Un Cri pour les Femmes d’Haiti: Sous l’Ombre de Victoria Montou (Gran Toya)

Boukan News, 03/08/2025 – Chères femmes d’Haïti, descendantes des montagnes et des mers, répondez à l’appel vibrant du cri de guerre de Victoria Montou résonnant à travers l’histoire. Gran Toya, qui se tenait ferme aux côtés de Dessalines, la machette en main pour trancher les chaînes de l’oppression, vous interpelle depuis les fumées de Port-au-Prince.
En se battant aux côtés de nos libérateurs, Victoria ne brandissait pas seulement des armes ; elle portait sur ses larges épaules le poids de l’avenir des femmes. Ces mêmes épaules, plus tard, seraient affligées par la douleur de perdre son fils au combat, un chagrin dont elle ne plierait jamais sous le poids. Aujourd’hui, vos épaules soutiennent des fardeaux incommensurables, des enfants perdus non pas pour une noble cause, mais victimes d’une violence aveugle, des foyers désertés dans la noirceur de la nuit, des rêves soufflés comme les cendres d’un feu éteint.
Les Madan Sara, ces héroïnes du commerce, se levant aux premières lueurs du jour, équilibrent des charges impossibles sur leurs têtes tout en enfreignant des kilomètres jusqu’au marché. Vous êtes la colonne vertébrale cachée d’Haïti. Vos mains fissurées ont nourri cette nation, vos pieds fatigués ont foulé ses routes poussiéreuses, et vos voix ont façonné son économie. Cependant, les enfants que vous avez éduqués à grands renforts de sacrifices s’installent désormais derrière des bureaux et dans des parlements, leur mémoire aisément oubliée, leur gratitude souvent absente.
Rappelez-vous de Catherine Flon, cette pionnière qui a assemblé notre premier drapeau à partir des lambeaux déchirés de bannières étrangères. N’oubliez pas Marie-Jeanne Lamartinière, qui se battit en uniforme masculin chez les siens. Évoquez également Dédée Bazile, Sanite Bélair et Henriette Saint-Marc – ces femmes déterminées à montrer que la liberté ne devait pas être un privilège masculin.
Et surtout, ne perdez pas de vue Victoria Montou, Gran Toya, qui mena des troupes à la bataille et forma des soldats à l’art de la résistance. Elle ne s’est jamais contentée d’attendre que son pouvoir soit reconnu. Jamais elle ne s’est hasardée à demander poliment que son humanité soit validée.
Que dirait-elle à la mère de Cité Soleil, qui a dû enterrer ses enfants emportés par les balles des gangs ? Quelles paroles de réconfort tiendrait-elle pour cette jeune femme kidnappée et violée, dont les cris pour justice résonnent encore dans des salles d’audience désertes ? Quel cri de ralliement aurait-elle pour la Madan Sara, dont le marché a été anéanti en un instant, réduisant des années de labeur à néant ?
Elle s’écrierait : “La révolution n’est pas achevée.”
Des rues de Jérémie aux rivages de Cap-Haïtien, en passant par Gonaïves et Jacmel, les héritières de Victoria Montou se soulèvent. Elles portent la mémoire des abus quand les journalistes craignent de les rapporter. Elles bâtissent des réseaux clandestins pour sécuriser les femmes. Elles nourrissent les communautés lorsque les gouvernements faiblissent. Elles préservent l’histoire dans un monde qui choisit souvent l’oubli.
Tandis que la communauté internationale se détourne des souffrances d’Haïti, envoyant des troupes qui n’apportent que maladie et désillusion, vous, femmes d’Haïti, héritières de guerrières et de reines, savez que la rédemption émane toujours de l’intérieur.
Que vos larmes arrosent le sol de la résistance. Que votre douleur se transforme en une colère juste. Que l’amour que vous portez à ceux qui vous ont été enlevés alimente votre lutte pour ceux qui demeurent.
L’esprit de Gran Toya marche à vos côtés au marché, vous accompagne dans les rues périlleuses et tient vos mains pendant vos pleurs. Elle murmure à votre cœur : “Nous n’avons pas brisé les chaînes de l’oppression pour que nos filles vivent dans la peur. La révolution se poursuivra par le biais de vos mains.”






Le texte de Pierre R. Raymond est un vibrant hommage aux femmes haïtiennes, un appel puissant à la mémoire, à la résilience et à l’action. Avec une plume empreinte de passion et d’histoire, l’auteur magnifie l’héritage des figures féminines qui ont marqué la révolution haïtienne, tout en établissant un parallèle poignant avec les luttes contemporaines des femmes du pays.
Son évocation de Victoria Montou, Gran Toya, et des nombreuses héroïnes de l’indépendance rappelle avec force que l’émancipation ne fut jamais un acte passif, mais un combat mené avec bravoure et détermination. En mettant en lumière le courage des Madan Sara, le sacrifice des mères, et la force des militantes d’aujourd’hui, l’auteur inscrit la lutte des femmes dans une continuité historique essentielle.
Ce texte se distingue par son éloquence et sa portée mobilisatrice. Il ne se contente pas de dénoncer les injustices : il insuffle espoir et fierté. Il rappelle aux femmes haïtiennes leur rôle central dans la survie et la transformation de leur société. Loin d’un simple constat de douleur, c’est un cri d’encouragement, un appel à l’action et à la solidarité.
Raymond réussit ainsi à tisser un pont entre passé et présent, entre mémoire et avenir, rappelant que la révolution haïtienne n’est pas un événement révolu, mais une flamme toujours vive, portée par les mains de celles qui refusent de plier. Une œuvre inspirante et nécessaire.
Velan Tilus