LILI ET KOMPÈ FILO, UN MÊME COMBAT DE PERDU

LILI ET KOMPÈ FILO, UN MÊME COMBAT DE PERDU

Boukan news, 08/05/2023 – Associés dans la vie, comme dans la mort, Liliane Pierre Paul (Lili) et Anthony Pascal (Konpè Filo), tous deux disparus un 31 juillet avec trois ans d’intervalle, n’auraient paradoxalement pas suscité les mêmes réactions sur la toile.

Je m’avance peut-être un peu vite en besogne en résumant leur vie à quelques épisodes de leur carrière de journalistes.

Je reconnais n’avoir aucune aptitude à parler de leur vie privée, même si la frontière entre vie privée et publique reste assez poreuse.

Néanmoins, leur carrière professionnelle ne souffre d’aucune ambiguïté.

Ces deux-là ont certainement marqué toute une génération dans le paysage audiovisuel haïtien voire au-delà.

Notons, toutefois, la démission en cours de route de son comparse, pour laisser Lili, toute seule, face à son courageux destin.

Alors, pourquoi cette différence de traitement ?

PHALLOCRATIE.

C’est difficile à reconnaître, mais la société haïtienne est subtilement misogyne.

Lili a dû essuyer toutes les moqueries et humiliations que seuls nos compatriotes savent infliger, à des degrés divers, ce qui rehausse davantage l’éclat de son engagement.

Je ne m’intéresse jamais aux petites querelles de chapelle qui s’installent parfois à tort ou à raison dans des milieux que je ne maîtrise pas.

Je préfère privilégier les faits.

Lili est sans doute victime de son statut de femme et par ricochet n’a pas toute sa légitimité dans un milieu dominé par la gent masculine.

ADVERSAIRES NON IDENTIFIÉS.

Au début de sa carrière, l’adversaire politique était clairement identifié, Liliane n’avait pas à se soucier d’autres courants politiques.

Au contraire, ceux qui se réclamaient de l’opposition faisaient cause commune avec les rares concitoyens de sa trempe pour essayer d’exister à moins de se discréditer totalement.

La fédération est plus aisée contre un seul et même ennemi.

C’était ou Dieu ou Baal.

La suite de sa carrière, nous le savons, a été loin d’être un long fleuve tranquille, il fallait gérer des adversaires de tous poils.

Les coups fusaient de toutes parts: des politiques, de la société civile, de ses confrères aux multiples motivations et ont dû certainement lui faire plus de mal que ceux administrés physiquement par les sbires du régime qu’elle affrontait directement.

Je me suis volontairement tenu à l’écart du débat et des publications des uns et des autres, qui cherchent à capitaliser sur la mort de Liliane Pierre Paul.

Le peu que j’ en ai lu sur les réactions de mes amis me suffisent amplement.

À ses détracteurs, je réclame plutôt de l’admiration pour cette denrée si rare dans la flore sauvage haïtienne.

Liliane était une belle fleur qui ornait la jungle médiatique haïtienne.

Ceux qui essaient de salir sa mémoire sont soit victimes de leur ignorance ou des effets pervers des réseaux sociaux ou poursuivent des buts non dévoilés.

Mais ils n’y parviendront pas car les forces du bien triomphent toujours de celles du mal.

Liliane est indétrônable.

Toutefois, je m’en voudrais pour le restant de ma vie de ne pas rendre un hommage appuyé à cette grande dame qui est entrée dans l’histoire d’Haïti en toute objectivité.

Liliane, je sais qu’à l’instar de Konpè Filo et de beaucoup d’autres, tu es partie l’esprit tourmenté de ne pas voir cette nouvelle Haïti tant rêvée.

Pour ma part, je ne te ferai pas l’insulte de te souhaiter de reposer en paix.

Au revoir Liliane Pierre Paul.

QUE DIEU BÉNISSE HAÏTI.

JEAN COURTOIS HYACINTHE

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