Raoul Peck, un Cinéaste de l’Humanité (« Exterminate All The Brutes » vient de le prouver!)

Raoul Peck, un Cinéaste de l’Humanité (« Exterminate All The Brutes » vient de le prouver!)

 

« En tant que race supérieure, les États-Unis avaient la responsabilité divine de contrôler le monde.»

Joel Leon

 

Raoul Peck a encore une fois frappé très fort. La sortie de son dernier film-documentaire, « Exterminate All the Brutes », sur HBOMAX, est très bien accueillie par le grand public. Avant tout, il faut dire que Raoul Peck a un brillant cheminement, un sérieux parcours, un certain destin…jusqu’à la production de ce dernier film.

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Michel-Wolf Trouillot, l’auteur de « Silencing the Past », et Roxanne Dunbar-Ortiz, une historienne américaine qui a publié « An Indigenous People’s History of the United States», sont les deux intellectuels qui ont influencé Raoul Peck a produire ce « master piece». 

Personnellement, j’ai découvert Raoul Peck à travers « Haitian Corner », un film sorti en 1987. Ce fut une drôle de coïncidence, car cela synchronisait avec le tout début de mon exil aux États-Unis, en 1994. C’était un excellent film dans lequel Raoul Peck narrait l’histoire d’un Haïtien qui s’exilait à New York à cause de la dictature des Duvalier. Tandis que je venais de fuir mon Haïti, ce même pays, pour la même raison, la dictature des militaires qui accaparait le pouvoir politique en 1991.  Il semble qu’Haïti est une société où coexiste une intimité résonnante entre la dictature et les hommes. A rappeler aussi que les parents de Peck quittèrent le pays au cours des années 1960, pour la même raison, pour se mettre à l’abri des avanies des sbires de François Duvalier !

Ensuite, Peck nous a livré « Lumumba », un autre chef-d’œuvre cinématographique. Une esquisse en guise d’hommages au grand martyr de la décolonisation de l’Afrique, Patrice Emery Lumumba, ce jeune leader congolais qui bouleversait l’ordre colonial Belge au Congo.

« Sometimes in April » était présenté au public au cours de l’année 2005. Un film que je m’empressais de voir. Au-delà du professionnalisme remarquable, j’ai pu déceler quelque chose d’autre : l’humanité du cinéaste. C’est le véhicule qui inspirait l’homme à décrire et analyser les drames humains dans toute sa profondeur. Ce grand sens d’être a poussé l’enveloppe très loin jusqu’à produire « Extrerminate All The Brutes », un véritable factum du début à la fin de l’expérience unique « des hommes et des choses » de la vie sur terre.

Judy Berman a écrit dans les colonnes de Times.com que : « C’est peut-être l’œuvre non fictionnelle la plus radicale sur le plan politique et intellectuelle jamais réalisée pour la télévision ». Pour l’auteur de l’article, « C’est vraiment une histoire révisionniste non chronologique de l’Occident depuis les croisades. » Raoul Peck a convaincu tout le monde que quelque chose va définitivement mal aux Etats-Unis et dans tous les pays occidentaux. Une anomalie qui ne peut être extirpée facilement parce qu’il fait partie du « Core » de la « civilisation occidentale », en un mot, « le vers est dans le fruit » !

Vox.com, une voix médiatique de grande renommée a compris que « La docu-série en quatre parties de Raoul Peck propose un parcours torride et brillant à travers l’histoire de la suprématie blanche.»  Il est unanime que le travail de Peck est exceptionnel. Une pensée se dégage derrière cette réalisation, c’est-à-dire une invitation à réfléchir sur les actions d’hier et les discours des politiciens d’aujourd’hui.

Le journal « New Yorker » en a publié un article rédigé par Richard Brody. En fait, il s’agit d’une analyse très intellectuelle du documentaire mais tout aussi de Raoul Peck. Pour lui, « Exterminate All the Brutes » présente une thèse dont Peck prend soin de cadrer comme un récit… une thèse extraordinaire, puissante, urgente. » Le film répond à une nécessité impérative de se cultiver, de comprendre, d’expliquer et de transformer un monde déjà trop vieux.

Raoul Peck

Il était 11 heures du soir. Ne pouvant plus dormir, j’ai allumé le téléviseur. En changeant sans cesse de canal, je me suis rappelé une publicité qui annonçait le film de Raoul Peck. De minuit jusqu’à 4 heures du matin, je m’étais cloué devant l’écran pour regarder « Exterminate All the Brutes ».

Le film est complet. L’histoire de toutes les atrocités commises par les empires sous des vocables de race, de classe…tout est là-dedans. Peck va très loin pour exposer l’origine du mal qui ronge l’être humain. L’idéologie génocidaire, les comportements supérieurs précisés en ces termes par le révérend Josiah Strong en 1885 : « En tant que race supérieure, les États-Unis avaient la responsabilité divine de contrôler le monde.» Comme il l’a bien dit, il a appris à « déchiffrer le langage de la mort ».

(Photo: The national Interest)

Raoul Peck a livré son impression comme suit : « La route d’Auschwitz a été pavée dans les premiers jours de la chrétienté, et cette route mène également directement au cœur de l’Amérique.»

Pour produire une œuvre pareille, l’expérience du métier ne suffit pas. Il faut éprouver un haut niveau d’intimité avec la narration. Quand on atteint cette dimension, en tant qu’auteur, on ne raconte plus une histoire, on se présente soi-même au public. On est devenu l’histoire. En regardant « Exterminate All the Brutes », à un certain moment, j’étais plus le spectateur. Raoul m’a soulevé pour me placer au champ des événements. J’étais à Auschwitz, à Nagasaki, au Congo, au Rwanda…

Il raconte comment le gouvernement américain utilise des termes appartenant aux Amérindiens pour nommer, baptiser des missiles et avions de guerre : AH-64 APACHE, LOCKHEED AH-56A CHEYENNE, CH-47 CHINOOK, BLACK HAWKS, H-19 CHICKSAW, H-34 CHOCTAW, BELL-UH1 IROQUOIS, OV-1 MOHAWK, des opérations de guerre…Geronimo, c’était le pseudonyme attribué au chef terroriste Oussama Ben Laden, au moment de le tuer.

Geronimo, le chef des apaches (Photo: Britannica)

« Le monde occidental est paniqué. Une panique qui est en spirale délirante. Se plaindre d’un choc de civilisation, affichant ainsi les limites des supériorités. Le privilège vous rend vulnérable et paniqué, associé à l’ignorance et au sectarisme, crée de la colère. Une colère illimitée et aveuglante. Tout le monde devient l’ennemi. La forteresse devient une prison. Tout le monde vous regarde.»  Raoul Peck ne saurait traduire mieux l’état mental de l’occident. Après des siècles de guerre, de massacre, de viol, de vol, de pillage…L’occident est devenu une bête agitée. On sent venir la fin. C’est une question de temps. La fin est pour demain.

En termes de conclusion, Raoul Peck, dans toute sa magnanimité, a lâché cette pénible vérité : « L’impérialisme est un processus biologiquement nécessaire qui, selon les lois de la nature, conduit à la destruction inévitable des races inférieures.» Donc, seul un monde dépourvu de tout empire garantira l’universalité de la vie de tous, loin de tout ostracisme et de sentiment de supériorité.

Joel Leon

 

 

 

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