Mea Culpa des Membres du CPT au Pape Léon XIV

Mea Culpa des Membres du CPT au Pape Léon XIV

À Sa Sainteté, le Pape Léon XIV,
Boukan News, 05/13/2025 – Nous venons à vous, les mains chargées non pas d’offrandes, mais du sang invisible d’un peuple massacré sous notre regard complaisant. Notre mea culpa n’est pas celui de pécheurs ordinaires, mais celui de gardiens qui ont délibérément abandonné leur poste, ouvrant les portes aux bourreaux.
Saint-Père, les massacres se succèdent comme les chapitres d’une apocalypse que nous avons coécrite. Bel-Air, La Saline, Cité Soleil, Martissant – chaque quartier devenu un calvaire où la souffrance n’a plus besoin d’être nommée. Nous connaissons les noms des terroristes responsables, leurs modes opératoires. Nous dressons des listes, comptons les corps, mais n’agissons jamais.
À Carrefour-Feuilles, Solino et Kenscoff, des familles entières ont été brûlées vives dans leurs maisons. Pendant que la chair humaine se consumait, nous délibérions sur le prochain communiqué de presse. Les cendres de ces innocents voltigent encore dans l’air – certaines déposées sur nos documents officiels, soigneusement soufflées pour ne pas salir nos rapports.
Marie, six ans, violée par des hommes dans un camp de déplacés à Port-au-Prince. Son corps minuscule, brisé comme une poupée de chiffon. Sa mère nous a apporté ses vêtements ensanglantés lors d’une cérémonie publique. Nous l’avons fait évacuer. Le soir même, nous assistions à un dîner diplomatique où le vin coulait plus abondamment que nos larmes feintes.
Nos écoles sont devenues des champs de tir. À Delmas, deux étudiants ont reçu des balles perdues en écrivant une dictée. Leur sang a éclaboussé le tableau noir où le mot “espoir” était encore visible. Nous avons décrété trois jours de deuil national sans fermer l’administration.
Nous détournons des millions de dollars alloués aux services de renseignement, argent qui remplit nos poches pendant que nos citoyens périssent. Nous accueillons des délégations internationales dans des zones sécurisées pendant que des quartiers entiers agonisent. Des enfants meurent de faim à quelques kilomètres de nos buffets officiels débordants.
Pendant que le peuple lance des SOS désespérés, notre secrétaire à la sécurité chante “La Bohème” pour un public choisi dans le sud, comme Néron contemplant Rome en flammes.
La terreur est devenue le seul langage que comprennent nos concitoyens. Les terroristes filment leurs exactions et les partagent en direct. Ces images circulent jusque sur les téléphones de nos propres enfants, qui étudient à l’étranger – privilège payé avec l’argent d’un État que nous saignons.
Nous tendons des mouchoirs aux mères éplorées, posons pour les photographes, puis repartons dans nos véhicules blindés, laissant derrière nous l’océan de leur désespoir.
Même les dieux semblent avoir abandonné Haïti. Les hounfors réquisitionnés par les terroristes. Les églises brûlées. Les mosquées profanées. Nous organisons des journées de prière pendant que des fidèles sont kidnappés en pleine messe.
Notre peuple est sans espoir. Les jeunes ne rêvent que de fuir. Les vieillards meurent en silence, emportant la mémoire d’un pays qui fut le phare de la liberté.
Et nous, membres du CPT, que faisons-nous? Nous existons. Notre seule compétence est notre capacité à détourner le regard. Notre seul talent est de transformer l’horreur en banale statistique administrative.
Saint-Père, nous ne vous demandons pas l’absolution. Le pardon serait une insulte aux victimes. Nous vous confessons notre culpabilité pour qu’elle soit inscrite dans l’histoire.
Dans l’abîme de notre honte,
Les membres du Conseil Présidentiel de Transition d’Haïti.

Pierre-Richard Raymond

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