Un An Depuis…

Un An Depuis… (poème daté de 2011)

 

Par Sabine Philippe

 

Un an depuis, le séisme destructeur

A bouleversé et tourmenté nos âmes,

Il est difficile d’avaler, en effet, ce flot de malheurs.

Un an depuis que tu sois livrée à la défectueuse rame

De cet incapable, ton soi-disant leader.

Un an de déchirements, de promesses inouïes,

Un an de cris, d’escroquerie, de tricherie.

Notre pays jeté cruellement dans l’abîme amer,

Effondre le monde entier sous le choc de sa chute sévère.

 

Je suis restée immobile à bout de souffle, réfléchissant,

Regardant les passants, nos frères, nos sœurs, encore sans logis,

Crépitant leur misère, à genoux, implorant aux changements.

Cela m’a fait mal, si mal, très mal de te revoir dans cet état, Haïti.

Je suis passée te voir un an après, en ce jour tant éprouvé

Afin de gagner un peu d’espoir, un peu d’encouragement.

J’ai vu ton écorce aiguisée et tes vestiges délabrés,

Tes sites dévastés, couverts de boue et de sang.

 

J’ai vu dérouler devant mes yeux en pleurs,

De kilomètres en kilomètres, l’image de ton convoi,

Ta dépouille gisant dans tes décombres de torpeur.

J’ai vu… j’ai ressenti… j’ai touché ta peine là devant moi.

J’ai suivi ton cadavre défilé… me laissant ébahie,

Muette, troublée, torturée, confuse et ahurie,

Alors que j’observai le défilé des conquérants

Soulevant de la poussière à mon visage,

Filant sans soucis de ton cas et de l’état de tes enfants,

Surgissant en trombe dans leur imposant et arrogant passage.

 

Je regarde ton squelette à la croisée de ma désolation,

Débordant à travers mes optiques, à profusion.

Haïti, ma patrie, tu dois te relever de cette léthargie morbide !

Tu dois respirer à nouveau, car au fond, tu es belle et solide,

Tu es une nation forte, tu dois surpasser cette calomnie !

Le monde entier est venu à tes pieds, Haïti chérie,

A quelle fin, sinon pour te suffoquer en dépit de tes problèmes.

Malgré tous tes obstacles, on parlera et reparlera de toi, ma patrie,

Car Haïti chérie, nul ne peut se retenir de te dire “je t’aime.”

Je ne peux m’empêcher de te photographier

Et de garder pour archives ce spectacle inhumain

Que des traitres au pouvoir ont su si bien exécuter

Pour te laisser en haillons aux générations de demain.

Que diraient nos aïeux, ont-ils donc combattu en vain ?

Nous voilà aujourd’hui occupés par des forces étrangères.

Intervention internationale, puissante présence globale,

Je me sens prisonnière…dans le nombril de ma terre natale

Où tout s’est transformé en bal de carnaval.

Mes entrailles se tortillent, s’engouffrent à ta vue !

Sous le poids de ta civière mortelle, toi, la terre de l’univers…

Mon cœur déraille en râles confondus.

 

Non, non, et non… je ne te laisserai pas périr, mon Haïti chérie.

J’ai versé mes larmes sur toi…pour te laver, te rafraîchir.

Tu dois revivre, lutter contre le spectre de la mort,

Vaincre la maladie, et de cette horrible destruction, t’en sortir.

Oui, tu dois régénérer, refleurir dans tes lauriers d’or

Pour tes enfants, tes survivants, tous ceux de la nation bénie.

Je n’ai pas peur de la diffusion et partout dans le monde

Tu vas resplendir comme une reine, à même tes pleurs.

Tu passeras à nos générations une torche ardente et féconde.

Je serai l’ange gardien, la sentinelle veillant le perron de ta demeure.

La vie est plus importante que la mort…l’espoir fait vivre toujours.

Certes, la douleur est profonde, mais ne compte pas, comparé à l’amour.

Haïti chérie, tu es souveraine, un an depuis, un an après, un an un jour…

Un an de plus, Haïti, tu danseras ta joie au rythme des tambours.

 

Sabine Philippe

 

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