THEME : ECHEC DE LA TRANSITION URBAINE ET L’INSECURITE EN HAITI
Une approche plus viable à la conception des interventions militaires étrangères antérieures
Mercredi 28 décembre 2022 : de 7 :30h – 9 :00h
PLAN DE PRESENTATION
- INTRODUCTION
- RAPPEL DES STATISTIQUES SUR LES POPULATIONS RURALE ET URBAINE ET LEUR EVOLUTION
- LA CRISE AGRAIRE ET DU MONDE RURAL
- EXODE RURAL ET DEVELOPPEMENT DES BIDONS-VILLE/ECHEC DE LA TRANSITION URBAINE
- BIDONS-VILLE ET EVOLUTION DE L’INSECURITE EN HAÏTI
- SHEMA DE L’EVOLUTION DE L’INSECURITE DANS LES BIDONVILLES ET SES LIAISONS AUX LUTTES POLITIQUES
- LE CERCLE INFERNAL DE L’INSECURITE ET DE LA DESHUMANISATION PROGRESSIVE DES MEMBRES GANGS
- FINANCEMENT DES GANGS EN HAITI
- INTERVENTIONS MILITAIRES ET INSECURITE : UN CERCLE VICIEUX DANS LE CAS D’HAITI
- QU’ELLE ALTERNATIVE : LA REUSSITE DE LA TRANSITION URBAINE
- INTRODUCTION
Citée Soleil, La Saline, Warf Jérémie, Delmas II, Bel-Air, Citée de Dieu, Citée de l’Eternel, Grand Ravine, Ti Bois, Fort mercredi, Jalousie, Raboto, Descahos, La Fosèt, … et j’en passe, sont quelques-uns des Bidons-ville parmi les plus fameux qui ceinturent les grandes villes d’Haïti, particulièrement Port-au-Prince, et représentent autant de témoignages de ce que nous appelons « l’échec de la mutation ou la transition urbaine d’Haïti ».
- RAPPEL DES STATISTIQUES SUR LES POPULATIONS URBAINE ET RURALE ET LEUR EVOLUTION
Pourtant, La République d’Haïti fut connue depuis son indépendance et certains le disent encore comme un pays essentiellement agricole. Avant les années 1980 la population rurale était estimée a 79% et en 2020 elle n’est estimée qu’à 42% de la population globale. De 21% en 1980 la population urbaine est passée a 58% et continue d’augmenter. Qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui peut expliquer cette accélération rapide de la migration des populations rurales vers les Villes à partir des années 1980 ?
- LA CRISE AGRAIRE ET DU MONDE RURAL
Les facteurs conduisant à la crise agraire et du monde rural sont multiples, on peut énumérer :
- L’augmentation de la population rurale et la parcellisation des terres agricoles de génération en génération à partir des héritages ;
- La chute du prix des denrées sur le marché international 1981,1982 et son impacte sur le café haïtien principale denrée d’exportation à l’époque ;
- La réaction de beaucoup de paysans qui incendient les caféières et optent pour des cultures inappropriées en zone montagneuse qui ont accéléré l’érosion et la désertification des mornes affectés ;
- La peste porcine qui décime le cochon créole du paysan haïtien et l’appauvri considérablement ;
Voici entre autres les causes majeures qui seraient au cœur de la crise du monde rural haïtien et poussent les populations rurales à migrer d’abord vers les pays étrangers et par la suite vers les principales villes, particulièrement la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
- EXODE RURAL ET DEVELOPPEMENT DES BIDONS-VILLE/ECHEC DE LA TRANSITION URBAINE
Ces déstabilisations et appauvrissement du monde rural Haïtien a coïncidé également avec la politique d’établissement et de développement des industries de sous-traitance sous la Présidence de Jean Claude Duvalier. Ainsi, a été constaté depuis les années 1970 un développement accéléré de la population de Citée Soleil a cause de la Sous-traitance, et devenait rapidement le plus grand bidonville d’Haïti et de la Caraïbe. Cependant, à partir de la moitié des années 1980, particulièrement, après la chute du Régime des Duvalier, avec le mouvement de « dechoukaj » des « tonton makoute », (La milice des Duvalier) la population après en avoir tués ou chassés a aussi envahi leurs propriétés et terrains et ainsi le développement des Bidonvilles ne s’est plus arrêté jusqu’à l’encerclement quasi-total de ce qui fut la Capitale d’Haïti, Port-au-Prince. En voici quelques images :
Tous ces bidonvilles représentent de manière limpide ce que nous appelons l’échec de la transition urbaine en Haïti. Un processus qui est initié majoritairement par les masses d’origine rurale surtout après 1986 et qui n’a jamais été considéré ou fait l’objet d’une quelconque préoccupation étatique ou gouvernementale de Jean Claude Duvalier à nos jours.
