Quel avenir pour Donald Trump et le parti républicain après les élections du 8 novembre 2022 ?

Pennsylvania, USA, 11/12/2022 – Aux Etats-Unis, presque tous les experts dans le domaine du sondage annonçaient une « Vague Rouge (red wave) », c’est-à-dire que le Parti Républicain allait rafler tous les sièges parlementaires du Parti Démocrate : le congrès et le sénat. Compte tenu de l’influence de l’ancien président Donald Trump sur le Parti Républicain, comme son seul chef incontestable et incontesté, le 8 novembre 22, devrait confirmer sa mainmise sur le parti. Cette prédiction n’a pas été matérialisée, les candidats démocrates s’en sont sortis plus ou moins bien. Cela renvoie à une toute une série de questions sur le futur politique de Donald Trump et du Parti Républicain.
Aux Etats-Unis, Il y a une loi non écrite qui s’appelle « la loi de la conservation de la colère anti-titulaire » qui, en général, motive les citoyens à voter contre le parti au pouvoir afin de rééquilibrer le paysage politique. C’était l’un des éléments sur lesquels reposaient les experts pour annoncer « un tsunami rouge » des républicains.
Ajoutez à tout cela, le phénomène Trump. Ce dernier avait choisi, au cours des élections primaires du parti républicain, beaucoup de candidats qui allaient participer aux élections du 8 novembre. Ils étaient nombreux, mais ils n’ont pas réussi « le tsunami rouge » comme annoncé, même quand certains d’entre eux ont pu être élus au congrès. C’est-à-dire que les députés trumpistes vont faire leur entrée parmi les républicains traditionnels.

D’abord, les trumpistes. D’après l’auteur Dana Milbank, dans son livre « The Destructionists : The Twenty-Five Year Crack-Up of the Republican Party (Les Destructionnistes : Les vingt-cinq ans d’effondrement du parti républicain) », sous le leadership de Newt Gingrich, « house Speaker » de l’époque, en 1994. Il a fait croire que désormais il faut cesse de considérer les démocrates comme des adversaires politiques. Ce sont des traîtres, des corrompus, des démons…ce sont des ennemis à abattre parce qu’ils veulent la destruction des Etats-Unis. C’est pourquoi que beaucoup d’analystes politiques et stratégiques considèrent Newt Gingrich comme le père spirituel de Donald Trump.
L’ancien président américain, Mr. Donald Trump est profondément influencé par les idées de Newt Gingrich. Car, il y a tout un travail qui était déjà en cours qui allait, tôt ou tard, canaliser le parti républicain dans les bras de l’idéologie de l’extrême-droite . En fait, Trump n’a pas créé le « trumpisme », s’il ne l’avait pas créé, donc il ne va pas disparaître avec sa défaite politique.
Contrairement à ce que pensent plusieurs experts, il ne va pas avoir de grande transformation au sein du Parti Républicain, en dépit du revers de novembre. Parce que le fondement du « trumpisme » est axé sur de solides postulats véhiculés pendant des décennies, certains parlent même depuis les années 50, à savoir que les immigrants sont en route pour les déposséder de leur pays.
Les immigrants, les groupes minoritaires, les gens de couleur…sont les dangereux ennemis de la patrie. Ce discours fait aisément son chemin chez les blancs qui n’ont pas reçu une éducation supérieure, les non-professionnels…Ils se croient être en 1775, à la veille de l’indépendance américaine de 1776. De ce fait, ils sont conditionnés à prendre des mesures extrêmes pour protéger la patrie. Des groupes comme « The Jericho Movement » font croire que Donald Trump est cet homme envoyé par Dieu pour sauver l’Amérique de l’invasion migratoire. Joel Osteen, l’un des plus riches et influents pasteurs américains qui prêchent « l’évangile de la prospérité », avait décrit Donald Trump ainsi : « Vous ne pouvez pas trouver une personne plus gracieuse et généreuse que M. Trump ».
Pour couronner le tout, il y a cette fameuse date fatidique de 2050. Elle correspond au moment où les blancs vont être la nouvelle minorité, et ceci pour la première fois de leur histoire. Cette perspective singulière et inacceptable a créé une psychose de peur que les stratèges utilisent sciemment pour mobiliser une masse critique de blancs pour aller à l’assaut du pouvoir politique . Et ceci, rien n’a été laissé au hasard : le mensonge, la désinformation, la politisation des institutions, la violence politique à l’état de nature, le coup d’état…pour empêcher la disparition de l’Amérique telle que conçue par les père-fondateurs. Car, nous sommes encore en 1775 !
En ce sens, je vous propose de lire un article que j’avais publié en 2016 en anglais sous le titre de « How Fear and Ignorance Birth The Unpredictability in United States Of America ! ».
Quel est le rôle de Donald Trump dans toute cette histoire ?

