Ukraine … Et après ? Poutine initie l’ère d’un nouvel ordre mondial.

Ukraine … Et après ?

Poutine initie l’ère d’un nouvel ordre mondial.

Par Rony Mondestin, ex-sénateur

Port-au-Prince, Haïti – Dans cette crise, Russie-Ukraine, des mots de très grande portée furent prononcés, souvent ils échappent à nous tous, même aux plus avisés d’entre nous.

Pour l’Occident, Poutine a défié Joe Biden ; il a unilatéralement et illégalement « changé les frontières » de l’Europe et agit comme une « puissance révisionniste », tentant non seulement de changer les frontières de l’Ukraine, mais aussi l’ordre mondial actuel. « Trente ans après la fin de la guerre froide, nous sommes confrontés à un effort déterminé pour redéfinir l’ordre multilatéral », monsieur Josep Borel, haut représentant de l’UE de poursuivre en avertissant que « c’est un acte de défiance ». C’est un manifeste révisionniste, le manifeste de la révision de l’ordre mondial.

Changer les frontières de l’Europe ?

Le bombardement de la Serbie en durant 1999 durant 77 jours consécutifs par l’OTAN, sans mandat du « Conseil de Sécurité des Nations Unies », et surtout sans que la Yougoslavie n’ait attaqué aucun des membres de l’alliance militaire qu’est l’Otan, c’était quoi alors ?

La création subséquente d’un Etat du KOSOVO (une partie de la Serbie), c’était quoi alors ?

L’inamovibilité des frontières européennes, héritées de la seconde guerre mondiale, et la création d’Etat est d’application stricte ou d’application à géométrie variable ?

Poutine est présenté par les médias et les politiques occidentaux comme un nouvel Hitler et ses actes sont qualifiés d’illégaux. On prétend que c’est lui qui a déchiré « l’Accord de Minsk 2 » (pourtant les républiques avaient déclaré leur indépendance en 2014, ils ont signé le texte de l’accord en 2015 et c’est la Russie qui n’a jamais signé l’accord -et ne peut donc le violer).

La Russie, la France et l’Allemagne sont les brokers du deal / accord conclu entre les négociateurs du pouvoir d’alors à Kiev et les représentants des rebelles indépendantistes du Donbass.

Or ce sont les américains (Biden et Obama) qui ont systématiquement mis leur veto au processus depuis 2015 , et la publication par la Russie de la correspondance diplomatique en novembre 2021 a révélé que la France et l’Allemagne n’avaient pas non plus l’intention de faire des pressions sur Kiev pour la mise en application de l’accord.

Ayant conclu qu’un règlement négocié -comme stipulé dans l’accord de Minsk – ne se produirait tout simplement pas, Poutine a déterminé qu’il était inutile d’attendre plus longtemps avant de mettre en œuvre la ligne rouge de la Russie.

Il se passe qu’aujourd’hui l’Occident collectif est en colère après que le président Poutine ait lancé ces forces armées dans une opération dite spéciale en Ukraine, ce qui est largement décrit en Occident comme une déclaration de guerre : un assaut choc et effroi touchant des villes de pratiquement toute l’Ukraine.

Disons-le, au départ les forces russes n’avaient pas pour ordre de prendre Kiev. Elles l’auraient prise au cours des premières 24 heures.

Non ce n’était pas leur mission.

Mais que veut ou voulait le président Poutine ? 

Ce n’est pas clair. La démilitarisation de ce pays par les militaires ukrainiens eux-mêmes avec l’appui des forces russes ? Pas clair du tout.

La dénazification du pays ?

Elle ne peut être réalisée que par les Ukrainiens eux-mêmes, si le contexte est favorable pour pouvoir mener une telle entreprise.

L’Ukraine est le seul pays au monde à avoir une formation néo-nazie dans ses forces armées régulières.

Ce n’est pas une mince affaire.

Et c’est ce “ peuple “ qui résiste bravement et héroïquement aux soldats russes dans Kharkiv et dans Kiev ?

Or les néo-nazis, non seulement sont ‘’ légalement ‘’ placés au sein de l’armée, mais ils sont soutenus aussi financièrement par les services secrets americains, entrainés par les americains et par les anglais aussi, et ces deux larrons leur fournissent des armes de pointe. Le pouvoir installé à Kiev les soutient indirectement via le ministère de la Défense. Qui allait donc dénazifier l’Ukraine ?

