TOUTE VÉRITÉ N’EST PAS BONNE À DIRE!

TOUTE VÉRITÉ N’EST PAS BONNE À DIRE.

Par Ducasse Alcin

Les 50 ans de carrière en politique de Joe Biden font de lui l’un des politiciens les plus expérimentés et les plus coriaces qui soient. Doté d’un charme et d’un charisme naturellement contagieux, il contraint son interlocuteur à accepter son point de vue quand bien même celui-ci aurait été dans une prédisposition de refus.

Mais l’homme n’a pas que de qualités, quelque rompu qu’il puisse être dans la politique, il s’est, au fil des ans, taillé la réputation d’être une machine à gaffes. Il en commet tellement qu’on le surnomme parfois “uncle Joe” pour signaler le caractère inoffensif de ses propos, à l’instar d’un oncle qu’on a et qui parle inconsidérément mais sans malice.

Devenant comme une sorte de trait d’atavisme chez lui, plus il prend de l’âge plus cela lui parait incontrôlable. La dernière gaffe en date remonte à seulement quelques jours où dans une interview il a qualifié le président russe Vladimir Poutine de tueur.

À vrai dire , il faut souligner que c’est le journaliste vétéran de ABC George Stephanopoulos qui lui a mis le mot dans la bouche quand il lui a demandé s’il pense que Poutine est un tueur. Sans chercher midi à quatorze heures, Biden a répondu par un oui affirmatif qui a soulevé une vague de polémique en Russie.

La controverse devient si ardente que son homologue russe a dû sortir de ses gonds pour dire qu’il souhaite “une bonne santé” au président américain— une implication subtile faisant référence à la rumeur selon laquelle Biden a l’esprit toqué pour ne pas dire déjanté, conséquence directe de la sénilité.

Il doit être clair pour tout le monde que les deux hommes ne sont pas en bromance en politique. Ils se détestent mutuellement. Car, tous deux représentent le vestige de la génération antérioté/postériorité de la guerre froide. Biden a, tapi en lui, un sentiment de méfiance névrosée vis-a-vis de son homologue russe.

Ce climat de méfiance allait être renforcé suite au rapport du FBI selon lequel Poutine avait tout mis en branle en vue de rééditer l’exploit de 2016, c’est-à-dire compromettre les résultats des joutes électorales américaines du 3 Novembre écoulé, aux fins d’installer à la tête des États-unis un président qui se plierait à ses quatre volontés.

Il n’est donc guère étonnant que Biden ait fait cette déclaration en traînant Poutine aux gémonies de façon à lui enlever le nimbe de super humain qu’il tente de se construire, mais aussi pour lui dire que désormais vous êtes dans notre collimateur.. et que cette période où vous étiez libre de faire comme bon vous semble appartient au passé.

Une façon de requinquer l’image des États-unis aux yeux des pays qui ont un contentieux avec la Russie et qui cherchent une rassurance de leur part.

Certaines révélations font croire que pendant les huit années au cours desquelles il avait servi comme vice-président des États-unis, Biden avait toujours poussé Obama à durcir le ton à Poutine qu’il perçoit comme une menace pour la stabilité de l’Europe.

Issu de la vieille garde de la politique américaine, Biden s’est toujours montré opposé à la politique de va-t-en-guerre de Poutine qui résout presque tous les conflits qui l’opposent à ses voisins dans des épreuves de force.

Que ce soit en Tchétchénie, en Georgie ou en Ukraine, chez l’occupant du Kremlin la dialectique de la guerre a toujours primé. Il ne fait aucun doute que l’invasion et l’appropriation de la Crimée par Poutine en 2014 a laissé un goût amer dans la bouche de Biden; car cela s’est passé sous ses yeux sans qu’il ait été capable de l’empêcher.

Sans doute, Biden en veut aussi à Poutine pour sa participation dans le conflit en Syrie afin de maintenir Assad au pouvoir, conflit qui démontre clairement que les États-unis ne réussissent pas toujours à régenter la politique des autres pays aux quatre coins de la terre, tant qu’il y a la Russie pour rétablir l’équilibre.

Les griefs de Biden sont dirigés non seulement contre la politique expansionniste de Poutine, mais aussi son caractère khaki, du genre à intimider ses opposants. En collant l’épithète de tueur au dos de Poutine, Biden fait peut-être référence à certains cas où l’on aurait reproché à l’homme fort du Kremlin l’élimination de ses adversaires politiques, dont la tentative d’assassinat sur la personne de Navalny.

Mais la grande question est celle-ci : le franc-parler fait-il toujours bon ménage avec la diplomatie? Les déclarations de Biden sont-elles vraiment une bourde diplomatique , comme certains le laissent croire. Et si elles étaient délibérées, comme une tactique visant à narguer l’adversaire?

La diplomatie a son langage propre à elle. Elle requiert une certaine retenue et doigté de nature à anticiper et éviter les écueils. En 1991, par exemple, Aristide est monté dans les tribunes des Nations-unies pour dénoncer la politique xénophobe des dominicains à l’endroit des travailleurs haitiens qui, selon ses propres mots “transformaient leur sang en sucre amer”. Comme onséquence, ces propos avaient suscité une crise de réfugiés sans précédent pour Haiti. Les dominicains avaient en effet rapatrié des dizaines de milliers de travailleurs haitiens chez eux. Un vrai calvaire!

Bien sûr le rapport de force entre Haiti et la Dominicanie n’est en rien l’équivalent de celui qui régit la politique des deux superpuissances mondiales. Mais cet exemple peut vous aider à mesurer l’impact des mots quand on est chef d’état.

Car en dépit de tous les différends qui divisent ces deux hommes, ils sont à la tête des deux plus grands pays au monde en terme de superficie et d’armements nuclaires. Une relation de détente sert mieux à la cause de leur pays. En effet, à eux deux, les États-unis et la Russie possèdent des ogives nucléaires capables d’atomiser toute forme de vies sur la planète.

Les États-unis ont donc besoin de la coopération de la Russie pour soutenir le traité de la non-prolifération de l’arme atomique, la question de la fonte exponentielle des calottes glaciaires dans les zones polaires. Sans mentionner l’échange des services d’intelligence dans la lutte anti-terroriste, et bien entendu la coopération spatiale.

Donc quand vous avez un adversaire aussi important, vaut-il la peine de le radicaliser en pointant du doigt ses forfaits même s’ils sautent aux yeux?

Ducasse Alcin.

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