- BIDONVILLES ET EVOLUTION DE L’INSECURITE EN HAÏTI
Selon nous le rapport entre les bidonvilles et l’insécurité est lié fondamentalement à la politique en Haïti. Voici une périodicité qui pourrait l’illustrer clairement :
- De 1986 – 1991 : apparition des organisations Populaires de tendance socialiste, couramment appelé ‘OP’ dans les bidonvilles, particulièrement, Citée-Soleil, La Saline, Bel-Air,…Elles porteront notamment Jean Bertrand Aristide au pouvoir aux élections de 1990 avec le mouvement Lavalas. Le rôle fondamental qu’ont joué ces masses populaires dans ces élections, va marquer les esprits et représentera un tournant déterminant dans la vie politique du pays. L’historien Jean Alix René parle par exemple de « l’irruption des masses sur la scène politique»
- De 1991 – 1994: l’Armée d’Haïti après le Coup d’Etat donné au Président Aristide, créa les « Zenglendous » une milice pour persécuter, maltraiter, éliminer les membres d’OP ou des sympathisants du mouvement Lavalas dans les bidonvilles. Ce fut historiquement le début réel de l’insécurité dans les bidonvilles et en Haïti de manière générale. Les membres de ces milices rentraient la nuit de force chez les gens des quartiers populaires violaient : jeunes filles, mères et même des jeunes hommes, tuaient assez souvent ceux qui leur résistaient.
- De 1994 – 2004: marque le retour du Président Aristide au pouvoir à l’aide d’une intervention des marines américains et le début de l’armement de ce qui restait des OP en prélude aux élections de 2000. Le terme OP s’est progressivement évolué en « Baz ». Les « Bases », selon nous, étaient des groupes de jeunes d’un bidonville ou d’un bloc à l’intérieur de celui-ci, armés et supportés financièrement par un leader ou un parti politique quelconque. Ainsi dans un Bidonville donné pourrait avoir plusieurs « baz » chacune d’obédience politique différente. Bases pro-gouvernementales trouvent de l’aide financière et en armes du gouvernement en place, et celles pro-opposition trouvent les mêmes supports des partis de l’opposition et du secteur privé qui était à l’époque anti-lavalas (2001-2004). Ce qui marquera le début des luttes, combats ou guerres à l’intérieur des bidonvilles entre bases d’obédience politique différente. Par exemple : Grand Ravine (haut Martissant) contre l’armée « ti Manchèt » (bas Martissant) etc.
- 2004 – 2016 : Changement de la terminologie de base en gang à partir de l’opération Bagdad et le début du phénomène de Kidnapping à Port-au-Prince, particulièrement, Bel-Air, Citée-Soleil, La saline, bas Delmas, …
- 2016 a date : l’expansion sans précédent des gangs sous le Régime du Président Jovenel Moise (PHTK) qui a abouti à la coalition de 9 gangs de la Capitale, d’où le G9 et un niveau d’armement sans précédent de ces-derniers.
- EVOLUTION DE L’INSECURITE DANS LES BIDONVILLES ET SES LIAISONS AUX JEUX OU LUTTES POLITIQUES
- LE CERCLE INFERNAL DE L’INSECURITE ET DE LA DESHUMANISATION PROGRESSIVE DES MEMBRES DES GANGS
- FINANCEMENT DES GANGS EN HAITI
L’ampleur ou l’importance du phénomène des gangs en Haïti fait que :
- Ils (gangs) capturent une bonne partie des revenues de l’Etat, donc les taxes et impôts du citoyen haïtien les finance a travers le Ministère de l’Intérieur et de la Collectivité Territoriale (MICT) et le Ministères des Affaires Sociales et du Travail (MAST). Actuellement, en tant qu’également ministre de l’Intérieur, Ariel Henry est responsable du paiement des gangs dans son gouvernement. Parlant des sanctions de l’Internationale sur ceux qui financent les gangs en Haïti, nous avons les yeux fixés sur le PM Henry et attendons pour voir.
