Quand la corruption définit les relations haitiano-américaines !

Quand la corruption définit les relations haitiano-américaines !

Joel Leon

Pennsylvanie, USA, 05/08/2023 – La choquante révocation de Mr Edmond Bocchit comme chargé d’affaires à l’ambassade d’Haïti de Washington, ce qui met brutalement fin à ses 32 ans de carrière, a bouleversé tous les esprits. Il s’agit d’une grande première, car, la corruption a toujours été une pratique courante au sein des missions diplomatiques haïtiennes et à l’intérieur du pays.

Claude Joseph

L’ancien ambassadeur Haïtien à Washington, de 2004 à 2010, Mr Raymond Joseph, au cours d’un entretien m’a déclaré, et je cite : « J’ai trouvé un véritable désordre à l’ambassade. Chacun fit ce qu’il voulait. Chaque mois, le ministère recevait seulement 60.000 dollars américains de l’ambassade. Moins de deux mois après mon arrivée, 250.000 dollars renflouaient les caisses de l’État mensuellement. Au moment de mon départ, Haïti recevait annuellement plus de 5 millions de dollars ». Le département d’État a été toujours au courant de la corruption qui plagiait les missions diplomatiques en opération aux Etats-Unis, on s’en foutait pas mal. Soudainement, le gouvernement précipitait le rappel de l’ambassadeur Bocchit sur la base d’un rapport publié en 2021, il y a presque deux ans. Nous prennent-ils pour des imbéciles ?

D’abord, ce rapport avait eu lieu après que le « US Customs and Border Protection -CBP » intercepta, le 9 juin 2021, un paquet qui contenait un total de 50.000 dollars américains. Ce qui est considéré comme une fraude en fonction de « Title 19, United States Code (USC) section 1595a(c)(I)(A) », parce que le montant étant supérieur à 10.000 dollars américains devrait être déclaré aux autorités et en plus, l’envoyeur n’avait pas suivi le canal normal pour ce genre de transaction.

Gélorme Juste

Le destinataire de cette transaction irrégulière de 50.000 dollars américains n’était personne d’autre que Mr. Gélorme Juste. Ce dernier a été nommé par l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mr Claude Joseph, dont il est aussi le cousin. L’ambassadeur Bocchit alerta son ministère de tutelle de l’affaire, entre-temps le département d’état s’en mêlait déjà via le « customs », ainsi, après discussion avec le premier ministre Ariel Henry, il a été décidé d’envoyer une commission d’enquête interministérielle, composée des agents des ministères de l’Intérieur et des Affaires Étrangères, pour investiguer cette sale histoire. Cependant, Claude Joseph décida d’envoyer une mission d’enquête composée seulement avec des agents de son ministère en écartant le ministère de l’intérieur.

Le gouvernement était au courant, puisqu’avant son départ de la chancellerie haïtienne, Claude Joseph avait pris soin d’envoyer une copie du rapport au département d’état, via l’ambassade américaine en Haïti. Donc, il y a preuve que les autorités américaines étaient touchées par l’affaire, pourtant ils durent attendre près de deux ans pour sévir contre Bocchit qui a été épinglé dans le rapport de 2021. Le pire, ce qui a profondément confus les observateurs, lorsque le gouvernement américain avait donné une période de trois semaines pour élucider cette histoire, Ariel Henry avait dépêché immédiatement une commission interministérielle, composée des ministères de l’Économie et des Finances, de l’Intérieur et des Affaires Étrangères, vers Washington. Le rapport de la commission a été sans appel, et je cite « Parmi les personnes directement indexées au niveau des deux documents précédemment relatés, la culpabilité effective a été avérée pour deux d’entre eux : Monsieur Gélorme Juste et Monsieur Emmanuel Content ; le premier par preuves directe établies lors des saisies de colis, suivies d’aveux et le second sur aveux écrits, recueillis par la mission des Affaires Étrangères à l’Ambassade de Washington ».

Bocchit Edmond

Le rapport du 18 au 21 avril poursuit, en ajoutant : « S’agissant de Monsieur Bocchit Edmond et de sa sœur Madame Betyna Edmond Mexil, aucune preuve directe n’a été produite par le rapport du ministère des Affaires Étrangères (MAE) ou par celle du MICT de sorte à démontrer indubitablement qu’ils se soient «  sciemment engagés dans la livraison de passeports haïtiens sans autorisation légale » ; En ayant d’une part « illégalement délivré des passeports haïtiens » et, d’autre part, « créé un faux consulat à Salisbury, dans le Maryland sans autorisation légale », fin de citation.

Boukan News avait mené son enquête en contactant des notables de la ville se Salisbury pour s’en acquérir d’informations supplémentaires. Les personnes avec qui le journal a communiqué ont porté un démenti formel sur l’existence d’un quelconque consulat dans la ville de Salisbury. Ils ont parlé de préférence de quelques agents de l’ambassade qui venaient dans les églises certains samedis pour remplir les applications et faire l’empreinte des demandeurs de passeports sur place. Ils devraient revenir la semaine suivante pour les remettre aux compatriotes. Cette entreprise a été stoppée par les pasteurs eux-mêmes après que les citoyens s’en étaient plaints du non-respect des engagements pris par les responsables de l’ambassade qui n’arrivaient pas à délivrer les passeports comme convenus.

Le dernier rapport en date a blanchi l’ancien ambassadeur Edmond Bocchit aussi bien que sa sœur Betyna. Pourquoi s’en prendre encore à ces deux ?

D’abord, il y a au moins deux personnes très familières avec l’histoire qui a confié à Boukan News que, la révocation de Mr Edmond Bocchit est due à ses ambitions de revenir à la tête de la chancellerie haïtienne. D’autres collaborateurs s’en prenaient à Bocchit du fait de ses rapports de proximité à Ariel Henry que certains voient d’un œil agaçant. Ils en ont profité pour pressurer Ariel Henry à se démarquer de Mr Bocchit.

La deuxième approche, il est bruit que des fugitifs étrangers ont été arrêtés en possession des passeports haïtiens à l’aéroport de New York qui avaient été acquis aux prix de 10.000 dollars américain par unité. Ce que le gouvernement américain a considéré comme un acte qui mettait la sécurité nationale de son pays en péril, de ce fait quelqu’un doit payer pour cette infraction grave.

La troisième approche, il semblerait que Mr Bocchit s’aventurait dans un processus de recrutement d’agents de « Wagner Group » pour aider le gouvernement haïtien à combattre le phénomène des gangs qui posent un défi majeur au gouvernement haïtien.

Ensuite, il y a une autre source qui a ri au moment d’apprendre que la cause de la révocation de Bocchit est due au rapport de 2021, il a dit et je répète « This report has nothing to do with anything ». Cependant, il a refusé catégoriquement d’avancer les raisons qui ont pressuré Ariel Henry à renvoyer Mr Bocchit, dont il a été un proche collaborateur.

En conclusion, tous les gouvernements dictatoriaux d’Haïti avaient toujours maintenu des relations privilégiées avec les Etats-Unis d’Amérique. D’ailleurs, on dirait que les gouvernements corrompus s’imposaient comme leurs meilleurs clients. Les régimes de Duvalier, de Martelly et de Jovenel furent les meilleurs exemples de franches collaborations jamais enregistrées dans l’histoire des échanges diplomatiques entre les deux États. Donc, les causes de la révocation de Bocchit sont à chercher ailleurs, certainement pas dans le rapport de Claude Joseph !

Joel Leon

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