Trump n’a jamais été un conservateur. En 1999, quand il explorait l’idée de se porter candidat à la présidence, il était pour le droit à l’avortement, un système universel de la sante publique, la diversité raciale…Contrairement à ce qu’on pense, Donald Trump est extrêmement intelligent, Il arrivait à saisir le flair à propos de la direction que prendra le Parti Républicain dans les années à venir. Par exemple, « The Tea Party Movement », au cours de l’année 2010 a été un signe avant-coureur qui laisse prévoir le slogan mobilisateur à garder en agitant le spectre d’une panique prophétique à l’endroit d’une bonne frange de la population blanche. Il s’est conformé et ajusté son discours politique allant dans le sens de l’urgence pour stopper la vague migratoire afin de sauver la patrie.
Donald Trump n’est rien d’autre qu’un Vaisseau, à défaut de sa présence pour quelque raison que ce soit, un autre, probablement plus extrémiste que lui, va continuer cette ascendance patriotique pour préserver le rêve américain, l’exceptionnalisme américain, l’impératif civilisateur américain, l’internationalisation de la doctrine de Monroe…
Déjà, on a le gouverneur de l’état de la Floride, Mr. Ron Desantis, l’ancien vice-président Mike Pence…pour ne citer que ceux-là, il est presque certain qu’ils vont tous poursuivre le trumpisme sans Donald Trump.
Donc, le futur du Parti Républicain est connecté avec l’ionosphère politique nourrie par des stratèges américains pour se maintenir au pouvoir. Cependant, même si les républicains arrivent à contrôler les deux branches du parlement, cela ne garantit pas une victoire au niveau national. En 2016, quoique Donald Trump fut élu président, il a été victime du vote populaire qui était favorable à Hillary Clinton.

Il y a un fait qui s’est produit mais qui n’attire pas beaucoup d’attentions au cours des dernières élections américaines. Pour la première fois, un membre de la « Génération Z » va faire son entrée au congrès. Il s’agit du jeune Maxwell Frost, âgé seulement de 25 ans, mais il a battu le candidat républicain de 72 ans, un ancien béret vert de l’armée américaine. La signification de ce vote annonce une révolution sociologique qui s’oppose catégoriquement aux générations Y, X et Baby-Boomers. La génération Z (zoomers), ceux et celles qui sont nés au début du 21e siècle, soit en 2001, elle n’a pas connu l’ère sans l’internet. « L’une des principales caractéristiques de la génération Z est la diversité raciale. Alors que la démographie américaine continue de changer, la génération Z sera la dernière génération à prédominance blanche. Une légère majorité de la génération Z (52 %) est blanche ; 25 % sont hispaniques, 14 % sont noirs et 4 % sont asiatiques ». Ce nouveau député de l’État de la Floride a déclaré ce qui suit mardi soir, quelques heures après sa victoire électorale :« Floride centrale, je m’appelle Maxwell Alejandro Frost et je vais être le premier membre de la génération Z du Congrès des États-Unis ! ». En ce sens, l’avenir du Parti Républicain peut être compromis, heureusement il y a l’autre tendance plus moderne et qui se chiffre au centre. Elle considère que le vote du 8 novembre est une victoire pour les centristes du parti qui sont bien représentés au sein du congrès américain.
Pour finir, ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis correspond à une dynamique historique qui a toujours marqué toute transition à travers l’existence humaine. C’est une réalité qui est arrêtée et rien ne peut changer son cours. Toute domination humaine est éphémère. Ce passage a toujours entraîné des bouleversements profonds qui parfois, ouvrent sur des révolutions, des passations douloureuses de pouvoir. En conséquence, l’instabilité américaine ne fait que commencer !
Joel Leon
Photo: courtoisie de Reuters