- L’Etat haïtien peut passer des mois (6,9, etc.) sans payer les médecins, Infirmières, professeurs, agents de la voierie pour le nettoyage des rues ; n’est pas en mesure de construire des écoles, Hôpitaux, centre de santé, réparer des routes, donner de l’électricité et de l’eau potable à la population, mais ne peut pas avoir de retard dans le financement des gangs ;
- Le secteur privé ne trouve jamais de moyens pour financer la construction d’Hôpitaux, d’écoles, d’Université, centres de formations professionnelles, des salles de théâtre, de Bibliothèques, des recherches, etc. mais en trouve pour les gangs.
- INTERVENTIONS MILITAIRES ET INSECURITE UN CERCLE VICIEUX DANS LE CAS D’HAÏTI
Ainsi, deux éléments dans nos analyses représenteraient à la fois les facteurs de blocage et des nœuds gordiens de la situation d’Haïti par rapport à l’insécurité, la quasi-invincibilité des gangs, sa perpétuelle instabilité depuis près de quarante (40) ans, etc. et qui feraient que le pays semble tourner en rond, embourbé dans le chaos, à savoir :
- Les Bidonvilles
- L’utilisation quasi permanente de la force violente dans le jeu politique qui est un héritage historique. Citons par exemple : nous avons pris notre indépendance par les luttes armées ; l’assassinat de Jean Jacques Dessalines le fondateur du pays, les rivalités armées entre Henry Christophe et Alexandre Pétion après la mort de l’Empereur qui ont divisé le pays en deux ; les nombreux Généraux de certains Départements dans l’Histoire qui ont pris l’habitude de marcher sur Port-au-Prince avec leurs armées pour s’accaparer du pouvoir, etc. sont autant de pratiques et d’évènements dans l’histoire du pays qui peuvent montrer la violence extrême du jeu politique en Haïti.
- QU’ELLE ALTERNATIVE : LA REUSSITE DE LA TRANSITION URBAINE
Selon nous la voie de sortie réside, dans un premier temps, au retour sur ce que nous avons inconsidéré, n’avions pas accorder d’importance, de considération dès son début véritable dans les années 1980. A savoir, la mutation du pays du rural à l’urbain par l’exode rural progressif des familles pauvres de la paysannerie.
Il nous faut parvenir à construire de nouvelles villes (pas de Villages, villes avec non seulement les logements, mais aussi avec les espaces pour les entreprises, le business et pour l’administration publique et privé) à raison de deux (2) par département pour déplacer les populations des bidonvilles, pour ensuite détruire ces derniers et réaménager les espaces qu’ils occupaient.
Pour y parvenir nous avons besoin d’établir les Centrales Industrielles d’Ingénierie pour le Développement urbain, à raison de quatre (4), Une (1) dans chaque grande région du pays. Pour cela nous avons besoin de l’aide Internationale, car il nous faudra au moins 4 milliards de dollars, un milliard par Centrale pour déraper.
Faire appelle aux jeunes des bidonvilles, les recruter, les former dans un métier quelconque en construction. Faire d’eux des parties prenantes de ce projet, qui sera leur. Les mettre au travail pour un autre pays, un nouveau Haïti où ils seront intégrés et auront une meilleure place à vivre, ce pendant longtemps, 25 à 50 ans de travail.
Dans un deuxième temps, en réponse au problème que pose le jeu politique, les luttes politiques et qui nous ont mené au chaos que nous connaissons actuellement, il nous faudra marquer une pause à ce niveau pendant un certain temps. Pour faire les mises en place nécessaires et lancer les travaux de construction dans un point de non-retour, entamé des reformes sérieuses dans l’administration publique, la police, la justice, le système éducatif et sanitaire etc. Dix (10) ans de pause sur les élections ne serait pas trop demandé, selon notre humble avis.
C’était votre serviteur : Jhonny Estor, Coordonnateur général du Mouvement Renaissance-Haïti
Merci à toutes et à tous d’avoir participé à cette première Conférence Internationale du Mouvement Renaissance-Haïti, le mercredi 28 décembre 2022






