Les trois sources de l’assassinat de Mme Antoinette Duclaire: L’instinct meurtrier du régime en place, le cynisme des hommes politiques et la démission de la société civile ont tué Antoinette Duclaire!

Les trois sources de l’assassinat de Mme Antoinette Duclaire:

L’instinct meurtrier du régime en place, le cynisme des hommes politiques et la démission de la société civile ont tué Antoinette Duclaire!

Par Joel Leon

J’ai communiqué avec Madame Duclaire le lundi 28 juin 2021 dernier, soit deux jours avant son crapuleux assassinat. Je voulais qu’elle me renvoie son numéro de téléphone parce que j’avais perdu tous mes contacts au moment de changer mon appareil mobile. Sans prévoir que c’était la dernière communication qu’on allait avoir.

J’avais beaucoup hésité à écrire à propos de la brutale disparition de Mme Duclaire. Entre nous, elle n’aimait pas trop cette appellation de « Madame », mais je ne pouvais m’empêcher de l’apostropher ainsi. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être par respect, l’appeler Netty ou Antoinette était un peu lourd à sortir. Cela me paraissait drôle, irrévérencieux…Pourtant, ma première fille a le même âge qu’elle. J’aurais pu être son père, cette fille du sud, cette héroïne au sourire contagieux, cette femme de conviction à fleur de peau…oui, j’aurais pu être son père!

L’instinct meurtrier du régime de Jovenel Moise

Comme elle aimait le répéter, la vie en Haïti est devenue extrêmement dangereuse. Quelqu’un peut à tout moment décider de vous l’enlever à n’importe quel instant. Ces paroles sonnent aujourd’hui comme une sorte de prémonition, comme si elle annonçait sa propre mort. Mais, la réalité n’était pas toujours ainsi dans le pays. La vie n’était pas si fragile. La vertigineuse dégringolade de l’espérance de vie en Haïti marche de pair avec une certaine prise de pouvoir par un homme qui prenait plaisir à s’identifier comme un bandit légal!

L’arrivée au pouvoir du régime PHTK marque le début de la descente aux enfers. Haïti a été toujours tourmentée par des crises cycliques générées par l’instabilité politique chronique. Á n’en pas douter! Cependant, la criminalité n’était pas aussi présente dans le quotidien de la population auparavant. Avec le parachutage des bandits légaux au pouvoir par le gouvernement américain de l’époque (Obama/Clinton/Biden), un message clair et net a été envoyé à une frange marginale de la société: Désormais, tout est possible. Le régime politique invite à l’atrocité.

Quand Michel Martelly se faisait entourer d’une bande de repris de justice, le Réseau National de Défense des Droits de l’Homme ( RNDDH) parlait « d’ex-policiers à la moralité douteuse » , de criminels notoires, de kidnappeurs et voleurs de grands chemins…le signal de choc envoyé, c’est que le palais national est un abri sûr pour les hors-la-loi. Ainsi, la criminalité est déversée dans tous les coins de la République. Roro Nelson (ami personnel de Michel Martelly), en bon apprenti de «Bos Pent», agissait comme si les lois ne s’appliquaient pas à lui.

Avec la montée de Jovenel Moïse, la situation a pris une autre tournure. Certes, les gangs n’étaient pas créés sous son administration, mais ils explosent partout au grand dam de son soi-disant dispositif sécuritaire. Ils pullulent comme des fourmis folles et sont utilisés à des fins politiques, i.e. pour se maintenir au pouvoir. Cette activité sordide s’expose au grand jour. Le gangstérisme est devenu un métier. Par-dessus tout, il est extrêmement bien rémunéré. Les jeunes des bidonvilles_ qui vivent dans la privation totale et viagère_ en voient une porte de sortie. Sauve qui peut ! Car, ils savent très bien que la mort les attend au prochain carrefour.

Dans les colonnes du journal Nouvelliste du 2 juillet dernier, il a été publié un article bien étoffé sous le titre: «Les différents gangs auraient plus de 3 000 soldats et autant d’armes, selon les autorités haïtiennes». Basé sur la conclusion d’un rapport de SNDDR.

présenté à Claude Joseph, ex-Premier Ministre ai, on peut lire clairement ce qui suit: «Ces dernières années furent marquées par l’expansion de groupes armés sur l’ensemble du territoire dans des communautés vulnérables et précaires en milieu urbain, périurbain et rural. Ces groupes se multiplient et créent des alliances formelles et informelles qui les rendent plus forts. En 2004, on comptait officiellement 34 groupes armés. En 2019, un diagnostic fait par la mission onusienne (MINUJUSTH), en appui à la PNH, a recensé au moins 162 groupes armés sur le territoire dont plus de 50% dans l’aire métropolitaine.» Ce rapport vient de confirmer ce que tout le monde savait, car la nouvelle réalité des années du PHTK au pouvoir coïncide avec l’explosion du phénomène des gangs dans le pays.

Les chefs de gangs font souvent allusion au pouvoir politique, à savoir que les politiciens volent constamment et en toute impunité. Donc, s’ils en font autant, ce n’est pas grave, car les pratiques malsaines existent dès la fondation d’Haïti. Pourquoi ne pas en profiter, alors ?

