Policier et ouvrier : Deux faces d’une même réalité salariale de misère !
Par Esau Jean-Baptiste
Quand l’argent est la cause et la solution d’un problème, donc chercher à comprendre la mobilisation des manifestants de Parc Industriel et l’intervention brutale des agents de force de l’ordre pour les disperser, c’est comprendre, en dépit de l’animosité partisane de ces messieurs en uniforme, que le salaire minimum des ouvriers et « ti kat debit » pour les policiers sont les deux faces d’une seule et même pièce de monnaie.
Quand, par l’usage excessif de la force, des agents de la Police nationale dispersent les manifestations des ouvriers qui revendiquent un maigre salaire de misère de 1500 gourdes, alors qu’au sein de cette même institution policière, il n’y a que des filles et fils des salariés, des chômeurs, des pauvres paysans, des gens dans les bidonvilles, donc, cette force de police n’est pas équilibrée dans leur mission de protéger et servir.
Mais le plus important, pour comprendre ce comportement anormal de ces policiers, il faut aussi comprendre qui sont les recruteurs et qui sont les postulants recrutés. « Qui finance, commande », dit-on. Donc, les politiciens apatrides et les hommes riches de ce pays recrutent des agents pour, à leur place, faire la répression.
Pendant la guerre de l’indépendance, il y avait au moins des mulâtres bien formés aux côtés des esclaves. Mais aujourd’hui, les choses ont complètement changé. La PNH est une institution composée d’agents qui sont les filles et fils de marchands, d’ouvriers dans des usines, des paysannes, des chômeurs etc… C’est comme du temps de la colonie, ou des commandeurs au service des colons étaient placés dans les champs pour, à longueur journée punir les esclaves à coup de fouet, en dépit des longues heures de travail. Aujourd’hui, puisque l’institution est influencée par des hommes d’affaires et des politiciens apatrides, donc presque chaque agent de police est un outil de répression entre leurs mains.
La PNH est une institution montée de toutes pièces par les oligarques, (locaux et internationaux), ennemis traditionnels de la classe ouvrière. Donc, quand des policiers, de l’institution ayant pour mission de protéger et servir, mais reçoivent des ordres pour maltraiter, arrêter, emprisonner ou tirer sur les ouvriers qui revendiquent leurs droits, donc, elle a failli et cesse de jouer son rôle fondamental. Quoique la PNH a été créée et rendue opérationnelle par des agents de souches pauvres et laborieuses, elle se met au service de toute façon des patrons.
Quand un policier tire sur une jeune femme/homme qui proteste pour l’ajustement de son salaire, c’est probablement son petit cousin, fils de l’autre frère de son père artisan qu’il est en train d’assassiner, qui comme lui, vit avec les mêmes besoins primaires dans un autre quartier populaire dans sa commune.
Quand l’agent de police tire sur la jeune fille qui, tout en manifestant, refuse, d’être un objet sexuel pour les patrons, elle le fait aussi pour la fille et la femme du policier qui, dans bien des cas sont victimes de cette même atrocité. Cette jeune fille protestante, pourrait être bien la cousine du policier, unique enfant de sa tante marchande qui fait les mêmes commerces de misère que sa mère.
Comme du temps de l’esclavagisme et de la colonisation, où les esclaves n’avaient pas de plantations aujourd’hui, les parents des policiers n’ont pas de supermarchés, de manufactures de sous-traitance, de pompes à essence, de banques ou d’autres commerces pour exploiter les masses défavorisées. Donc, le policier et l’ouvrier sont dans le même bateau !
Généralement, si le père du policier qui vit dans les sections rurales des villes de province du pays ou des quartiers marginalisés de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, ne passe pas leur temps à jouer au domino et a des parties de cartes, dans bien des cas, il travaille dans les manufactures d’un homme riche. Pendant que sa mère, grâce à l’aide financière d’un proche qui vit à l’étranger, est marchande d’œufs bouillis, pains et figues bananes devant les usines des riches, pour la plupart, hommes de couleur venant d’autres pays.
Et, c’est avec le maigre revenu que le père gagne dans les industries de sous-traitance et la mère de son commerce de « Chen janbe » ou autres, particulièrement dans les marchés publics, que le policier-bourreau avait eu la chance de faire des études dans des lycées et écoles privées. L’éducation reçue est complètement différente de celle des enfants des hommes politiques et riches patrons, si toutefois ils fréquentent les écoles privées de ce pays.
Quand le policier, avec son arme de service, ne protège pas les masses, il est un malheureux instrument pour au service de ceux qui se servent de grands moyens financiers et contacts politiques pour piller les fonds du trésor public du pays et maintenir le statu quo.
Malheureusement, c’est ce même agent de police, toujours prêt à défendre l’intérêt des riches et des politiciens corrompus, qui, à longueur de journée, dénonce les mauvaises conditions des dortoirs et des cafétérias dans les commissariats. N’en parlons pas du retard de leur paiement mensuel. Il vous dira : nou poko jwoin n kòb ti kat lan pou mwa sa.
Depuis plusieurs mois, la criminalité dans toute sa splendeur plonge Haïti dans la consternation. Quand ce ne sont pas des paisibles citoyens, ce sont les agents de la PNH qui sont tués quotidiennement. Car, les bandes armées ne chôment pas.
Lutte d’influence et incompétence criminelle des autorités de l’État ne sont pas un phénomène nouveau, puisque depuis un bout de temps, les agents de la PNH sont devenus la cible de violence des bandits légaux qui sèment le deuil partout dans les familles haïtiennes.
Cette déroute, infligée régulièrement à la PNH par des bandits lourdement armés est preuve que l’institution policière a échoué dans sa mission de protéger et de servir.
Mais, si les agents de la PNH ne peuvent pas se protéger eux-mêmes, ni la population, ni les ouvriers de la sous-traitance… donc qui elle protège et sert alors ? Les patrons ; la classe des affaires ; ou en un mot, les chiens de garde du système corrompu… ?
Quand les policiers, fils de marchandes, de paysannes, de pauvres chômeurs ont reçu des ordres pour tirer sur les ouvriers qui revendiquent leurs droits par rapport à salaire de tuberculose, eux aussi sont exploités et mal payés, la PNH est donc créée avec des agents de souches pauvres pour servir et protéger les riches patrons et agents du système.
Et enfin, les commissariats représentent un atout majeur pour les policiers, les rues sont pour les ouvriers un centre névralgique pour faire entendre leurs voix. Car, les manifestations ne sont pas seulement liées à une affaire de salaire minimum, c’est aussi une question d’assurance médicale, de cafétéria, de transportation etc.
Prof. Esau Jean-Baptiste






