Partir pour Mourir. 

Partir pour Mourir.

 

Jean Rony A. Monestime

BOUKAN NEWS, 11/11/2025 – S’émigrer est naturel. Qu’il ait lieu, pour l’homme, après de mûres réflexions, pour les animaux, par pur instinct, pour les arbres, de manière indirecte, tout être vivant est au rendez-vous. Oui, les hommes, par persécution ou par simple volonté, s’émigrent décidément ; des animaux quadrupèdes et les oiseaux migrateurs partent, évitant le courroux des saisons. En revanche, de pauvres grains et/ou germes des arbres ne le font pas seuls, ils sont souvent transportés, vers d’autres terroirs, par les volailles granivores et par le vent fort. Autrement dit, pas une seule vie sur terre n’est totalement sédentaire d’un lieu particulier.

De toutes les migrations humaines, étant les plus débattues, l’émigration haïtienne est l’une des plus chicanées. Les motifs et les raisonnements ne manquent pas : des mépriseurs brandissent la misère d’Haïti ; des mauvais voisins parlent de la faim ; des analystes argumentent sur des facteurs pluridimensionnels. Ainsi, sous les stylos des essayistes et dans les discours des vulgarisateurs, on peut recenser, sans ambages, les vrais déclencheurs du départ massif des haïtiens.
L’homme haïtien part pour des raisons économiques, à cause des persécutions politiques, des réalités sociales, mais aujourd’hui, surtout à cause de l’insécurité ravageuse. Le constat est que toutes les strates de la société quittent le pays. En effet, c’est le corollaire le plus affreux, mais mal connu, qu’il faut identifier : bien des migrants meurent lentement.
La mort lente du migrant haïtien a trois facteurs causaux : la nostalgie, l’inadaptation et la subalternisation.
La Nostalgie
Selon Campbell, la nostalgie, en tant qu’évasion temporaire, offre un répit nécessaire qui peut apporter du soutien dans les moments difficiles. Néanmoins, l’expérience peut s’avérer négative si l’on rumine le passé (National Geographic, 2025). Autrement dit, la nostalgie excessive est dévastatrice et peut rendre dépressive. Le migrant haïtien, vivant loin de sa terre natale, peut devenir dépressif, en se souvenant trop du pays d’origine.
L’Inadaptation
L’inadaptation est biologique, psychologique et sociale. Elle demeure un défi majeur pour l’immigrant. Au canada, conscient de ce problème, le Québec crée le Service d’Aide à l’Adaptation des Immigrants et Immigrantes (S.A.A.I.). Car, le nouveau venu, victime du choc culturel et d’autres adversités en terre d’accueil, risque de souffrir.La Subalternisation
Il y a trois cieux qui voient mourir de chagrin des professionnels haïtiens : le ciel canadien, le firmament français et les 50 espaces fédérés des États-Unis. Ce genre de mort n’est ni violente ni subite; elle est taciturne. Quand la nostalgie déprime, l’inadaptation prive, la subalternisation humilie. Le migrant déprimé, privé de sa culture, humilié par les travaux méprisants, décède peu à peu. Selon Xue (2017), s’établir au Canada et s’intégrer à la société canadienne constituent des défis et des obstacles qui influent sur des contraintes financières.

Ces difficultés d’intégration sont nées souvent de la subalternisation des nouveaux venus. Par exemple, l’envers de la profession du pays d’origine exercée dans le pays d’accueil décourage et stresse. Notamment, le médecin haïtien qui devient laveur-vaisselle (dishwasher) à New York, chauffeur de taxi à Paris, préposé à Montréal ; l’agronome qui devient tondeur en Floride, agent de sécurité en Californie ou livreur de pizza à Boston. La réalité de ces professionnels ne sont pas salutaires.
Sans souci de sot métier, la subalternisation est un tourment lourd pour la santé mentale de tout immigrant professionnel qui voit sa fonction dans le pays d’origine déconsidérée dans le pays d’accueil. Une étude publiée dans Frontiers en 2021 a montré qu’avoir un emploi qu’on n’aime pas peut entraîner une augmentation du stress et de l’anxiété, ainsi que des symptômes physiques tels que des maux de tête, des problèmes digestifs ou un système immunitaire affaibli (Marie-Claire, 2025). Imaginons un immigrant qui boucle un cycle de 20 ans de labeur subalternisé. La maladie, voire la mort lente est presqu’une confirmation.

Partir peut rendre joyeux ou triste. Il n’a jamais été facile de laisser sa terre. Le départ des professionnels haïtiens, vers d’autres horizons sociaux, peut être un longiligne suicide. En Occident, on peut recenser une hécatombe de mains-d’œuvre haïtiennes qualifiées expirant dans l’ombre. Ce n’est que partir pour mourir.

Références :
Campbell, O. (2025). Nostalgique ? Votre cerveau est programmé pour ça. National Geografic

LR Médias. (2025). Si vous n’aimez pas votre travail, cela affecte sûrement votre santé. Marie-Claire

Xue, L. (2007). Portrait d’un processus d’intégration.

Jean-Rony Monestime André
AstraZeneca Clinical Research Coordinator
Breast Oncology Research Program
Cancer Clinical Trials Office (CCTO)
Solid Tumor Programs || Cell Phone: (954) 297-3855

Weill Cornell Medicine || NewYork-Presbyterian
Meyer Cancer Center (MCC)
425 E.61st Street Suite 201
New York, NY 10065
T +1 646-962-9437
jea4029@med.cornell.edu

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