Je ne crois pas comprendre ce pan de la question…pour le moment.

En revanche, je constate que l’Occident est tellement en colère que l’espace de l’information s’est littéralement scindé en deux.

Je suppose que Poutine avait sans doute prévu les réactions des occidentaux à son action militaire, dite spéciale.

Car, il a mis le monde et ses marchés financiers et énergétiques sur les nerfs.

Une panoplie de sanctions sont appliquées contre la Russie, elles sont lourdes de conséquences pour les Russes.

La première prise de conscience brutale qui sous-tend la colère de l’Occident est que celle-ci n’a pas l’intention, et surtout pas la capacité de contrer militairement les mouvements militaires de la Russie.

Biden a répété ce mantra en maintes occasions « pas de bottes sur le terrain ».

Et pour l’Europe, l’imposition d’un régime de sanctions ‘’ nucléaires” à la Russie ne pouvait pas tomber à un pire moment.

L’Europe est confrontée à la récession et à une crise énergétique préexistante (et qui sera aggravée durant les prochains jours). Et la montée en flèche de l’inflation, aggravée par la hausse de prix du pétrole qui, possiblement, dépassera le cap de $ 100 le baril avant la fin de la première quinzaine du mois de mars, ce qui provoquera une crise des taux d’intérêts. La pression sur l’Europe de trouver des sanctions supplémentaires ou de sauter celles existantes en cloche de bois.

De fait, les sanctions se répercuteront sur toute l’Europe.

Elles toucheront directement les européens dans leur poche.

Déjà certains Etats européens mènent un combat d’arrière-garde pour limiter les sanctions qui pourraient aggraver la récession européenne à venir et les forcer à rater le grand décollage post Covid.

Dans les faits, l’Europe s’auto sanctionne (elle en souffrira de ses propres sanctions). Et, les Américains feront leur beurre comme par le passé sur ses vassaux. En revanche, Moscou a promis de riposter à toute sanction d’une manière qui nuira aux Etats Unis et à l’Europe.

Sommes-nous dans une nouvelle ère ?

Cette perspective et son impuissance face à elle doivent expliquer une grande partie de la frustration et de la colère des européens. Ce sont les dindons de la farce …… à moins que !!!!

En réalité, les vassaux des Américains

La diabolisation de Poutine est à son plafond.

Après la tempête, le calme est au rendez-vous.

Ce manichéisme sans nuance – le spectre d’un Poutine maléfique avait tellement envahi et intoxiqué l’image que les Etats Unis ont de lui que Washington est incapable, de penser correctement- non seulement à propos de Poutine, mais aussi de la Russie.

Cette diabolisation totale, sinon indécente, mais carrément contre-productive, fruit de l’arrogance impérialiste a fini par nuire à la diplomatie.

En effet comment faire la part des choses avec le mal ?

Le coup de force de Poutine est magistral. Il sera écouté dorénavant. Les prix que la Russie aura à payer ne sont rien sur le moyen terme par rapport à ce qu’elle a déjà gagné : « La destruction constructive du modèle des relations de la Russie avec l’Occident »

L’autre volet de la frustration des européens : la reconnaissance du fait que la politique ukrainienne de Joe Biden, ( ici je dois vous rappeler des intérêts que la famille Biden et d’autres politiciens démocrates détiennent en Ukraine ainsi que des oligarques des multinationales américaines liés au parti démocrate) a conduit à l’échec la diplomatie de l’occident ( tous les processus et aucun traitement de fond des problèmes sous-jacents) ainsi que la gestion désinvolte de la question du Nord Stream 2 par l’Allemagne conduiront l’UE à possiblement des années de déclin économique et de souffrance. L’Allemagne reviendra sur sa décision, les Allemands sont perspicaces.

Plus d’un millier d’entreprises allemandes sont installées en Russie. On verra bien !

Parlant de souffrance

La cinquième colonne russe, genre Navalny, est muette depuis ces dernières 72 heures. Cela semble inaperçu pour les si tonitruants analystes français et de CNN.

On nous dira que le méchant Poutine les a muselés. Ce qu’ils auraient bien mérité, en passant, mais ce n’est pas le cas. La rigueur des sanctions sans aucun doute affectera directement le peuple russe. Et c’est manifestement le but recherché !

Ce peuple en souffrira. Mais lorsque les Etats Unis osent sanctionner leur président. Lorsque cette panoplie de sanctions pleuvent comme des injections de la mort …lente bien sûr, alors le peuple russe se souviendra.

