultats officiels. Et, les autres membres allaient reprendre le même refrain.
Avec cette tentative de changement à la tête de l’OEA, Claude Joseph aurait été déclaré « persona non grata » au sein du gouvernement. L’équipe de Joseph Martelly réclame sa tête, et ceci immédiatement. Le problème, c’est que Claude n’est pas seul. Il a le soutien indéfectible de 5 autres ministres du gouvernement, plus l’ancien sénateur Desras Simon « kapo fe laloz », il attend pour voir la direction du vent fort. Donc, Claude Joseph est « endechoukab » !
Selon un homme politique, proche de ce qui reste de l’opposition, au cours d’une réunion avec Ariel Henry, on lui avait demandé de révoquer le ministre de la Justice. Il retorquait en disant : « Si m revoke misye map mouri nan mwens ke 3 zè de tan ». Ce fut une surprise générale, mais la réponse était honnête et significative. En ce sens, le pouvoir de Mr Ariel est on ne peut plus limité !
Ensuite, on a tendance à oublier le directeur général de la police nationale-PNH, Mr Leon Charles, un véritable cerveau dans toute cette affaire. Ce dernier détient toutes les cartes. De plus, il a le soutien indéfectible du gouvernement américain comme le seul garant de la stabilité en Haïti, au moins pour l’instant. Le nouveau premier ministre entrait en collision avec Leon Charles. Il se faisait avoir dès le début de son administration lorsqu’il s’aventurait à mettre fin aux vagues de mandats décernés contre les principaux opposants du régime soi-disant dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moise. Le directeur de la PNH l’avait mis à sa place pour ne plus répéter une telle bévue.
Ariel Henry, ce Mr a les deux pieds « Nan yon sel gren bot byen zipe ». Il doit délivrer la promesse faite à Martelly de faciliter sa réélection au pouvoir. Il doit sauvegarder son administration en faisant des alliances avec certaines forces politiques de l’opposition, dont le secteur démocratique et populaire. Ces messieurs et dames du SDP parlent et comprennent un seul langage : l’argent. N’ayant pas le choix, Ariel fait d’énormes déboursements. Alerté par cette largesse monétaire, il s’est fait déborder de la droite par son allié G-9 qui, jusqu’à présent, recevait des miettes et des paroles. Jimmy Cherizier, en bon manœuvrier et maître-chanteur, se lançait à la trousse du premier ministre en utilisant la mort de Jovenel Moïse comme prétexte. Ajouter à tout cela, il y a le fameux accord de la société civile et des secteurs politiques qui ne cessent d’harasser Mr Ariel. Il semblerait qu’une bonne frange de députés américains adoptent cette feuille de route pour pressurer l’administration de Joe Biden à abandonner Ariel Henry. Si ma grand-mère était encore vivante, elle dirait « ke kok misye pran nan zip », drôle de femme, hein !
Le dernier carré des proches de Jovenel Moïse ne digère pas l’idée d’un retour éventuel de Michel Martelly aux affaires de la république. Ils tenteront tout pour l’en empêcher. Il y a un qui va si loin, pour déclarer que « se sou kadav li pou Martelly pase pou l ta prezidan ankò ». Plus besoin de dire que la tension qui monte est très explosive.
Dans les milieux politiques proches de Jovenel, la passion est effarante, on peut même parler d’obsession. Ces jeunes loups veulent se maintenir au pouvoir pour une longue période. Ils sont sans état d’âme. Ils ne jurent que par le pouvoir. D’ailleurs, ils jouissent d’une certaine sympathie au niveau des missions diplomatiques accréditées en Haïti. Ils contrôlent la police et l’embryon militaire, sans oublier les gangs. D’autre en plus, ils profitent au maximum de la crise émotionnelle qui traverse la population, générée par le grimaçant assassinat de Jovenel Moise. Ils ont l’argent, l’expérience politique, et surtout la volonté inébranlable de s’accrocher au pouvoir afin de déguster les délices qui en découlent. Donc, Michel Martelly a du pain sur la planche !
Comme je l’ai toujours conseillé, ne s’empresse pas de mourir, car l’histoire lugubre haïtienne ne fait que commencer !
Joel Leon





