Martine Moïse, l’ancienne première dame de la république, est-elle toujours en danger?
Par Joel Leon & Reginal Souffrant

Comme annoncé, les funérailles du président assassiné, Mr Jovenel Moïse, ont été chantées dans la deuxième ville du pays. Depuis trois jours, la tension était palpable dans plusieurs quartiers du département du nord, en particulier dans l’arrondissement du Cap-Haitien. Au début de la cérémonie funéraire, la force publique était obligée d’intervenir pour rétablir le calme en utilisant du gaz lacrymogène et des tirs d’armes automatiques pour disperser ceux qui criaient justice en faveur de Jovenel Moise. Ce qui avait provoqué le départ précipité de nombreux dignitaires étrangers dont l’ambassadrice américaine aux Nations-Unies, Mme Helen Lalime, la représentante spéciale de l’ONU en Haïti, Mme Michelle J. Sison, ambassadrice des États-Unis en Haïti et d’autres personnalités.
Martine Moise, la veuve du président de facto, qui n’avait pas encore fait de declaration depuis sa rentrée au pays, a profité de l’oraison funèbre pour s’exprimer à la nation. C’était un discours émouvant et truffé d’émotions dans lequel elle dressait le portrait de son époux de plus de 25 ans comme un homme extraordinaire qui travaillait pour son peuple.

Cependant, elle n’a pas manqué de lancer des mises en garde à peine voilées en déclarant qu’« On a comploté contre toi. Tu as été abandonné et trahi. Les assassins sont là, à nous regarder, à nous écouter. Nous allons les regarder droit dans les yeux et leur dire : C’est assez ! » Dans cette même optique, ce ne serait pas faire du coq-à-l’âne de se poser ces simples petites questions : Quid des assassins de Maître Monferrier Dorval, l’ex-bâtonnier de Port-au-Prince ? Est-ce qu’ils « sont encore dans la ville » comme l’aurait dit le feu journaliste, Jean Léopold Dominique?
C’était une façon de lancer un message direct au comploteur qu’elle est au courant de tous ceux et celles qui ont participé à l’assassinat de son mari. En lâchant que les personnes qui avaient mis fin aux jours de son époux « sont [encore] là », qu’elle « les regarde dans les yeux », cela dénote qu’ils sont toujours au pouvoir. De qui parlait-t-elle ?
Elle a aussi fustigé les oligarques locaux, notamment ceux accusés d’avoir boycotté le projet d’électrification nationale de Jovenel Moise, et surtout les traîtres. Ces derniers seraient des individus à qui le président défunt aurait fait du bien et qui avaient contribué à sa crapuleuse exécution en guise de gratitude! En passant, signalons à Mme Moïse qu’il aurait été mille fois plus bénéfique d’implémenter des projets dignes de développement national au lieu d’avoir accordé des pots-de-vin par-ci par-là à des copains transformés en « traîtres » via une « caravane » mort-née, ou à travers le financement du gang G9, par exemple.
Parlant de la politique énergétique, nous aurions pu tendre des lauriers de remerciement à la femme du disparu si elle avait expliqué le leitmotiv ayant conduit son mari à casser le contrat avec la SOGENER (accusée, à raison, de « vendre du blackout ») , alors qu’il n’avait point persécuté E-Power et HAYTTAC, pourtant ces deux compagnies continuent d’empocher des millions de dollars US juste pour baigner le pays dans la noirceur épaisse en guise de l’éclairer au cours des nuits obscures. Contradiction flagrante!
Depuis son retour de la Floride, où elle s’était rendue en urgence pour se soigner des blessures reçues au cours de l’attaque de la nuit du 6 au 7 juillet écoulée, Madame Moïse s’est fait entourer de gardes du corps américains. On voit l’ancienne première dame partout avec ses gorilles qui sont très actifs, parfois même avec un peu d’excès dans l’accomplissement de cette mission à haut risque, celle de la protéger.
Les funérailles sont maintenant terminées. Qu’adviendra-il à ses « bodyguards» ? Va-t-elle rester au pays ? Si oui, comment va-t-elle s’y prendre pour sa sécurité personnelle et celle de ses enfants, particulièrement après avoir publiquement dénoncé les « traîtres » qui avaient contribué à l’élimination physique de son conjoint ?

Les conditions dans lesquelles le président de fait Jovenel Moïse a été brutalement assassiné ne sont pas encore élucidées. Nul n’a besoin d’être superintelligent pour comprendre qu’il a été victime d’un complot. Et, ce crime ne pouvait être perpétré sans la participation de quelques-uns de ses proches. D’ailleurs, Mme Moïse l’a exprimé clairement…Que faire? N’est-elle pas toujours en danger de se voir attaquer elle-même ?
A rappeler qu’en 1963, lors de l’assassinat du président américain, John Fitzgerald Kennedy à Dallas, Texas (USA), le pays avait connu un long moment de bouleversement. Ses assassins ne s’arrêtaient pas en si bon chemin. Deux ans après, ils ont procédé à l’assassinat de son frère cadet, le sénateur Robert Kennedy en 1965. L’ancienne première dame, sera-t-elle en sécurité si les vrais responsables du crime ne sont pas appréhendés, jugés et punis selon les lois de la République. Ne courait-elle pas un grand danger, sachant que les autorités policières, judicaires… travaillent au gout de ces mêmes traitres qu’elle a indexés dans le meurtre de son cher mari ?
On dit qu’en philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses; dans la vie réelle, cependant, les réponses sont plus importantes que les questions. Ainsi, seul l’avenir arrivera à dévoiler les réponses aux questions de Mme Moise. Toutefois, si elle se laisse emporter par les cris émotionnels de se porter candidate à la présidence au cours des élections à venir, elle aura du pain sur la planche.
Qui vivra, verra.
Joel Leon





