Souvenirs récents : Deux années de cela, le pays assistait béat à une opération politique à allure théâtrale !

Boukan News, 01/30/2024 – Les élections présidentielles dans le cadre normatif créent à l’instigation des signataires de l’Accord du 30 Août, dit Accord de Montana.
Le contexte, à l’assassinat du président Jovenel Moïse dans sa résidence privée dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, une lutte tenace lourde pour le pouvoir s’ouvra. En règle générale, ces luttes sont l’expression de lutte des fractions de la classe dominante pour le contrôle du pouvoir par le biais des hommes ou partis politiques affidés à telle ou à autre fraction opposée de la bourgeoisie.
Or, ce schéma classique est à écarter, ce fut une lutte menée par ce clan de la bourgeoisie pour s’assurer des bénéfices légitimes de son action crapuleuse. En face de lui…les règles du jeu politique et les opposants hétéroclites et bruyant qui en désolidarisaient avec le président depuis trois années consécutives ayant précédées son assassinat (juillet 2018). La lutte entre le PM A.I. et le PM nommé en était la forme.
Les partis politiques qui pourfendaient Jovenel Moïse n’entendent pas se faire rouler dans la farine sans opposer de résistance.
À la suite de réunions marathons et de tractations propres à cette engeance, ils sont parvenus à un accord politique le 9 juillet 2021 lors d’une réunion tenue en présence du PM nommé par le président de la République 48 heures avant son assassinat.
Cet accord préconisait un pouvoir bicéphale, ce qui ne correspondait pas au vœu du PM nommé Dr Ariel Henry.
Ce dernier, qui avait complètement disparu durant quelque 16 heures de temps après le drame, sortait de sa cachette de manière remarquable. Pressuré par ses nombreux amis politiques de la même mouvance que lui et un peu choqué aussi par la déclaration de la haute représentante des Nations Unies, par laquelle le destin du pays a été confié à Claude Joseph, le PM A.I. de Jovenel Moïse. Dr Ariel Henry fixe sa position via une déclaration dans le quotidien le Nouvelliste, paru le 9 juillet 2021. Face à cette nouvelle réalité, à savoir le soutien de nombreux partis politiques et la disposition inébranlable du PM Henry d’assumer ces responsabilités, les techniciens politiques de gestion de crise des représentations étrangères ainsi que ceux des Nations Unies ont changé de cap. Ils lâchaient Claude Joseph…sans état d’âme. Ce n’est nullement par un tweet que le Dr Ariel Henry devint PM, son ascension au poste est le résultat indéniable de la coalition de ces forces réunies à l’hôtel Oasis de Pétion Ville.
Autrement dit, la « légitimité » du PM tire sa source fondamentalement de cette action politique et accessoirement (pour la parade) de la constitution.
De cette situation un peu floue, une autre force fait son apparition dans le décor : la « Conférence Haïtienne Pour une Solution Haïtienne a la Crise ». Cette force plurielle a été très active sur la scène de la contestation depuis le mois de mars 2020. Elle est composée d’une bonne vingtaine d’organisations à caractère politique et de petites formations et groupuscules politiques.
Sa mission, du moins celle qui était comprise… par les néophytes, consistait d’une part, à la mobilisation des masses à fin d’obtenir le départ du président (avant le terme de son mandat ) et d’autre part – le paradoxe – à faciliter un départ ordonné du chef de l’ Etat par la négociation ( bâton et carotte ) .
C’est un acteur lourd, très lourd d’autant plus que des secteurs de la bourgeoisie eurent maille à partir avec bien d’actions du président et les tapages populistes et même coloristes (en sous-main) du président Jovenel Moïse.
Cette force, indiscutablement puissante et relativement bien rodée et surtout si bien connectée, réclame, elle aussi la prise en charge de la direction du pays. Ainsi les élections pour un président de la République et un premier ministre furent fixés au 30 janvier 2022
L’ambiance électorale se limitait dans peu de quartiers de la capitale. Tout le bazar était au rendez-vous. Fait marquant et mémorable, le dépôt de candidature de Fritz Jean qui se passa de présentation. Une affluence, des jeunes gens portant des T-shirts pour la circonstance et quelques hommes lourdement armés. L’ensemble est pour le malin amusant et comique, la vue des hommes armés choque beaucoup. Une instance de Montana fut forcée de publier une note de désapprobation. Ce à quoi, le délute Hugues Célestin de son fief du Nord, accompagné de quatre de ses pairs, tance avec une violence verbale inouïe ses partenaires de Montana.
On a compris, on a bien compris ce jour-là que le comique de l’affaire est une projection facile. Il y a des enjeux, de grands enjeux. Hugues Célestin est un homme de pouvoir.
