MARTELLY : L’AUTEUR INTELLECTUEL DANS L’ASSASSINAT DE JOVENEL ?
« Mais l’exemple le plus parlant est celui de Noriega. Comme officier de l’armée de Panama, cet homme a servi fidèlement la CIA pendant des dizaines d’années. Tant qu’il se pliait à leurs quatre volontés, les Américains se taisaient sur toutes ses activités louches, y compris le trafique de la drogue. Fort du soutien américain, Noriega a dirigé le pays comme président de facto pendant six ans…. Jusqu’au jour où il décida de ne plus leur prêter ses services. »
Par Duverger Altidor
Pennsylvania, USA – Il ne fait aucun doute que les révélations du « New York Times » mettent en émoi le clan Martelly qui ne nourrit que le rêve de voir ce dernier au timon des affaires à nouveau. Les accusations contre lui sont accablantes. Outre qu’il serait impliqué dans le traffic de la drogue, d’après le journal, il serait aussi le commanditaire numéro un de l’assassinat de Jovenel Moïse. Cette dernière accusation ne pourrait tomber à un pire moment pour le parti de l’ancien président. Car au moment où nous parlons, le PHTK est scindé en deux camps : les Jovenlistes et les Martellystes qui s’entre-déchirent dans une guerre fratricide. Et croyez-moi, le remue-ménage que cela va susciter ne fera qu’ébrécher la chance de Martelly pour être réélu.
La panique est si grande que des rumeurs font croire que l’intéressé, pétrifié par la peur, se serait déjà envolé à la sauvette pour atterrir en Haïti. Il a même annulé toutes les prestations festives prévues pour la fin de l’année : aux États-Unis, Saint-Domingue et Haïti.

Ô ! Comme ça doit être grisant pour lui de retourner au bercail, dans sa douce et receleuse patrie qui l’a vu voler, spoiler, tuer et se livrer aux quatre cents coups dans la plus parfaite quiétude. Le pays lui appartient comme il l’a lui-même chanté dans une chanson. Il y fait et défait. Car, pour ceux qui se doutaient de l’étendue de son influence, il en a donné la claire et nette démonstration en faisant avaler au peuple la potion amère du docteur Henry. Tel un mouton qu’on emmène à l’abattoir, on l’accepte sans maugréer comme le seul “kòk chante” dans un pays qui n’accepte pas la mono-céphalie comme forme de gouvernement. Sous ses diktats, Ariel Henry continue de se comporter comme un vulgaire pantin, obéissant à ses ordres les plus frivoles.
Bien entendu, on n’avait pas besoin du « New York Times » pour nous apprendre que Sweet Mimi était trempé jusqu’au cou dans le traffic de stupéfiant. En revanche, les zones d’ombre que l’article a permis d’éclaircir se rapportent à la sophistication et au modus operandi de son appareil criminel. D’après le journal, le meurtre contre la personne du président se commet en signe de rétribution du fait que ce dernier n’a pas su se montrer loyal envers son clan. Spécialement à lui, Martelly qui lui a tout donné—pouvoir et privilèges.
Allant au tréfonds des choses, l’article révèle la nature des relations de suzerain/vassal qui existaient entre Jovenel et Martelly. Aux yeux de Martelly, le prédécesseur d’Ariel Henry n’était qu’une possession. Sa femme et lui l’ont chosifié et humilié au point de le considérer comme leur “propriété privée”. Il n’était qu’un moins que rien, pire qu’un valet ou un concierge. Est-ce pourquoi ils n’ont pas hésité pas à l’abattre pour montrer aux autres les effets néfastes de la trahison, comme cela se pratique au sein des sociétés mafieuses.
Mais Martelly a beau être un criminel, cela n’empêche pas ceux qui lui sont intimes de le décrire comme une chiffe molle. En maintes occasions où il y avait un “Kouri” dans la ville, il prenait toujours ses jambes à son cou pour ne pas y laisser sa peau. Ce trait d’atavisme est le dénominateur commun de tous les truands : ils sont tous des poltrons.