Les gangs vont jusqu’à faire alliance avec le pouvoir politique pour terroriser la population. Ils ont même osé imposer l’un de leurs proches au sein de l’administration publique, spécialement aux affaires sociales, comme directeur de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS). Le chef incontesté des gangs, Jimmy Cherizier (Barbecue), a poussé son audace jusqu’à contraindre le président assassiné, Jovenel Moise, à nommer le Dr. Ariel Henry comme premier ministre. Chose dite, chose faite, le protégé du chef de gang est à la primature. Il est plus clair que le pouvoir des gangs dépasse celui de l’état.

Cette atmosphère de déplacement du pouvoir civil sous l’obédience des gangs a tué Antoinette Duclaire!

Le cynisme de la classe politique

Il y a beaucoup de compatriotes qui disent que l’accrochement de Jovenel Moïse au pouvoir est le résultat de sa maturité et de de son savoir-faire politique. En apparence seulement! Mais, la perpétuation du régime PHTK au pouvoir est la conséquence de la complicité de la classe politique. Ceux qui se réclament de l’opposition sont tellement bêtes et coquins à la fois qu’ils contribuent consciemment ou inconsciemment à l’assassinat de la militante politique, Antoinette Duclaire, dite «Nettie».

D’abord, ceux qui ne sont pas de connivence avec le régime politique en place veulent être tous présidents en même temps. Qui pis est ! Ceci crée un climat délétère défavorable à tout consensus au sein de l’opposition. Ils se battent en permanence comme des crabes. Entre-temps, Jovenel Moïse se renforce et fait avancer son agenda tout en se perpétuant au pouvoir.

Ensuite, il y a ce groupe qui comprend qu’il peut-être dans l’opposition et fait partie du gouvernement simultanément. Les ténors de cette catégorie de gens dénoncent l’autoritarisme de Jovenel dans les médias; cependant, ils reçoivent de l’argent en grande quantité des grands bénéficiaires du régime. Ils faufilent des cadres de leur organisation respective dans des postes administratifs au sein de l’administration publique. Qui procède à ces nominations ? Jovenel Moise et son premier ministre. En fait, il s’agit du plus étrange imbroglio politique jamais enregistré dans le pays. En fin de compte, Jovenel Moïse contrôle le pouvoir politique comme président de facto de la république et une bonne frange de l’opposition.

Marie Antoinette Duclaire, militante convaincue qu’elle a toujours été, était exposée entre le refus des dirigeants de l’opposition qui rejettent toute tentative unitaire et les coquins qui jouent au ponce Pilate sous le soleil du midi mais qui reçoivent de l’argent et des jobs pour leurs complices sous les étoiles de minuit.

C’est ce mode de fonctionnement de l’opposition qui perpétue le règne de Jovenel Moise. Pendant que, de bonne foi, des militants se lancent dans des activités de désobéissance à travers tout le pays, des opposants traditionnels se corrompent pour saboter leurs initiatives. C’est dans ces conditions que des dizaines de militants sont tués, au Champ-de-Mars, dans des manifestations ou en pleine rue comme des chiens…J’ai mémoire le cas de Ganard Joseph; celui-ci fut sauvagement exécuté au cours du mois de mai de l’année 2020.

La démission de la société civile

La complaisance de la société civile à l’égard du régime sanguinaire de Jovenel Moise est intolérable. Très souvent, les militants font référence à la participation active des intellectuels, des églises, des médias, des professionnels…dans la crise politique de 2004_ qui s’était soldée par le kidnapping de Jean Bertrand Aristide suivi de son exil_ au comportement de ces mêmes secteurs aujourd’hui. Fausse analogie ! Pas de comparaison. C’est la nuit et le jour! A part le « Réseau de défense nationale des droits humains –RNDDH» et la «Fondasyon Je Klere (FJKL)»…et quelques rares secteurs de la vie nationale, les autres brillent tous par leur absence. Il y a des intellectuels comme Lyonel Trouillot, Michel Soukar, Jerry Tardieu, Claude Michel…et quelques compatriotes de la diaspora…qui résistent au totalitarisme qui bat son plein en Haïti. A part ces rares exceptions, la société civile ne se manifeste plus!

La société civile haïtienne, qui a toujours été le fer de lance de tous les mouvements sociaux et politiques de ces 30 dernières années, démissionne de sa responsabilité historique. Ce comportement perpétue aussi la mainmise de Jovenel Moïse sur le pouvoir politique. Ce qui crée un climat propice aux actes horrifiques que nous constatons quotidiennement dans les villes comme dans les bourgs.

Certains rapportent qu’environ 23 personnes furent assassinées le soir du 30 juin 2021, parmi eux Madame Duclaire dite «Nettie» et Diego Charles, deux journalistes. Les secteurs organisés de la nation réagissaient par des notes de presse, des déclarations à la radio…nulle action n’a été prise. On n’a même pas lancé une pierre. Pas de pneus enflammés ! Pas de manifestations…rien n’est fait encore pour exprimer le refus catégorique de la société de putréfaction que prône le régime illégal du PHTK.

Joel Leon

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