Les gangs font le jeu du capitalisme mondial.
Boukan News, 07/24/2023 – En détruisant les denrées agricoles, en emportant les bétails tels que les bœufs et les chèvres des paysans, on peut dire que les gangs armés arrivent à réaliser pour le grand capital mondial ce que les politiques néolibérales ne pouvaient pas faire. Ils ont rendu le marché interne plus dépendant du capital mondial et la perte de notre souveraineté alimentaire s’accentue de plus en plus. Parallèlement à ce déficit, la monnaie nationale se déprécie et pour avoir un dollar américain il vous faut 165 gourdes (bien entendu ce taux correspond à celui du marché parallèle) Le phénomène des gangs tel qu’il s’impose a vu le jour avec l’arrivée du pouvoir PHTK, version 1, Michel Martelly, version 2, Jovenel Moise, version 3, Ariel Henri. Depuis lors, on ne cesse de constater combien les paysans, les éleveurs dans les communes de Gressier, de Leogane et dans le reste du pays font face à une situation d’insécurité extrêmement difficile. Leurs bœufs et leurs chèvres qui constituaient pour eux une source de revenu sont volés et pillés par les malfrats.
Des paysans nous déclarent qu’ils se trouvent en difficulté pour financer l’éducation de leurs enfants, puisque c’est grâce à ces élevages qu’ils trouvent de l’argent pour supporter les frais scolaires de leurs enfants. Ils continuent en disant que les malfrats seraient en complicité avec les autorités policières et celle de la justice. Selon les paysans, rien n’est fait par les autorités pour stopper l’hémorragie en dépit des plaintes qui sont déposées. Le pire, c’est que les malfrats ne sont appréhendés que très rarement et quand ils le sont, ils sont libérés rapidement sans être jugés.
Après que des dizaines d’éleveurs ont été victimes des cambriolages, ceux qui n’ont pas encore été cambriolés attendent leur tour. Certains d’entre eux tentent d’échapper à ce sort en gardant les bœufs et les chèvres près de leur maison, d’autres les gardent à l’intérieur de leur cour, malgré tout, cela n’empêche pas qu’ils sont cambriolés. Ils constatent avec désolation combien ils sont décapitalisés à cause du vol de leur bétail par des gangs. Ces derniers agissent sans crainte d’être arrêtés, après leur méfait, ils vont un peu plus loin dans la même localité pour tuer le bétail volé. Apres quoi ils transportent les viandes dans les villes sous les yeux des commissariats de police. Emportés par le découragement et la désolation, la plupart des paysans n’ont d’autre choix que de vendre leur bétail pour une bouchée de pain de peur qu’il ne soit volé.
Les paysans et les éleveurs du département de l’Artibonite ne sont pas épargnés par la terreur des gangs. Une note signée par cinq organisations sociales et politiques au niveau de plusieurs communes du département a dénoncé les crimes commis par les gangs qui obligent les paysans à se déplacer pour aller ailleurs. Les terres ne sont pas irriguées à cause des gangs qui ont détourné l’eau à d’autres fins. Comme on le sait, sans les politiques néolibérales, les dirigeants traitres, les gangs, ce département aurait la capacité de satisfaire la demande locale en matière de riz et même alimenter le marché international.
Fort de tout cela, l’économie haïtienne qui était basée à 75% sur l’agriculture est aujourd’hui dans une impasse. Les terres ne sont pas irriguées et ce n’est pas non plus la priorité de l’Etat néocolonial. Les paysans sont dépossédés de leur lopin de terre par des gangs armés. Ces derniers ont envahi les grands domaines qui avaient une vocation agricole, et ils sont vendus à des particuliers à des fins de construction en dehors de toutes les normes. Parmi ces particuliers on retrouve des missionnaires chrétiens étrangers qui ont acheté des terrains sur lequel ils ont construit des églises. Aujourd’hui à chaque pas on constate un petit ghetto en herbe, des espaces agricoles sont bétonnés au vu et su des autorités locales.