Il se souviendra de l’unité nationale pour combattre les fascistes envahisseurs.

Et comme sous Staline, ils se rallient derrière leur président qui a mené une politique ayant, non seulement permis à l’élévation de leur niveau de vie mais aussi à la restauration du prestige de leur nation.

C’est la guerre qui est déclarée à la Russie, et pourquoi ? Pour qui ? Ukraine. En cette terre où des néo nazis ont commis les pires atrocités durant la petite guerre du Donbass en 2014-2016 (Ils avaient éventré des fillettes).

Poutine vient d’être consacré le plus grand dirigeant de cet immense pays, après Staline.

Ce n’est pas de sitôt que l’on n’entendra pas son nom, je vous le garantis.

L’argument anti russe vient de trouver sa pleine justification. L’Eglise Orthodoxe russe sonne le tocsin dans toute la Russie blanche.

La nation est sous attaque. Le discours historique de Staline de 1941 sur la Place Rouge est repris à longueur de journée dans les médias.

Ce peuple qui a vécu la barbarie nazie dans ses manifestations les plus hideuses et qui a vu périr 27 millions de ses filles bien formées et présentes sur tous les fronts, ses ouvriers, ses jeunes soldats, gamins, ses officiers et ses commissaires politiques communistes donnés leur vie pour leurs 22 millions de kilomètres carrés ( URSS), donnera encore de ses filles et de ses fils pour leurs 17 millions de Km carrés, la superficie  de la Russie. Et dire que le théâtre des opérations ne couvrait que les 6.5 millions de km carrés couvrant la Russie, la Biélorussie, l’Ukraine.

Peu de gens ici chez nous connaissent ce pays et son peuple, sorti du joug du féodalisme depuis moins de 300 ans.

La privation pour la patrie est une marque d’honneur, de respect pour la terre et pour la patrie

Depuis presque dix ans, la commémoration des tombés de la grande guerre patriotique est symbolisée par « La Marche des Immortels » qui mobilise des millions de Russes en Russie elle-même, mais aussi dans la diaspora russe en Europe et aux Etats Unis .

Vladimir Poutine est toujours présent chaque année à la Marche de Moscou

Revenons à notre si tapageuse actualité (lorsqu’Israël massacre les Palestiniens, on n’en parle pas deux fois durant la semaine. Oui oui je sais que le lobby juif est puissant. Donc la presse est achetée et ou intimidée, cesse de me casser les oreilles avec cette question de “ presse libre”.

L’hégémon ne le permettra pas.

Donc on se plaint du sort du pauvre ukrainien face au méchant ours ?

Ces gens sont des amoraux, je parle des oligarques européens et américains, tout est une question d’argent.

L’avènement de cette « destruction constructive » doit être compris à la lecture intégrale du discours de Poutine du 22 février – huit années jour pour jour du coup d’Etat des américains de Kiev, 22 février 2014 – par lequel il reconnaît les républiques russophones du Donbass.

Le troisième élément de la ”colère” des occidentaux est reflété dans le cri indigné de Josep Borell : la Russie et la Chine sont deux puissances révisionnistes qui tentent de modifier l’ordre mondial actuel. La crainte est fondée, non seulement sur le contenu de la déclaration commune de Pékin (de la semaine dernière), mais aussi probablement sur le fait que, de toute sa vie, le président Poutine n’a jamais prononcé un discours comme celui de lundi dernier devant le peuple russe. Il n’a jamais désigné les américains comme ennemi national de la Russie en des termes aussi clairs – « promesses américaines : sans valeur ; intentions américaines : mortelles ; discours américains : mensonges ; actions américaines : intimidation, extorsion et chantage ».

Le discours de Poutine laisse présager une grande fracture. Il semble que les européens commencent tout juste à comprendre à quel point le discours de Poutine représente un point d’inflexion.

Certes, articulé autour de l’Ukraine, mais cette dernière question- bien qu’importante – est secondaire par rapport à la décision de la Russie et de la Chine de modifier à jamais l’équilibre géopolitique et l’architecture de sécurité du monde.

L’avènement d’un monde multipolaire ne verra jamais le jour sans cette modification.

Se lave men suye a tè”.

La reconnaissance des républiques du Donbass est la manifestation de cette décision géostratégique antérieure. C’est la première concrétisation de cette rupture avec l’Occident (pas absolue bien sûr) et subséquemment le dévoilement de la compilation de mesures « technico militaires » destinées à forcer une séparation du globe en plusieurs sphères de décision.

