Haïti : Les Minimalistes au Pouvoir
« Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines »
Par Joel Leon
Le vacarme autour de l’inauguration du petit barrage hydroélectrique de Marion est le signe assidu du déphasage entre ceux qui fondèrent cette nation et les dirigeants actuels. Un comportement qui les classe parmi ceux-là qui a travers l’histoire d’Haïti qu’on a qualifié de non-visionnaires.
Le minimalisme est l’entêtement à trouver des réponses simplistes à des problèmes complexes. Larousse traduit le minimalisme comme « Une recherche de solutions requérant le minimum d’efforts et de bouleversements ».
Pourtant, les ancêtres nous laissaient de remarquables exemples de sacrifices !
Ceux qui fondèrent cette nation nous ont laissé toute une « marche à suivre » que nous nous empressons d’abandonner. Tout simplement parce qu’elle exige des sacrifices, sans lesquels aucune œuvre de grandeur n’est possible. Après avoir battu irréversiblement la puissante armée de Napoléon à Vertières, « le combat final », les ancêtres ne se contentaient plus de jouir exclusivement la liberté acquise. Ils décidaient d’en partager avec tous ceux qui exprimaient le désir de prendre la même route qu’eux pour arriver à la libération de leur peuple. C’est ainsi que volontiers, ils avaient aidé tous les révolutionnaires qui se battaient pour sortir de la servitude en embrassant la liberté générale. Les peuples du Venezuela, de la Colombie, de l’Equateur, de la Grèce…ont tous une reconnaissance éternelle envers Haïti. En revanche, Ils auraient pu imiter les Américains, se barricader à l’intérieur de l’espace géographique nouvellement baptisé Haïti. Cependant, l’humanisme qui les a toujours guidés était trop ardent pour observer, sans rien faire, ce monde plongé dans l’aliénation. Ainsi, cette force symbiotique, humaine-divine, les bousculait à exporter la douceur de la liberté vers d’autres cieux, encore ombrageux par l’esclavagisme, le colonialisme et le racisme.

C’est le parfait exemple de la dimension des « Titans » qui concevaient cette nation. Ils voulaient pousser les limites, éliminer les frontières, jeter les bases d’un monde nouveau axé sur les grands principes des « droits universels de l’homme ». Ils avaient déjà clairement compris que « Tout homme est un homme ». Ainsi, ils inscrivaient dans la constitution de 1805 un article qui donnait et garantissait la liberté à tous ceux ou celles qui « foulent le sol d’Haïti ». Le concept dépassait les limites épidermiques, la supériorité des civilisations…pour imposer une seule histoire, un seul destin…l’homme.
J’ai entendu dire que le barrage de Marion représente la plus grande réalisation du président Jovenel Moïse. Il lui fallait un quinquennat pour bâtir ça, un petit barrage Hydro-électrique qui coûte la modique somme de 10 millions de dollars américains. Qu’en est-il de l’apport des Haïtiens vivant à l’étranger ?
On estime la contribution de la diaspora, via les perceptions sur les transferts d’argent et appels téléphoniques, à environ 200 millions de dollars par an. Cet argent donne la possibilité à l’état de réaliser annuellement au moins 20 petits barrages de la même dimension que celui de Marion. Donc, Jovenel Moïse pouvait construire 100 barrages pour son quinquennat. Il a réalisé un seul pour tout un mandat de 5 années. Au pire, on fait la fête. Je suis abasourdi !
D’après Jovenel Moïse : « Le barrage de Marion comprend un réservoir de 10 millions de m3 d’eau, avec une capacité de transiter 20 millions de m3 d’eau tous les ans. Selon lui Plusieurs communes du Nord-Est vont en profiter pour avoir accès en eau potable. Le barrage de Marion va favoriser la production d’énergie hydroélectrique, l’irrigation des cultures, et l’alimentation en eau des villes avoisinantes. De quoi relancer définitivement l’agriculture et dynamiser l’économie dans le département du Nord ‘Est. »

Une réalisation de 10 millions de dollars définit les 5 ans de Jovenel Moïse au pouvoir. Cela donne une idée claire de l’état lamentable de ce gouvernement.
Entre temps, en 2011, la République Dominicaine fit don de l’université « Henry Christophe » à Haïti, ayant une capacité d’accueil de 10.000 étudiants. Elle coûta 52 millions de dollars aux contribuables voisins. C’est le plus grand centre universitaire du pays. La Dominicanie dépasse Haïti nettement en matière d’éducation supérieure, avec environ 150.000 étudiants, contre 13.000. Les dirigeants n’ont plus d’orgueil personnel, voire national. Pour répéter l’autre, l’homme haïtien a perdu « le droit d’avoir honte ». Nous persistons à faire du tapage dans un verre d’eau, comme de vulgaires inaptes.
Le pire, on trouve des hommes, qu’on dit sain d’esprit, répandre la même propagande éhontée. Ils applaudissent comme des ivrognes en mal de vomir. Un petit barrage de cette magnitude devrait être inauguré par le magistrat de la commune. Pourtant, tout le gouvernement faisait le déplacement pour y assister.
On m’a verbalement rapporté que le gouvernement a dépensé une fortune, presque similaire au financement du barrage, a l’occasion de son inauguration. A part le président de facto et sa femme, le premier-ministre de Facto, Dr Claude Joseph, frappé d’une plaque a.i. était là aussi. Presque tous les ministres, directeurs généraux et autres gros potentats de l’état étaient présents. Chacun était à la tête d’une délégation composée de plusieurs dizaines de personnes et de voitures d’allocation, tous venus de la capitale pour la bouffonne ambiance. Les discours pompeux faisaient rage. Les rires jaunes, les accolades sous l’ère du covid-19…jonchaient les airs. On venait de contempler les funérailles de la décence. Désormais, le cynisme est à la commande !

Après avoir ouvert la vanne d’eau, le président de facto a déclaré et je cite, que le barrage Marion est « Une preuve irréfutable qu’ensemble, nous pouvons réaliser des merveilles dans notre pays ». Le ministre dominicain de l’agriculture, qui assistait à l’inauguration, doit se demander, « mais est-il sérieux, celui-là ». Le corps diplomatique qui, malgré eux, faisait l’inutile déplacement doit rire Jovenel Moïse, jusqu’à presque couper le souffle. Le barrage Marion, doté d’une capacité de 800 kilowatts à 1 mégawatt d’énergie électrique, est une merveille !
Je me rappelle de Caleb Desrameaux, député du peuple, qui de façon sans vergogne inaugurait une pompe à eau archi-archaïque, devant plusieurs dizaines de personnes. Sourire aux lèvres et sous les applaudissements d’un peuple en désarroi.

Ces dirigeants, si on peut les qualifier ainsi, n’ont pas le sens de l’histoire d’Haïti. Sinon, ils cesseraient longtemps d’accoucher toutes ces âneries, les unes plus grimaçantes que les autres. Ils n’arrivent pas à cerner le rêve qui animait les père-fondateurs de la nation, Ils voulaient grandement créer un empire. Comment peut-on être si minimaliste, pour qu’on soit en même temps des descendants de Jean jacques Dessalines, d’Henry Christophe et d’Alexandre Pétion…
N’a-t- on pas vu la citadelle « Laferrière », dans le nord du pays. Une œuvre merveilleuse que l’humanité entière ne cesse de contempler avant de l’inscrire dans le domaine du patrimoine mondial. Comment est-on arrivé à descendre si bas !
Les minimalistes, en dépit de l’échec patent, ont encore de beaux jours devant eux. La république est dans l’angoisse, mais le combat se poursuit !
Joel Leon






