NOTRE SILENCE NOUS REND COMPLICES
“Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice” ( George Orwell , écrivain britanique)
L’hibernation est une étape que la nature impose à certains animaux qui vivent dans des régions où le froid est rigoureux. Pour y survivre, ils développent ce qu’on appelle la stratégie de l’adaptation. Il s’agit d’un état végétatif qui les plonge dans une sorte de torpeur, un état d’abaissement où leurs corps, quasi inertes, puisent dans des réserves de lipides qu’ils avaient accumulées durant la période d’activité.
Au cours de ce processus, l’animal est très vulnérable. À demi mort, il n’a aucune conscience du danger et, en conséquence, ne saurait s’en défendre. Voilà pourquoi ce phénomène se déroule, la plupart du temps, au fond des tanières où il juche pour éviter d’être mis en pièces par d’autres prédateurs.
L’image d’un animal en hibernation sied parfaitement à la réalité quotidienne qui marque le quotidien des Haïtiens. Telle une bête plongée dans une léthargie, la société haitienne offre le portrait hideux de personnes dopées, zombifiées et hébétées. Un peuple qui accepte qu’on lui dépèce les membre sans assistance anesthésique mais qui joue au stoïque en dépit de ses douleurs dantesques; en dépit du fait qu’il en bave des ronds de chapeau. Un peuple devenu si indolent qu’il n’est même pas capable de regarder ses assassins dans les yeux. Sinon, comment m’expliquer que, malgré les problèmes qui les écrabouillent, les gens continuent de prendre leur mal en patience sans broncher; comme si tout allait pour le mieux.
Comment m’expliquer qu’un groupe de truands parviennent à transformer un pays de 11 millions d’âmes en un véritable pandemonium dans le plus désarçonnant des je-m’en-foutismes de ses jeunes hommes et femmes? Jouissant carrément d’un blanc-seing pour tuer, piller et violer, les bandits ne se dissimulent même pas. Ils exécutent leurs forfaits en plein jour, sans que personne ne s’en sourcillent. Structurés, hiérachisés et fédérés, ces fieffés scélérats établissent leurs lois dans la cité, sous le regard approbateur des dirigeants.
Le relativisme est devenu la nouvelle norme. Par relativisme, je ne m’aventure nullement dans un labyrinthe philosophique au sens classique du terme, j’aborde plutôt un proplème social au corrélat pluridimensionnel, qui conduit le pays tout droit vers les abysses. Ce relativisme contraint les gens à perdre de leur capacité cognitive, notamment celle qui leur permet de percevoir et réagir par rapport à ce qui se passe dans leur environnement immédiat.
Le relativisme ambiant qui caractérise la société haïtienne est responsable de très nombreux maux, dont l’érosion des valeurs. Mais également, il est derrière le mutisme sépulcral qu’on observe partout à travers le pays. On le voit aussi à travers le sentiment fataliste qui anime les gens quand le malheur frappe à leur porte. Non, ce n’est pas le destin qui veut que la situation soit telle qu’elle est.
Ce n’est pas non plus le destin qui veut qu’Haiti soit un repère de bandits. Ce n’est pas le destin qui explique que le pays soit dans la dèche jusqu’au cou. Il faut s’arracher de cette zone de confort imaginaire que l’on s’est créée, pour vivre les pieds sur terre comme des gens normaux. Car, nul autre peuple n’accepterait, ne serait-ce que pendant quelques jours, le chaos qui régne en Haiti depuis un bail.
On ne devrait pas accepter la loi d’omerta— ou la loi du silence—- à laquelle les vilains tentent de nous soumettre. Cette loi n’existe que dans les socitétés mafieuses, où, craignant des rétributions punitives, les gens restent dans leur silence. Vous ne pouvez pas vous taire quand vous êtes témoins d’actes de barbaries dans votre quartier. Si vous choisissez l’option de ne pas dénoncer le voisin suspecté de kidnapping, sans le savoir, vous vous faites son complice.
On ne vous demande pas de jouer le héros, mais la complaisance fait savamment le jeu de ces maltrats dont les crimes taraudent et ravissent toute une nation.
Quelle que soit l’énormité des défis, il est un carrefour où un peuple doit se ressaisir pour dire “Assez”. Cet ” Assez” doit être comme un cri de ralliement, une sorte de ” sonnen lanbi” qui mettrait de côté toutes les divergences, toutes les querelles intestines qui pourraient nous séparer, en vue d’une cause plus noble, une cause requérant un niveau olympien de dépassement de soi.
Cet élan, on l’a vu maintes fois à l’oeuvre lors des grands bouleversements qui ont modifié le cours de l’histoire de certains pays. Par exemple, avant les attentats terroristes qui avaient sécoué New York, la vie suivait son cours comme d’habitude, les problèmes qui polarisaient la gauche et la droite, les riches et les pauvres restaient immuables. Jusqu’à ce que ce fameux 11 Septembre vienne à tout changer. Il y eut un déclic dans l’esprit collectif des gens qui les poussa à dire “plus jamais”. D’un rang serré, ils se levés pour contrer la menace terroriste.
Une prise de conscience citoyenne coiffée d’un esprit de civisme transformait les uns en guetteurs, d’autres en avant-gardistes pour épier les moindres activités suspicieuses susceptibles de mettre la vie des autres en péril. Devant le drame, le mot d’ordre était “Si vous voyez quelque chose dites quelque chose”.
En fait, loin d’être une invitation à envahir la vie privée des citoyens, encore moins à commérer sur le compte de paisibles innocents, ce cri de motivation poussait les gens à ne pas fermer les yeux, lorsqu’ils se trouvent en face d’un danger, à garder, au contraire, un oeil intuitif au profit de leurs compatriotes.
C’est ce même élan qui animait les habitants de la ville de Varsovie, en Pologne, qui, au péril de leur vie, offrirent une résistance farouche au Nazisme. C’est encore ce même cri de ralliement qui permit aux Japonais de reconstruire leur pays après leur débacle de la deuxième guerre mondiale.
Pour peu que nous ayons décidé d’accepter le statu quo, rien ne changera. Oui Il faut savoir dire assez quand c’est assez.
Ducasse Alcin






