La 2ème tranche de cette profonde histoire sportive est, en grande partie, dédiée aux dirigeants, aux entraineurs et aux confrères qui, pendant les années précédant la reconnaissance du football féminin par la FHF, ont largement contribué à l’implantation, à l’épanouissement et au rayonnement des footballeuses de la première génération sur le territoire du sport national.
Au niveau de la concrétisation du match inaugural disputé le dimanche 19 décembre 1971 au parc Sainte-Thérèse de Pétion-Ville, il importe de mentionner le précieux apport de la future tigresse Jacqueline Georges, soeur des initiateurs Phèdre et Garry Georges. Elle se révéla impayable pour aider ses frères à réunir les joueuses des collèges Canado Haïtien et Sacré-Coeur qui ouvrirent la porte du football féminin en Haïti. Des médailles symboliques pour la famille Georges et les footballeuses pionnières !
Comme indiquer dans la première partie de ce documentaire, les premières années du secteur féminin de notre football ont enfanté une liste d’honneur où se dégagent des passionnés du ballon rond qui, survolant courageusement certaines opinions antisportives ou extrasportives, ont accompagné les “filles à crampons” au parc Sainte-Thérèse et sur le terrain des Salésiens à La Saline, leurs deux premiers champs de performances avant de planter leurs tentes au stade Sylvio Cator.
On reconnait le poids d’un commentateur ou d’un observateur par ses considérations équilibrées et impartiales. Ainsi, au sujet des cinquante (50) ans du football féminin en Haïti, ce serait antisportif, indécent et même scandaleux de marginaliser un valeureux dirigeant ou de passer un chiffron sur les efforts conjugués des responsables de la première heure de cette entité sportive, supportés par l’immortel père spirituel que représentait le Révérend Jacques Djebbels dans le football haïtien.
LA NOUVELLE PASSION DU PUBLIC
Le football féminin gravit la tribune sportive haïtienne à une époque où la brutale élimination d’Haïti devant le Salvador à la barbe de Mexico 70 hantait encore les esprits. Les performances des footballeuses firent valser les fans du ballon rond à Sainte-Thérèse. Tigresses-Gladiatrices, Excelsior-Amazones, Gladiatrices-Excelsior, Tigresses-Amazones, des spectacles alléchants offertes par un quatuor de rêve. Et la presse sportive commença à identifier les premières vedettes. Car ça chauffait énormément à Pétion-Ville !
LA COMMISSION NATIONALE DE FOOTBALL FÉMININ
Faisant suite à la chaleur provoquée par les excitants matches amicaux et la réussite du premier tournoi, les dirigeants concernés se sont ligués pour constituer la “Commission Nationale de Football Féminin” (CNFF) composée de sept (7) membres
— Président :
Jean-Claude Sanon
père de la presse sportive haïtienne
— Vice-Président :
Yves Jean-Bart (représentant des Tigresses)
— Secrétaire général
Alix Carré (représentant des Gladiatrices)
— Trésorier
Paul Gentil (représentant des Amazones)
— Conseiller
Eddy Simon
(représentant de Suprême)
— Conseiller
Raphaël Délatour
(représentant de l’Excelsior)
— Conseiller
Édouard Vital
(représentant de Super F).
Cette troupe de dirigeants motivés a permis au football féminin de franchir toutes les barrières jusqu’à son affiliation à la FHF le 4 octobre 1975, résultante de la haute performance de la sélection nationale féminine face au Stade de Reims en France (score final 1 à 1, goal de l’ailière gauche Rose Gauthier pour Haïti). Quel heureux départ pour nos footballeuses sur la grande scène internationale !
Sur le terrain, les quatre (4) premières années de la “nouvelle vague sportive nationale” ont révélé des joueuses de grande classe, à un point tel qu’on associait certaines d’entre elles à certaines vedettes masculines de l’époque : Béatrice Cantave (Philippe Vorbe), Marie-Antoinette Gauthier (Manno Sanon), Ketly Germain (Ernst Jean-Joseph), Angélique Docteur (Tom Pouce), la polyvalente Rosana Germain (Pierre Bayonne). Quand à la gardienne Vierge Mésidor, de très loin la meilleure à son poste après 50 ans d’exercice de football féminin chez nous, elle aurait pu défendre honorablement les couleurs de l’Excelsior masculin en Coupe Pradel.
LE TOURNOI “INTER-TIGRESSES”
C’est en partie grâce au tournoi “Inter-Tigresses” organisé chaque année par le staff jaune et noir dans la première moitié de la décennie 70-80 que cette “mangeuse de trophées” a construit son écrasante domination. Car, ce club prestigieux n’a jamais eu de problème d’effectif. Les Tigresses seront cinquantenare le 1er février 2022 !
Dans le cadre de l’Inter-Tigresses chaque dimanche matin au collège Saint-Pierre, l’effectif et les dirigeants étaient divisés en quatre. Chaque soeur Gauthier et un dirigeant dans une équipe : Marie-Antoinette et Théagène Morin (Gazelles), Rose et Jean Boisrond (Éclair), Marie-Louise et Carl-Henry Saint-Amand (Juventud), Jacqueline et Roland Chavannes (Araignée Noire). Parfoiis, les joueuses étaient tellement déterminées qu’on avait parfois l’impression d’assister à de véritables matches de compétition.
L’équipe des Tigresses, la plus titrée de la ronde nationale des “femmes aux crampons”, représente incontestablement la plus régulière formation des 50 ans du football féminin.
