L’hypocrisie des grands médias traditionnels mondiaux dans la débâcle haïtienne
« Le journalisme. Il nous révèle les petitesses des grands hommes, la grandeur des petites gens. Un manuel pratique de l’espèce humaine. » Jean-Marie Poirier

Nous ne sommes pas sans savoir que les grands médias traditionnels mondiaux appartiennent aux grandes entreprises et aux nantis qui, historiquement, s’entrelacent avec leur gouvernement respectif, quand ils ne sont pas eux-mêmes au pouvoir.
Conséquemment, ces grands médias traditionnels servent toujours la soupe idéologique de leurs patrons qui, ayant les mêmes intérêts qui sont en contradiction à ceux du prolétariat mondial, se sont ligués pour former un tout au niveau international. Dans la même veine, il existe aussi les médias d’État, financés par les fonds publics, mais contrôlés directement par l’État ou le Pouvoir. Donc, inutile d’avancer que ces médias parlent d’une seule voix, chantent à l’unisson, marquent le pas à la même cadence, et se contredisent rarement, puisqu’ils sont les porte-étendards, les caisses de résonance, les entremetteurs, bref, l’organe de la bourgeoisie mondiale qui est perpétuellement en guerre contre le prolétariat mondial et qui ne jure que par l’accaparement de gré ou de force des richesses des petits États impuissants.
La tyrannie des Duvalier ne devenait une [pré]occupation pour la presse traditionnelle internationale que lorsque le peuple haïtien déployait enfin ses orages pour signifier péremptoirement qu’il en avait assez, que l’équation devait être inversée pour recouvrer sa dignité. Cette même presse qui gardait un silence complice sur les crimes odieux de la tyrannie duvaliériste et qui riait sous cape des malheurs d’Haïti, s’intéressait soudainement à la crise haïtienne et prétendait découvrir subito la monstruosité du régime, tout en ressassant ad nauseam: «Haïti, le pays le pauvre de l’Amérique…» Mais faisant volontairement omission de souligner que la tyrannie archaïque duvaliériste, intronisée par l’impérialisme étasunien comme chien de garde des multinationales étrangères, et spécialement, celles de l’Oncle Sam, s’était donné aussi les pleins pouvoirs pour brader comme bon lui semble les richesses du pays et saigner le peuple haïtien à blanc. Fut omise aussi la responsabilisation des pays comme la France et les États-Unis d’Amérique dans l’appauvrissement et l’écroulement de la Première République nègre de la planète.
À l’inverse, durant le massacre de la démocratie haïtienne de la période allant de 2003-2004, la caisse de résonance de l’oligarchie mondiale s’activait à dessein comme une abeille en Haïti comme à l’étranger. Elle n’avait pas à fureter, comme l’exige la déontologie journalistique, pour dégoter des informations et les passer au crible afin de parvenir à une compréhension de la situation du pays, puisqu’elle avait déjà été en possession des dossiers à la pelle fabriqués de toutes pièces et préalablement cuisinés par les ennemis (nationaux et internationaux) de la nation haïtienne, pour nourrir copieusement de demi-vérités, pour ne pas dire de mensonges, le grand public international et local. À cet effet, nous étions tous témoins de la démonisation tous azimuts de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide et son gouvernement par le porte-voix de l’impérialisme. C’était la violence brute !
Parallèlement, les médias intégrés haïtiens, propriétés des mafiosi locaux, en osmose avec d’autres qui, paradoxalement, se gargarisent de leur pseudo indépendance, et d’autres encore de leur « gène » progressiste, alors qu’ils sont financés par les ennemis de la République, jouent aussi bien leur partition dans cette débâcle nationale voulue. Et, des journalistes considérés/ées par certains naïfs comme des icônes, jettent aujourd’hui des larmes de crocodiles…eux aussi, ils sont largement responsables de cette catastrophe, de ce chaos inédit que vit actuellement le pays. Ce sont des pharisiens qui font de l’argent leur raison de vivre ; ils ont bénéficié et continuent encore à bénéficier des largesses de certains nantis mafieux qui n’ont d’état d’âme que pour leurs intérêts. Au diable Haïti !
Depuis le coup d’État/kidnapping contre l’ancien président Jean-Bertrand Aristide en 2004 jusqu’à aujourd’hui, la puissante et dangereuse caisse de résonance de l’impérialisme a délibérément choisi de mettre le couvercle sur tous les crimes commis par l’impérialisme et ses suppôts contre le peuple haïtien. Curieusement, ce n’est qu’à la suite de l’assassinat du criminel Jovenel Moïse et l’intensification du chaos qui s’ensuit que l’impérialisme ait remis en branle sa machine de propagande visant Haïti, afin de brouiller les cartes et se faire présenter comme sauveur des Haïtiens.
