Les Murmures vers le Ciel : Lettre d’un Fils à Papigabo, Gardien de son Âme Haïtienne

Les Murmures vers le Ciel : Lettre d’un Fils à Papigabo, Gardien de son Âme Haïtienne

 

Pierre-Richard Raymond
Pierre-Richard Raymond

Cher Papigo (Gabriel),

Boukan News, 04/23/2025 – Alors que je m’assois pour t’écrire sur ma table de bureau, où trône fièrement le drapeau haïtien et des photos jaunies de Port-au-Prince, je suis rempli d’un éventail d’émotions : tristesse, nostalgie, mais surtout, espoir. Cela fait plus d’une décennie que tu nous as quittés, mais ta sagesse continue de résonner à travers les générations. “Vois d’abord Haïti, avant de te voir toi-même” — ces mots, prononcés dans ton doux mais ferme accent créole, sont devenus notre étoile du Nord.

Je me souviens des soirées d’été où tu nous rassemblais, ta voix portant le poids de l’histoire alors que tu partageais les récits du parcours d’Haïti. De la victoire de la révolution de 1804 aux défis des temps modernes, tu peignais un tableau à la fois de lutte et d’incroyable résilience. Tes yeux s’illuminaient en décrivant la beauté de Post Marchand, le Champs de Mars où nous allions souvent le dimanche après l’église, main dans la main, et le Bicentenaire à Port-au-Prince, des lieux qui résonnent encore dans nos cœurs.

À travers les années de turbulences politiques, de difficultés économiques et de catastrophes naturelles, tu n’as jamais perdu foi en le potentiel d’Haïti. Même lorsque tu as décidé de quitter le pays dans les années 70, incertain de son avenir, tu nous rappelais que la distance de notre terre natale ne devrait pas diminuer notre connexion à celle-ci. Comme tu le disais souvent en créole, “Rasin pa janm bliye kote li soti” (Les racines n’oublient jamais d’où elles viennent). Tes conversations avec tes enfants, bien que souvent en dehors d’Haïti, étaient toujours empreintes de cet espoir indéfectible.

Aujourd’hui, Papigo, alors que je regarde tes petits-enfants naviguer dans la vie de la diaspora, je vois à la fois des défis et des opportunités. Ils font face à la complexité des identités duales — être haïtien dans des espaces où notre culture n’est pas toujours comprise ou valorisée. C’est pourquoi je fais un appel spécial à eux, poursuivant ta mission.

À tes petits-enfants : L’héritage de votre grand-père n’est pas seulement dans les histoires que nous racontons à son sujet, mais dans la dignité qu’il a lutté pour préserver. Être haïtien n’est pas une note de bas de page dans votre identité ; c’est le fondement de qui vous êtes. C’est dans le rythme du kompa qui fait danser vos pieds, le goût de la soupe joumou qui nous rappelle la liberté, et les proverbes qui portent des siècles de sagesse.

Souvenez-vous, enfants de Papigo, que chaque réussite de votre part ajoute un autre fil brillant à la tapisserie d’Haïti. Que vous deveniez médecins, artistes, enseignants ou entrepreneurs, laissez votre héritage haïtien être votre force, et non votre fardeau. Votre grand-père croyait que la véritable dignité vient de la connaissance et de l’acceptation de qui vous êtes, peu importe où la vie vous mène.

En tant que citoyens du monde, vous avez l’opportunité unique d’être des ponts entre les cultures, partageant la riche héritage d’Haïti tout en contribuant à son avenir. Gardez notre langue vivante sur vos langues, nos traditions vivantes dans vos foyers, et nos valeurs vivantes dans vos cœurs.

Papigo, ta voix continue de nous guider. À travers tes petits-enfants, les graines d’espoir que tu as plantées fleuriront en un avenir où la dignité et la fierté d’Haïti resteront inébranlables. Nous promettons de continuer à nourrir ces graines, veillant à ce que ton rêve d’un Haïti plus fort et plus prospère vive à travers les générations.

*Papigabo dérivé de Gabriel pour ses amis intimes

Avec un amour et un respect éternels,
Ton fils qui porte toujours ta flamme,
Pierre R Raymond

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