En effet, les fauves jaune et noir sont toujours présentes dans les grandes occasions sur ce circuit : Tigresses-Amazones, le classique des années 70, Tigresses-Hirondelles, le grand choc de la 2ème moitié des années 80, Tigresses-Anacaona, le sommet des années 90, Tigresses-Aigle Brillant puis Tigresses-Valentina dans le premier quart des années 2000. Les Tigresses, c’est un modèle de régularité.
LES “HIRONDELLES DES CAYES” LAURÉATES DU PREMIER EXAMEN NATIONAL DE FOOTBALL FÉMININ
Yves Jean Bart (photo: Radio Agricultura)
En été 1987, le parc Gérard Christophe de Léogane a été le siège du premier “Tournoi de la Rennaissance” organisé par la jeune équipe d’Anacaona, nouveau pensionnaire du football féminin. Fondé le 3 février 1987, cette héritière de la Reine Anacaona exposa son ambition de s’imposer sur cette piste en organisant ce concert qui, comme son nom l’indique, fit renaitre la passion et l’espoir au sein de la famille du football au féminin.
Remporté par les “gloutonnes” Tigresses de Dadou Jean-Bart, ce revigorant tournoi entraina quelques semaines plus tard la création de la Ligue haïtienne de football féminin (LHFF) homologuée par la Fédération. Un nouveau départ pour cette entité sportive ! Sur cette lancée, la LHFF, efficacement dirigée par le tandem Ansy Lescouflair-Guimps Joseph, organisa le premier championnat national de football féminin lors de la saison 87-88.
Grâce à un spot de motivation intensivement diffusé sur les ondes de la Radio Nationale, on enregistra le “trop plein” au stade Sylvio Cator à l’occasion de la mémorable finale du 4 juin 1988 gagnée par les Hirondelles de l’immortel Marcel Marcel Mathieu. Cette finale restera gravée dans la mémoire des Cayens.
LA “FONDATION CÉLESTE” SPONSOR D’UN TOURNOI DE LA RENAISSANCE À LA CITÉ ANACAONA
Erlie Thélot et Jacqueline René
La fin des années 80 était chargée dans la ronde du football féminin. Un jour à la Radio Nationale, j’ai reçu mes très chers amis Yves “Dòdòf” Damour et Yves Philogène Labaze, les deux hommes forts du club Anacaona. Avec eux, c’est toujours une affaire de ballon. Secrétaire général et entraineur de l’équipe léoganaise, Labaze me précisa “qu’il s’agit de l’organisation d’un autre Tournoi de la Rennaissance, mais la caisse du club crie famine”. À son tour, le président Dòdòf me dit qu’il compte sur moi pour trouver un gros sponsor. Sinon, ce projet retournera dans les tiroirs de la “reine sportive” de Léogane.
À cette époque, la “Fondation Céleste de Jean-Verdy Bastien menait une campagne d’assistance sociale sans limite. J’ai saisi cette opportunité pour rencontrer le PDG de cette entreprise qui me reçut les bras ouvert à son bureau. De l’espoir dans l’air pour le Tournoi de la Renaissance !
Àprès un bref échange très amical, l’accueillant Jean-Verdy Bastien m’a demandé de préciser le but de ma visite. Ma réponse tomba en quelques secondes : “Je suis chargé par le club Anacaona de Léogane de solliciter l’assistance financière de votre Fondation dans le cadre d’un grand tournoi de football qui se disputera au parc Gérard Christophe. Voici le budget préparé par le club léoganais”.
Constatant qu’il s’agit d’un projet sérieux, le PDG m’a affirmé que sa Fondation sponsorisera le tournoi, tout en précisant qu’il doit attendre le feu vert de son avocat, Me. Jean-Claude Nord.
De retour à la Radio Nationale, j’ai contacté mon ami Jean-Claude Nord au sujet de ma rencontre avec son client Jean-Verdy Bastien. Rencontre tournant autour d’une demande de sponsorisation en faveur de l’équipe d’Anacaona. Sans hésiter une seconde, Me. Nord m’a dit : “Le tournoi d’Anacaona sera sponsorisé par la Fondation Céleste. Je dirai à Jeanjean qu’il doit également supporter les activités sportives”.
Puis, j’ai appris la bonne nouvelle à Labaze :”Tout est ok à 99/100 en ce qui concerne la couverture financière du Tournoi de la Renaissance par la Fondation Céleste. Dis à Dòdòf que nous avons gagné”.
Deux jours plus tard, au local de la Fondation, en présence de Me. Nord qui a donné son accord, Jean-Verdy Bastien m’a remis le montant figurant au budget du tournoi, tout en ajoutant quelques milliers de dollars pour couvrir d’éventuels imprévus supplémentaires. Et il m’a promis de participer à la cérémonie d’ouverture de ce tournoi. Au jour J, il a tenu sa promesse.
Une semaine après, j’ai quitté le pays pour passer mes vacances à New-York. À mon retour, j’ai naturellement rencontré Jean-Verdy Bastien pour connaitre sa réaction concernant l’organisation du tournoi. Après l’avoir remercié, il m’a adressé un sourire en disant : “C’est à moi de te remercier Raymond, parce que tu m’as offert l’opportunité de supporter l’organisation d’un grand tournoi. Je te prie de transmettre mes sportives félicitations au staff d’Anacaona”. C’était en 1988.