En effet, Haïti est maintenant l’objet de toutes les attentions de tous les grands médias traditionnels internationaux. Il ne se passe pas un jour sans qu’une avalanche d’articles, de commentaires, de documentaires, de reportages n’aient Haïti comme sujet. Et toutes ces présentations, à part quelques rares exceptions, ne visent qu’un seul et même objectif : présenté Haïti comme un État en déliquescence qui ne peut pas s’autogérer – comme les racistes et les étourdis ne cessent de ressasser d’ailleurs – et démontrer que seule une intervention militaire de l’impérialisme et la mise sous protectorat d’Haïti puissent « sauver » les Haïtiens de leur propre « autodestruction ». En fait, voici ce que dit le journaliste canadien Sylvio Leblanc il y a quelques jours dans le quotidien français Centre Presse : « Si les États-Unis n’interviennent pas militairement en Haïti pour mater les gangs mafieux qui y pullulent et rétablir ce qui s’apparente à un État de droit, les Haïtiens en détresse continueront d’affluer en grand nombre à leurs frontières. À terme, il en coûtera plus cher à l’oncle Sam de gérer cet afflux que de dépêcher ses marines.
Le président Joe Biden aurait le soutien du peuple haïtien et ferait œuvre utile s’il se lançait. Il ne s’engagerait pas dans un bourbier comme celui d’Afghanistan. Si rien n’est fait, les Haïtiens s’enfonceront toujours plus dans la misère et sombreront dans le désespoir. »
Ensuite, dans un éditorial de Washington Post juste après l’assassinat de Jovenel Moïse, il a été conseillé à la communauté internationale « d’agir vite à travers une intervention décisive et musclée » en Haïti. « Pour empêcher un effondrement qui pourrait avoir de graves conséquences, a écrit le journal, les États-Unis et les autres parties influentes – incluant la France, le Canada, et l’Organisation des États Américains – devrait encourager des forces internationales de maintien la paix, organisées par les Nations-Unies en vue de fournir de la sécurité nécessaire pour que les élections présidentielle et législatives se réalisent comme prévu cette année. » Enfin, nous pourrions citer d’autres médias qui sont chargés de servir la même salade.
Mais voyons donc ! Le peuple haïtien sait ce que cela veut dire. Haïti s’est déjà effondrée et c’est voulu par ceux-là mêmes que la machine de propagande de l’impérialisme a le toupet de vouloir présenter comme les sauveurs d’Haïti ! Qui a ses griffes sur Haïti depuis des années ? Qui impose la loi du plus fort aux Haïtiens ? Alors, qui est l’architecte du chaos régnant en Haïti, entretenu par les gangs lourdement armés et les trublions de politiciens haïtiens véreux ? N’est-ce pas l’impérialisme lui-même ? D’où proviennent les armes de guerre et munitions en veux-tu en voilà utilisées par les gangs? Et qui s’assure de l’entraînement de ces gangs? Qui s’était arrogamment et abominablement enorgueilli d’un air raciste pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité sur les tribunes des Nations Unies de l’importance et de l’utilitarisme de la fédération des gangs dans un pays? Conséquence : les gangs deviennent plus arrogants et leurs actions plus osées et intensifiées. Et les plus audacieux d’entre eux osent même se faire passer pour des « révolutionnaires » (quelle aberration!) au point que des journalistes au service de l’impérialisme sont dépêchés auprès du leader de ces « révolutionnaires » pour lui donner audience. Quelle affaire!
En tout cas, le peuple haïtien n’est pas dupe. Il sait pertinemment que depuis des lustres l’impérialisme lui impose une guerre larvée qui n’ose pas dire son nom et que c’est l’occupation du pays qui a conduit à l’effondrement de l’État haïtien depuis tantôt 17 ans. Les gangs bien armés et bien organisés qui défient la loi, qui prennent le contrôle du pays et qui terrorisent la population sont le bras armé de l’impérialisme qui est réticent à maintenir une présence militaire en Haïti, afin de ne pas trop attiser la conscience nationaliste haïtienne et de ne pas donner raison aux nombreuses critiques qui condamnent ses menées impérialistes en Haïti et lui font porter la responsabilité de la débâcle haïtienne.
Enfin, nous savons qu’il y a des journalistes qui, quoique travaillant pour des organes de presse de l’empire, veulent se dégager des chaînes du mensonge et de la méchanceté de leurs patrons et prouver que l’homme peut aussi bien être un dieu pour l’homme. Alors, à ces existants nous disons : bon réveil et bon courage! Car, oui, il y a plus de bonheur d’être les yeux et les oreilles de l’humanité que d’être la courroie de transmission d’une poignée de vautours qui se prennent pour les maîtres du monde.
Morisseau LAZARRE






