Swallowing our pride. Construisons une autre Haïti pour nous, haïtiens!

Swallow Our Pride. Construisons une autre Haiti pour Nous, Haitiens…

Professeur Wilfrid Suprena

Pa kriye Ti manman
Pa kriye…
Sonje tè d’Ayti
Sa l te ye!
Se manman Libète
Sil Tonbe, la leve. ( Toto Bissainthe)

Nan mache lannwit sa
Te wè l hoooo
Zetwal fanm mwen file ( Toto Bissainthe/ Bossa Combo).

Quand et si un garde frontalier ou un agent d’immigration d’un pays voisin ou lointain te pose cette lancinante question: “ Pourquoi fuis tu ton beau pays? Quelle serait ta réponse?

Le pays est invivable. Pour moi. Mes parents et mes amis.
Le pays n’offre rien comme perspective d’avenir aux jeunes de l’intérieur ou vivant à l’extérieur du pays..Avec mon diplôme de gestionnaire, je parcours les rues matin et après midi à la recherche d’un reposoir
Laboral. Ça fait dix ans déjá!

La capitale d’Haiti , Port-au-Prince est devenue avec le temps une vaste prison sans limite géographique réelle. On y dort le soir avec un œil ouvert et l’autre fermé. On se terre. On grogne… On crie. Personne à la rescousse.

Un bruit de pas dans l’arrière cour ou par devant la porte d’entrée de chaque maison suffit pour créer une situation de tensions dans toute Famille ordinaire dont les membres ne prennent la rue qu’en cas d’extrême urgence..

Nous sommes faits comme des rats empoisonnés….On ne vit pas là bas. On meurt à petit feu…

Erreur, monsieur, madame.

Mon pays n’est pas beau. Il n’est plus attrayant. En images, en photos, en portraits, dans les écrits, les chansons et les discours, on tente de le rendre beau… Platitudes, myopie et fabrication inconsidérée d’une classe ou d’une élite de forçats enchaînés mentalement. En voie de disparition accélérée. Heureusement. Pour le bien être collectif!

Mais la réalité, la vérité, On nous la crache brutalement. Au quotidien. En plein visage. Nous ne voulons pas de vous. Bandes de bons à rien. Partez. Déguerpissez. Disparaissez.
Nous ne voulons pas de vous, porteurs de la peste, du choléra, du Sida. Et de l’idéal de liberté et d’une humanité fraternelle et solidaire…Ne venez pas infecter nos “ beaux pays”….

C’est ce qu’on nous dit à tour de rôle…Les puissants du moment, les chefs d’état ou de gouvernement contrôlant et le parvis et l’intérieur de l’église…..Parce que nous avons montré dans le temps que nous avons été plus ou moins différents au sujet de la compréhension de l’exploitation de l’homme par l’homme….. Et sa finalité destructrice de l’être et de son environnement.

Et plus tard, nous avons choisi de renier notre position initiale…sur nous mêmes et nos exploiteurs, et nos oppresseurs. Anciens et Nouveaux. Nous avons abdiqué et leur avons donné gain de cause..

Nous avons remplacé le “ Nous” par “Je”. Et commença la dégringolade…..

Par groupes de 50, 100, 250, nous fuyons le feu cérébral et carnivore de cet enfer dévorant perché sur des îlots de bonheur et de joies cachés mais toujours prêts à l’exploration.

Sur des bateaux de fortune, des embarcations frêles, nous partons. Agwe Taroyo s’énerve et pleure. Mais que peut il? En avion, on se bouscule avec ou sans visa, une fois le passeport et le billet en mains vers n’importe quel Eldorado de fortune. En vue ou en rêve. A pieds, en autobus, en train, en nouveaux juifs errants on passe des heures, des jours, des mois et même des années à fuir, à courir derrière cette bulle, ce mirage de lait et de beurre permanent….

Mais et si destination, finalement, nous l’atteignons, on nous pousse et force à partager la gloire au singulier… On nous a réduits à un “ Je” de décadence permanente mais attractive….. Voilà! Le dilemme qu’on doit chercher à surmonter pour un nouveau départ nécessaire et obligatoire.

Et si par groupes de 1.000, 2.000 et 5.000 nous décidons de rester, d’étudier, de nous défaire des stéréotypes, d’avaler notre fierté, de revoir le “ je” intéressé qu’on nous a imposé, de rebâtir ce “ Nous” du Bois Caïman, de la Crête à Pierrot et de Vertières, le brasier du feu éternel de la liberté peut se rallumer pour nous donner force, courage, espoir, conviction et l’unité nécessaire plus que jamais pour construire de nouveaux chantiers d’humanité sur des îlots endeuillés et délabrés.

La fugue ne peut être permanente, Monsieur /Madame. Elle a émergé dans notre histoire à un moment précis parce que…..

Elle est appelée à disparaître dans les années à venir parce que nos yeux, bon gré mal gré, sont définitivement dessillés. Je ne fuis pas, je suis à la recherche de bras vaillants pour un engagement décisif dans une bataille de tranchées.

Bienvenue à la Solidarité des Peuples contre la déhaitianisation, la déculturation et la déshumanisation.

Wilfrid Supréna

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