Trump est de retour : Que peut espérer Haïti ?

Boukan News, 01/20/2025 – Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat en 2025, Haïti se retrouve à nouveau face à une administration américaine dont la politique étrangère et migratoire s’était montrée peu favorable au pays durant le premier mandat (2017-2021). À l’heure où Haïti traverse une des crises les plus graves de son histoire — marquée par une insécurité galopante, une instabilité politique chronique et une crise humanitaire sans précédent —, le leadership américain pourrait jouer un rôle clé. Et avec Trump de retour, que peut réellement espérer Haïti ?
- Un contexte de crise multiple en Haïti
Avant même la réélection de Trump, Haïti était en plein chaos. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, le pays est sans leadership stable. Les élections, maintes fois reportées, n’ont toujours pas eu lieu. En parallèle, les gangs armés contrôlent une grande partie du territoire, notamment la capitale Port-au-Prince, plongeant des millions de citoyens dans l’insécurité.
La crise économique et sociale est tout aussi grave : près de la moitié de la population (5,2 millions de personnes) a besoin d’une aide humanitaire, et l’inflation galopante épuise les faibles ressources des ménages.
Alors que les Haïtiens s’étaient tournés vers la communauté internationale pour un soutien accru, notamment les États-Unis, les espoirs d’un engagement fort sous l’administration Trump II semblent minces.
- Les Haïtiens face à une politique migratoire encore plus stricte
Sous son premier mandat, Donald Trump avait imposé certaines des politiques migratoires les plus dures des dernières décennies. En 2018, il avait qualifié Haïti, ainsi que d’autres nations, de « pays de merde » (shithole countries), déclenchant un tollé international. Il avait également tenté de mettre fin au Temporary Protected Status (TPS), un programme permettant à plus de 50 000 Haïtiens de vivre légalement aux États-Unis après le séisme dévastateur de 2010.
Avec son retour, Trump semble déterminé à reprendre son agenda anti-immigration. Il a promis de renforcer les expulsions, de construire davantage de murs physiques et symboliques, et de réduire les programmes d’accueil pour les migrants.
Un avenir incertain pour le TPS
La fin du TPS, que Trump avait activement poursuivie avant d’être bloqué par les tribunaux, pourrait devenir une réalité. Si cela se concrétise, des milliers d’Haïtiens vivant légalement aux États-Unis pourraient être expulsés vers un pays en pleine crise, sans infrastructures ni opportunités économiques pour les accueillir.
Des conditions précaires à la frontière sud des États-Unis
La réintroduction de politiques comme Remain in Mexico, qui oblige les demandeurs d’asile à attendre au Mexique pendant l’examen de leur dossier, pourrait encore aggraver la situation des milliers de migrants haïtiens bloqués à la frontière américano-mexicaine. En 2021, des images choquantes avaient déjà montré des agents frontaliers repoussant violemment des Haïtiens à cheval. Sous Trump II, ces pratiques pourraient devenir encore plus fréquentes.
- Un désintérêt probable pour la crise haïtienne
L’administration Trump est connue pour son approche « America First », privilégiant les intérêts nationaux américains au détriment des engagements internationaux. Sous son premier mandat, Trump avait réduit l’aide internationale et montré peu d’intérêt pour les crises dans les pays en développement, notamment en Haïti.
Un soutien limité à la mission internationale en Haïti
Actuellement, une force multinationale dirigée par le Kenya, avec le soutien de l’ONU, intervient en Haïti pour rétablir l’ordre face à l’emprise des gangs armés. Cependant, cette mission dépend largement de l’appui financier et logistique des grandes puissances, notamment les États-Unis.
Sous Trump, ce soutien pourrait s’amenuiser, voire disparaître. Trump avait déjà exprimé son scepticisme envers les interventions internationales, préférant réduire les dépenses étrangères pour se concentrer sur les priorités nationales. Sans le soutien des États-Unis, la mission au Kenya pourrait être compromise, laissant Haïti encore plus isolé face à ses défis sécuritaires.
Une pression accrue sur les dirigeants haïtiens
Plutôt que d’offrir une aide structurelle, Trump pourrait opter pour une approche punitive, en mettant la pression sur les autorités haïtiennes pour qu’elles contiennent les flux migratoires ou qu’elles prennent en charge les déportés. Cette logique de sanctions économiques et diplomatiques, déjà appliquée par le passé, ne ferait qu’aggraver les difficultés du pays.
- La diaspora haïtienne : Un rôle clé dans cette nouvelle ère
La diaspora haïtienne, forte de plus de 1,3 million de personnes aux États-Unis, reste un pilier essentiel pour Haïti. Les transferts d’argent envoyés par la diaspora représentent près de 20 % du PIB haïtien, jouant un rôle crucial dans la survie économique de nombreuses familles.
Cependant, les politiques migratoires restrictives de Trump II pourraient limiter les opportunités pour les Haïtiens d’émigrer ou de soutenir leurs proches restés au pays. De plus, les expulsions massives de migrants haïtiens risquent de perturber les dynamiques familiales et économiques, avec des conséquences dévastatrices pour l’ensemble du pays.
Face à ces défis, les leaders de la diaspora devront redoubler d’efforts pour plaider en faveur des droits des Haïtiens aux États-Unis et maintenir le flux d’aide économique et humanitaire vers Haïti.
- Quelles perspectives pour Haïti ?
Haïti ne peut pas se permettre de compter uniquement sur l’aide internationale pour sortir de l’impasse actuelle. Le retour de Trump met en lumière l’urgence pour le pays de renforcer ses institutions, de combattre la corruption et de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité.
Par ailleurs, Haïti pourrait explorer des partenariats alternatifs avec des puissances régionales comme le Brésil ou le Canada, tout en intensifiant la coopération avec sa diaspora pour mobiliser des ressources et du soutien.
Conclusion
Sous Trump II, Haïti fait face à des défis considérables sur les plans migratoire, diplomatique et économique. Alors que la crise interne du pays atteint des niveaux alarmants, les politiques restrictives et l’approche nationaliste de l’administration Trump risquent d’aggraver la marginalisation d’Haïti sur la scène internationale.
Cependant, malgré ces obstacles, Haïti a toujours montré une capacité de résilience unique. Avec un leadership visionnaire, le soutien de la diaspora et une mobilisation nationale, le pays pourrait transformer ces défis en opportunités pour redéfinir son avenir. Comme le dit si bien le proverbe haïtien : « Dèyè mòn, gen mòn » (« Après une montagne, il y en a une autre »). La route est longue, mais Haïti peut encore espérer surmonter ses épreuves avec détermination et solidarité.
Edy Fils-Aimé
Expert en Gouvernance et Développement