 L’axe Chine -Russie, la séparation.

Celle-ci doit se faire soit par le dialogue (ce qui me semble peu, puisque le principe fondamental de la géopolitique actuelle est défini par la non compréhension délibérée de l’altérité.), soit par une escalade de la douleur (définie en terme de lignes rouges) jusqu’à ce qu’une partie, ou l’autre cède.

Bien entendu, Washington ne croit pas que les présidents Xi et Poutine puissent vraiment penser ce qu’ils disent, et ils pensent que l’Occident domine l’escalade dans le domaine de l’imposition de la douleur.

De manière moins diplomatique, la Russie et la Chine ont conclu qu’il n’était pas possible de partager une société mondiale avec des Etats Unis hégémoniques conçus pour ressembler à Texas.

A ce propos, dans la littérature politique des années 70, on a eu à parler de l’Empire américain.  A mon humble avis ce pays n’a jamais été un empire, peu ou prou colonialiste peut-être. Les Etats Unis sont une puissance impérialiste. Son impérialiste est parti de son imposition aux puissances colonialistes européennes affaiblies dans des multiples guerres tant sur le théâtre européen et dans des guerres de conquête coloniale en Afrique, en Asie centrale et en Asie de l’Est.

A la faveur des deux guerres, dites mondiales, ce pays a finalement consolidé son emprise impérialiste en par la transformation des pays européens en vassale. La création de la Communauté économique européenne en 1957, mère de l’actuelle UE est le plus complexe pôle de domination financière et de contrôle politique – créée par les Américains via l’Allemagne – jamais vu dans l’histoire mondiale. Les Etats Unis sont une puissance impérialiste à volonté hégémonique dont le but actuel est de parvenir à la domination totale de toute la planète terre. Fermons la parenthèse

Poutine pense ce qu’il dit : la Russie est dos au mur, il n’y a aucun endroit où elle peut se retirer- pour elle, c’est existentiel.

Le refus de l’Occident de croire que Poutine est sincère et sérieux (garantissant ainsi l’échec de la diplomatie) laisse penser que cela durera au moins les cinq prochaines années.

C’est le début d’une phase prolongée et à fort enjeu mené par la Russie pour modifier l’architecture de la sécurité européenne dans une nouvelle forme (voir vidéo sur YouTube Conférence Sécurité Internationale, Vladimir Poutine, Munich Février 2007) que l’Occident rejette actuellement.

L’objectif de la Russie sera de maintenir les pressions – sans écarter l’éventualité d’une guerre – afin de harceler les dirigeants occidentaux peu enclins à la guerre pour qu’ils procèdent au changement nécessaire.

Actualisons un peu, d’aucuns pensent que la Russie allait livrer une guerre aux ukrainiens a l’instar de celle livrée par l’OTAN en Libye ou celle livrée par la coalition américaine en Irak …morts par millions, destruction massive des infrastructures importants et déstructuration de ces sociétés, la Libye en particulier.

Eh bien les Russes NE POURRONT et NE PEUVENT jamais commettre un tel crime en Ukraine, contre le peuple ukrainien.

La peuplade connue aujourd’hui sous le nom de russe est le descendant de Varègues en provenance de la Scandinavie, qui se sont installés à Kiev et dénommé le Ru’s de Kiev ou la Russie kiévienne. Cet état englobe des tribus slaves et finnoises. Au fil des siècles, fuyant les guerres incessantes, ils se sont déplacés vers le Nord et ont créé la Moskva autour de 1100.

Vous vous imaginez depuis les multiples liens entre les deux peuples, disons-le cousin.

De tout ce grand tapage autour des sanctions, deux choses méritent d’être retenues : les sanctions feront mal et terriblement mal à la Russie. Mais les Russes ne céderont en rien

Deuxièmement, le ministre français a annoncé ce matin que l’Union Européenne va provoquer l’effondrement total de l’économie de la Russie.

Donc le peuple russe en pâtira, il n’aura qu’une alternative : résister et mourir de faim ou renverser Poutine et se mettre sous le diktat des puissances impérialistes.

Mais que fera le Kremlin si d’aventure une telle calamité le frappe de front. Quel sera l’alternative du Kremlin ?

Allemagne et le Traité de Versailles du 28 Juin 1919

 

Rony Mondestin

1 mars 2022

Port au Prince

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