Son candidat, Fritz Jean, est détenteur du « destin national » : le pouvoir à tout prix et qu’importe les autres. Ils sont du Nord …comme moi d’ailleurs. Mais avec une très grande différence, j’ai passé dans la moule du « Parti Unifié des Communistes haïtiens-PUCH », une différence idéologique nette et claire et adoubé d’une forte conception de la question nationale
Là, au sein de ce parti de lutte, j’ai connu des hommes et des femmes EXTRAORDINAIRES originaires de tous les coins et « rakwen » du pays. Alors les « Cacos » débarquèrent et s’assurèrent que leur candidat gagna, et tous les moyens furent mis à profit.
Ainsi, nous avions eu un président de la République élu dans un hôtel de la capitale …à l’instigation et par la bien-pensante de gauche. Non content de se moquer du pays, ils ont eu l’outrecuidance de nous expliquer qu’ils entamèrent des négociations avec le maître, mais pas avec son laquais.
Négocier ? Le rapport des forces en présence c’est quoi alors ?
Donc, nul narratif ne pourrait être mieux pour cacher la nature réelle de la démarche : s’offrir en sous traiteur et gestionnaire politique de l’impérialisme américain.
On nous dit bien plus tard que « ce n’était qu’une proposition faite à la nation » Ah bon ? Et pourquoi s’embarquer pour Washington ?
Pourquoi n’avoir pas pu mobiliser le peuple, tel que cela se faisait si bien du temps de Jovenel Moise ?
En 30 mois, Dr Ariel Henry a bousillé 3 accords devant contribuer à créer des conditions normales à l’exécution d’un programme provisoire réaliste et acceptable. Un véritable désastre. Est-il cependant le seul coupable ?
Quid des besoins et des revendications continues des couches populaires et des travailleurs ainsi que des classes moyennes à humbles revenus, des paysans pauvres et moyens décapitalisés à la faveur des « peyì lòk » de 2019, le « bwa kale » de 2022 et autres calamités.
La fourniture de service de base à la population est à son plus bas niveau depuis 20 ans. Durant ces 30 mois les politiques ne voient pas la population, encore moins les masses. Leurs yeux, comme le pouvoir, sont fixés vers le pouvoir. LE POUVOIR OU RIEN. Aujourd’hui, on fait appel au peuple, et aidé activement en cela par le Dr Ariel Henry.
Revenons à la commémoration du deuxième anniversaire de l’élection de Fritz Jean à la présidence d’Haïti.
Un enseignant haïtien engagé dans les luttes populaires depuis plusieurs décennies a fait une remarque pertinente avant la tenue de ces élections risibles. A savoir, par cette action, elle-même en violation absolue de la constitution, mais elle viole aussi le droit du souverain en ce qui lui est fondamental : le droit de vote – comme citoyen haïtien.
Peu de mois après, notre professeur souligne que la permanence de la démarche consistant à se faire donner le pouvoir par une puissance étrangère est non seulement une double trahison, mais constitue aussi un dangereux précédent. A partir de ce moment, qui pourra empêcher qu’une puissance procède de la même manière à travers des « proxies » et via des financements occultes et clandestins ?
Elle ne se généra pas à nous imposer un président préfabriqué (fait sur mesure).
Mieux, dans la situation qui prévaut actuellement en cette toute fin de janvier, si un petit rusé souffle à l’oreille droite du sénateur Guy Philippe, l’idée de se faire élire président de la République dans un hôtel de la capitale peu avant le 7 février…à l’instar des zigotos de l’Accord de Montana ?
On me retorquera si facilement et surtout si bêtement : oh Rony …ce n’est pas la même conjoncture. Des mots tout prêts !
Je prie Dieu que le sénateur Guy Philippe ne concocte pas de telles idées suicidaires…il me semble qu’il a un sens assez aigu de la survie physique.
Deux ans après, le président Fritz Jean n’est toujours pas encore installé au palais national.
Guy Philippe a des troupes, lui, comme Nord Alexis. En face du sénateur Guy Philippe, notre président élu ne peut compter, comme depuis très très longtemps déjà, que sur ce patron « kap Kenbe l toujou », dit-on de Dr Ariel Henry : les américains.
L’opération PAKALA en cours, depuis le Nord Est d’Haïti servira une bonne couverture aux américains qui s’en serviront pour neutraliser tant Guy Philippe que les masses et pour installer Fritz Jean au palais national … et ils interviendront militairement et directement si besoin est.
Paradoxe à faire pleurer, à défaut de ne pouvoir se donner la mort.
Tels sont les visages du néo cacoisme et du néo firminisme.
Les progressistes patriotes de la gauche comme de la droite doivent ABSOLUMENT et SÉRIEUSEMENT repenser la politique nationale…la « risibilité » continue de notre pays et du peuple haïtien doit cesser.
Nous ne mourrons pas en paix.
Rony Mondestin
Photo: www.lefiletinfo.com





