Message de la Conférence des Pasteurs Haïtiens à l’occasion de la Paque

Port-au Prince, le 5 avril 2023

Message de la Conférence des Pasteurs Haïtiens à l’occasion de la Paque

Haïti La Conférence des Pasteurs Haïtiens (COPAH) constate avec douleur que la situation générale du pays continue de se détériorer de plus en plus dangereusement. Paralysé par une crise multidimensionnelle qui dure depuis plusieurs décennies, Haïti est classée parmi les pays les moins avancés, selon les Nations-Unies. Le pays est ruiné par l’instabilité politique, la corruption, le chômage endémique, et la mauvaise gouvernance caractérisée par l’incompétence.
Plus que jamais, les haïtiens sont exposés à une insécurité multiforme : insécurité alimentaire, environnementale, sanitaire, sociale et criminelle entre autres.  Les conséquences de cette fâcheuse situation sont désastreuses pour l’ensemble de la société, sauf, bien sûr, ceux qui en tirent profit et ceux qui s’abstiennent d’agir quoiqu’ils soient payés par les contribuables pour prévenir et ou réprimer la violence et l’insécurité.
Le pays est privé d’autorités légitimes et constitutionnelles. Ceux qui sont placés par des maitres étrangers à la tête de notre beau pays, n’ont reçu aucun mandat de la population. Ils n’ont pas la confiance du peuple, le seul souverain qui, dans le contexte actuel doit se réveiller pour mettre fin au processus de recolonisation en douceur du pays. Haïti présente aujourd’hui toutes les caractéristiques d’une colonie. Pas d’autorités légitimes, pas d’institutions, la constitution est mise à l’écart, les droits humains sont violés systématiquement, les gangs armés font régner la terreur pendant que les prétendus dirigeants avouent ouvertement leur incapacité, bref, Haïti et le peuple haïtien sont les otages des prédateurs qui rêvent de transformer ce coin de terre en une espèce de territoire quelconque placé sous contrôle de colons indigènes.
Le pays est livré à lui-même, à la merci des gangs criminels qui répandent la terreur comme bon leur semble, en gagnant chaque jour plus de territoire sous les regards passifs des autorités imposées par l’étranger.  Obéissant aveuglément et, avec dévouement, aux seuls ordres étrangers et à la mafia locale, ces autorités ne semblent se soucier de la nécessité de soulager les souffrances de la population. Ceux qui parrainent la violence entretenue par des bandes criminelles animées par la folie meurtrière et sanguinaire, représentent un obstacle majeur au progrès d’Haïti. Cependant, la conviction et la volonté de liberté des haïtiens demeurent une force puissante susceptible de libérer le pays des entraves du néocolonialisme.
Toutes les pirouettes maladroites de la communauté internationale et de leurs ouvriers locaux recrutés quasiment dans tous les secteurs vitaux du pays, montrent encore plus clairement que, la solution à la crise haïtienne doit être haïtienne, et pas le contraire. Même si la communauté internationale, dans son arrogance insoutenable parviendrait à imposer sa solution contre la volonté des haïtiens, elle ne serait qu’éphémère, et servirait à maintenir le pays dans l’instabilité chronique. Ce que veut cette communauté internationale pour Haïti, c’est qu’elle assèche et appauvrit encore davantage un pays meurtri par plus de deux siècles de violence imposée odieusement avec la complicité d’ouvriers politiques locaux.
Contrairement à ceux qui, de manière insidieuse, œuvrent à la destruction lente mais certaine d’Haïti, les haïtiens veulent, quoique cela agace les tenants du statu quo, la rupture, un changement de système et de paradigme.  Après tout, les haitiens comprennent qu’ils ne peuvent rien espérer des architectes du chaos qui prétendent être des pourvoyeurs de solution. Des prostituées qui se proclament vierges, on en voit tous les jours ! Il n’y a que les complices des faux amis d’Haïti qui puissent se tourner vers eux dans le cadre de la recherche d’une solution à la crise.
Si dans le temps, l’Eglise s’était toujours rangée, de façon éhontée, du côté des oppresseurs, il est temps qu’elle se détourne résolument de sa mauvaise voie pour accompagner sincèrement les opprimés dans leur quête incessante de liberté et de bonheur. Il est vrai que certains leaders politiques, sociaux et religieux qui, jusqu’à un passé récent mobilisaient le peuple et le conduisaient à la boucherie au motif qu’il fallait un changement de système pour ensuite intégrer ce même système en décomposition et contreproductif, les haïtiens doivent continuer de se battre pour y mettre fin.
Alors que l’on célèbre Paque, la résurrection du Christ, autrement dit, la victoire de la vie sur la mort, la Conférence des Pasteurs Haïtiens exhorte les haïtiens à redoubler d’effort et de vigilance pour qu’Haïti renaisse de ses cendres. La Bible rapporte que Christ a été trahi par Juda, l’un de ses disciples. Haïti aussi est trahi par ses propres fils qui le sacrifient dans les officines des ambassades de puissances étrangères. Christ a vaincu la mort. De même, Haïti vaincra la trahison de ses fils.
De nombreux leaders se taisent, s’éclipsent et renoncent à la lutte populaire pour s’occuper exclusivement de leurs intérêts personnels. D’autres s’associent carrément aux bourreaux qu’ils dénonçaient hier encore et conjuguent leurs efforts dans leur alliance diabolique pour réduire le pays au néant. Ils se trompent. Haïti ne mourra pas!

Rév. Normil Dorvila
Président a.i.
Rév. Ismael Baptiste
Secrétaire Exécutif

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