Quand un État est en mauvais état…
Par Esau Jean-Baptiste, professeur
Il devient de plus en plus détestable, désagréable, corrompu, décrié, indexé, immoral, sinistre, minable, soumis, nuisible et malsain. Vu son mauvais état, l’État haïtien ressemble véritablement au profil de l’État fustigé par Nietzsche comme le « plus froid des monstres froids ». C’est en réalité, un problème de mauvaise gouvernance. Car, que vous soyez du côté du pouvoir ou de l’opposition, la situation socio-politique d’Haïti demande une attention toute particulière. Dans l‘intérêt général du pays, et pour préserver la sécurité individuelle, collective, en un mot, le bien-être de la communauté haïtienne dans toute son intégralité, l’heure est à l’action. Compte tenu du mauvais état de dégradation des institutions du pays, ils sont nombreux ceux qui pensent qu’un grand mouvement patriotique est nécessaire pour combattre l’insécurité, la corruption sur toutes ses formes aussi bien de la médiocrité des hommes et femmes politiques dans des postes de commande est donc vital pour arrêter l’état de pourrissement des institutions.
Contrairement à ce que pensent les supporters du statu quo qui pillent le trésor public du pays, l’implication des hommes d’État dans des actes mafieux est visible à l’œil nu. On n’a pas besoin, ni de télescope ou de microscope pour voir bouger sous les yeux les vices de la corruption érigée comme système et qui fragilise la nation davantage au point de l’enfoncer encore plus dans une situation d’État failli. Cette dernière doit aiguiser l’attention et fouetter la conscience patriotique et citoyenne sur le fait de devoir agir le plus vite possible sur l’état de pourrissement des institutions publiques et privées du pays afin de lui retourner à sa vraie mission. Puisque:
Le pays n’est pas gouverné
Quand dans un pays, les inégalités sociales sont si criantes entre ceux qui possèdent tout et ceux qui n’en ont rien, des bandits qui sont de connivence avec des élus, une administration publique qui se dévalorise chaque jour, donc il y a lieu de se demander s’il y a des dirigeants, si oui c’est un État en mauvais état.
En effet, le drame sociopolitique auquel Haïti fait face actuellement est indubitablement lié à la défaillance de ses dirigeants à répondre aux problèmes du pays. Face à ce constat, ils sont nombreux ceux qui continuent à se poser cette question : où sont les dirigeants de ce pays?
Car, sous les yeux des soi-disant autorités du pays, la situation socio-politique se détériore chaque jour. Depuis bien des mois, Haïti vit une situation de tension généralisée qui fait peur. Quand ce n’est pas à « Grand Ravine », « Ti Bwa », « Village de Dieu » dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, ce sont dans presque toutes les grandes villes du pays que les armes automatiques se sont fait entendre. N’en parlons pas de la tuerie organisée contre les pauvres gens de La Saline, de Pont Rouge, Cité soleil, de Carrefour-feuilles et de Bel-Air. Partout, les bandits imposent leurs lois. Face à cette situation, on a l’impression que toutes les institutions sont impuissantes à ce qui se passe au pays.
Quand un pays fait face à de sérieuses crises sociétales comme l’éclatement de l’espace urbain, d’insécurité, d’impunité, un système de transport défaillant, des problèmes de dépréciation de la monnaie nationale (gourde) par rapport au dollar américain, de corruption, d’analphabétisme, de rareté de gazoline depuis plusieurs semaines, de cherté de la vie, et que rien n’est fait pour résoudre ces problèmes complexes, donc le pays est pris en otage par un état parias.
Donc, le pays n’est pas gouverné. Haïti est dans une phase d’ingouvernabilité chronique. Tous les dirigeants, à l’exception des deux chefs d’État, Leslie François Manigat et Jean-Bertrand Aristide qui ont été chassés du pouvoir, sont tous, piteusement, échoués. Ils le sont du fait qu’ils sont incapables de comprendre que le soulèvement général de la population, que ce soit avant ou après 7 février 1986, est beaucoup plus profond qu’un simple changement de gouvernement ou de départ d’un président. Le peuple, dans leurs revendications, particulièrement les masses défavorisées, gagne les rues pour réclamer un grand changement social et économique. « Car, si le devoir des responsables politiques est d’apporter des réponses aux besoins des citoyens à travers une société organisée, il est clair que ces besoins doivent être identifiés et articulés dans des programmes bien définis. Il est inadmissible qu’un pays soit aussi souvent exposé au hasard sans que des ayants droit n’interviennent pour indiquer une orientation comme s’il n’y a pas de sortie possible. »
Oui, la République se meurt parce qu’elle continue à être dirigée par des autorités incompétentes, insouciantes et corrompues. Pour un pays d’une superficie de 27,750 km2, quand il y a des bandits dans presque tout le territoire, donc que contrôle l’État ? C’est un État qui n’a aucun pouvoir de contrôle, ni de convocation. Quand sur la terre héroïque de Dessalines, l’expression de violence, avec des gangs armés de connivence avec des élus, est la règle, le pays est dirigé par un État voyou en mauvais état de délinquance. Ainsi se pose cette question, l’expérience de Manuel dans Gouverneur de la rosée doit-il être un exemple à suivre ?
Esau Jean-Baptiste





