Quand la justice haïtienne est prise en otage par des groupes armés !
« La justice élève une nation, mais faut-il bien qu’elle soit libre de ses mouvements, qu’elle soit débout. »

Paris, France, 06/02/2022 – Bientôt deux semaines depuis que le tribunal de la première instance de Port-au-Prince, la plus grande juridiction du pays, est occupé par des bandits armés. Juste à quelques mètres du palais national, sans qu’aucune tentative ne soit entreprise pour récupérer les locaux. Alors que des archives s’accumulent et des dossiers tant importants que sensibles sont en souffrance dans ce haut lieu de la justice haïtienne. A bien comprendre que les autorités politiques et policières ne semblent pas trop s’intéresser à lever le petit doigt, bien au contraire, elles cherchent à déménager du bicentenaire pour aller on ne sait où. C’est l’exemple vivant de la panne d’idées qui frappe les élites nationales, le gouvernement haïtien a tendance a tout de placer vers Pétionville…
Donc, la meilleure façon de répondre à cette situation d’insécurité grandissante est la désertion. Bien plus qu’une évidence, l’Etat haïtien peut circuler, se balader dans certains endroits réputés sûrs, peu importe, pour l’instant, alors que la constitution haïtienne est claire dans ses dispositions :
La république d’Haïti est Une et Indivisible

Cela n’empêche, qu’aujourd’hui, qu’on a la république de Martissant, de la Croix-des-bouquets, de Cité Soleil, de Savien, des Nippes, de Delmas 6, de la Saline, de Pernier…chacune de ces zones est dirigée par un chef de guerre. La république est émiettée !
Et voilà, le tribunal, l’endroit qui devait-être un sanctuaire pour la distribution équitable de la justice est devenu un repère de voyous et de bandits. Où est passée l’autorité de l’Etat, elle qui se dit détentrice de la violence légitime ?
Vu la facilité avec laquelle ces bandits accomplissent leur sacrilège, profanent la maison du droit, on peut se demander c’est à quand le tour de la présidence et celui de la primature ? La résistance est inexistante, quand ce n’est l’effacement presque total de l’État !
Quand l’argent rentre au tribunal par la grande porte, la justice saute par la fenêtre. Lorsque le laxisme de l’État franchit le seuil de l’intolérance, sa faiblesse s’affiche au grand jour et ouvre la voie à l’anarchie et au désordre. Et, là encore, on doit se demander si un déficit de crédibilité, d’exemplarité vis à vis de nos pseudo-dirigeants n’est pas le vecteur déterminant de toutes ces dérives ?
Bien plus encore, lorsqu’un État est plongé dans une crise récurrente prolongée, on est en face d’une société en décomposition, voire de disparition. A ce carrefour historique, c’est le moins qu’on puisse dire !
En tout cas, cette prise d’otage de la justice par les bandits est à la fois le résultat probant de la déchéance de l’État et l’incroyable constat d’une impuissance entretenue.
Un constat, d’abord. En ce sens que l’État n’est même pas pyromane, il est tout simplement observateur, comptable des dérapages de toutes sortes, sans aucun pouvoir d’intervention, de prévention et de dissuasion.

C’est un résultat du fait que quand on sème un État illégal, on doit s’attendre à ce qu’on récolte les fruits pourris du chaos et de la désolation.
Récemment, le ministre haïtien de la justice, monsieur Berto Dorcé qui, semble avoir quelques anneaux chez les orfèvres aussi, a beau parler pour ne rien dire. Encore des promesses fallacieuses, allant dans le sens que les forces de police et de l’armée vont reprendre les choses en mains. Jusqu’à présent, on attend encore sans savoir la durée de cette attente, si ce n’est qu’à l’infini !
On croit qu’il temps, grand temps pour que la population haïtienne, dans son ensemble, puisse vaquer normalement à ses activités respectives et que les institutions puissent reprendre leur fonctionnement habituel dans un cadre social, politique, économique et environnemental apaisé et stable.
Michaud Joanier, journaliste
Photo: Le Nouvelliste