On ne peut qu’imaginer Martelly jouer à la castagnette, la boule au ventre en ces moments de grande détresse morale, au point de le faire dans son froc. D’ailleurs, sa fugue prouverait à quel point il est conscient de l’épée de Damoclès qui lui plane au-dessus de la tête. Car être dans le collimateur de la DEA est “un big deal”. Les bottes de ses agents ne jouent pas avec les derrières des trafiquants, et ça Martelly le sait très bien pour avoir vu de ses propres yeux le traitement qu’ils ont infligé à Jacques Quétant, Guy Phillipe et plus récemment le chauffeur de Jovenel Moïse.
Mais pauvre Micky ! Les problèmes font que, parfois, on devient amnésique. Sinon comment aurait-il pu oublier qu’on ne se soustrait pas si facilement à la justice américaine. Ses tentacules sont partout, et franchement s’il lui fallait un abri sûr pour se cacher, Haïti ne serait guère l’endroit idéal. Micky devrait se souvenir qu’il fut parmi ceux-là qui ont contribué à transformer la terre de Dessalines comme un escabeau pour les Américains. Les forces de l’ordre des États-Unis ont carte blanche de faire des incursions dans tout le territoire au gré de leur caprice quand il est question de “jinope” un fugitif.
Et si la DEA voulait bien mettre la main au collet de Martelly, les Clinton qui avaient pesé de tout leur poids pour le catapulter au pouvoir ne lui seraient d’aucun secours. Car c’est mal comprendre la politique américaine que de penser que des connexions politiques peuvent servir à quoi que ce soit. Les États-Unis sont un pays où les institutions coiffent tout et agissent en toute indépendance. En effet, ils sont pléthores ceux qui ont sué sang et eau pour servir les intérêts de l’Oncle Sam et qui en sont par la suite sortis désabusés.

Par exemple, Saddam Hussein fut le chouchou des États-Unis dans la guerre Iran/Irak jusqu’au jour où celui-ci commit l’impertinence d’envahir le Koweït. Où est Saddam Hussein maintenant ? Six pieds sous terre, gisant comme un honni.
Les Talibans aussi en ont fait l’expérience à leur dépens. En effet, pour combattre les Soviétiques, ils firent une alliance disparate avec la CIA. Combattant aux côtés des Moudjahidine, ils ont mis l’URSS à genoux pour le grand plaisir des Américains. Mais l’ironie a voulu que des décennies plus tard, ces mêmes Talibans soient devenus les ennemis jurés des États-Unis au point que la guerre la plus longue qu’ils aient menée à été dirigée contre eux.
Mais l’exemple le plus parlant est celui de Noriega. Comme officier de l’armée de Panama, cet homme a servi fidèlement la CIA pendant des dizaines d’années. Tant qu’il se pliait à leurs quatre volontés, les Américains se taisaient sur toutes ses activités louches, y compris le traffic de la drogue. Fort du soutien américain, Noriega a dirigé le pays comme président de facto pendant six ans…. Jusqu’au jour où il décida de ne plus leur prêter ses services.
Bush père qui était alors président résolu qu’il était venu le temps de mettre un terme à la présidence de Noriega. Tous les linges sales du général ont été déterrés pour justifier l’invasion contre le Panama qui avait fauché la vie à des centaines d’innocents. Il s’ensuit que Noriega en est ressorti humilié et emprisonné jusqu’à sa mort survenue en 2017.
Sans vouloir jouer les Cassandre, je prédis le même sort pour Martelly. Car c’est une constante de la politique américaine. Le pays n’exerce de loyauté envers personne. Les supposées connexions politiques ne sont qu’éphémères. Elles ne servent à rien quand les institutions comme la DEA sévissent contre vous.
Ainsi donc, à l’instar de tous les scélérats avant lui, Martelly finira ses jours en taule aux États-Unis. Son talent de chanteur lui permettra de chanter comme un canari pour dénoncer ses complices. Ce sera dommage qu’il ne relèvera pas de la tutelle de la justice haïtienne de régler ses comptes avec lui. On aimerait tant qu’il réponde pour ses actes de dilapidation des caisses de l’État dans le fameux drame du détournement des fonds Petrocaribe où plus 4 milliards de dollars sont partis en fumée. Son interpellation par les agents de la DEA n’est pas une question de si mais de quand.
Duverger Altidor