Les gangs ne sont pas les premiers à détruire la production nationale au profit du grand capital international. C’est un projet qui est en cours d’exécution depuis le début des années 80 avec l’élimination des cochons créoles qui furent remplacés par les cochons grimels (porcs provenant des USA). Pour les nourrir, les éleveurs ont dû acheter des produits importés des USA. Une telle catastrophe paraissait très classique dans la mesure où elle a été réalisée par un gouvernement antinational, lequel gouvernement l’avait très clairement assumée. Contrairement aux gangs, personne ne veut les assumer, en dépit du fait qu’ils font le jeu du pouvoir PHTK, du grand capital mondial et des puissances impérialistes.
Parallèlement à cette chute de production alimentaire, on constate une croissance démographique annuelle de 1,34%. Les besoins de manger, de se nourrir augmentent en même temps qu’on assiste à l’affaiblissement de la production agricole. Tout ce désordre se résume en une petite phrase de quatre mots, consommer plus, produire moins. Pour y parvenir, les papes néolibéraux ou les puissances capitalistes sont prêtes à tout détruire, la société, l’environnement. A cause de la terreur des gangs aucune condition n’est favorable pour la création des richesses nationales. Ce qui explique, pour satisfaire la demande locale on est obligé d’importer les marchandises depuis le marché international. Ce qui a abouti à une balance commerciale très déficitaire et une économie nationale anémiée au profit du capital mondial.
On est assez grand pour comprendre le jeu, il suffit tout simplement de jeter un regard sur le comportement du Core Groupe et les organisations internationales par rapport à la crise. Les anciens présidents et premiers ministres (Michel Martelly, Jocelerme Privert, Laurent Lamothe, Evens Paul), certains députés et sénateurs, les hommes d’affaires épinglés comme bailleurs de fonds et comme fournisseurs d’armes aux gangs ont toujours été supportés dans les élections par les Etats-Unis, au cours de leur mandat et jusqu’à date. Joseph Michel Martelly était en cinquième position dans la course électorale, mais sous la pression des USA il fut placé en deuxième position jusqu’à être imposé comme président du pays.
Ils se trompent, ceux qui souhaitent la bienvenue à l’occupation sous prétexte que les parrains des gangs vont être arrêtés, jugés et condamnés pour enfin résoudre le problème des gangs une fois pour toutes. Les gens qui pensent ainsi ignorent que les gangs ne dérangent ni les USA ni le Canada. Bien au contraire, ils représentent un moyen permettant aux industries d’armement de ces pays d’écouler leur arme au prix de fortes sommes d’argent. Pour bien comprendre, il suffit de jeter un coup d’œil sur le comportement des USA, lorsque dans les années 70 et 80 en Amérique latine, des guérillas révolutionnaires armées combattaient les dictateurs corrompus. Les USA se donnèrent la peine d’envoyer des experts militaires pour encadrer l’armée régulière au préjudice des guérillas.
Pourtant, en Haïti, au lieu de combattre les gangs qui terrorisaient la population, on a vu avec mépris la diplomate Helene Lalime, représentante des Nations Unies en Haïti laisser croire que la fédération des gangs permettrait d’améliorer la situation d’insécurité. Une telle déclaration c’est se moquer du peuple haïtien qui vit une situation calamiteuse, comment peut-on croire qu’une bande de gens d’intention criminelle, des mercenaires puissent être fédérés tout en améliorant la situation d’insécurité ? C’est une déclaration mensongère qui minimise l’ampleur des actes criminels des gangs sur la population. A chaque fois qu’une famille est victime des gangs, les autres attendent leur tour. Nous expérimentons quotidiennement la psychose de peur à cause de l’insécurité. Les gangs violent impunément les femmes et les filles, c’est l’enfer sur terre. Mais cela passe comme une lettre à la poste aux yeux des puissances capitalistes et ce n’est pas un hasard, c’est un choix délibéré qui répond à des intérêts économiques. Ne sont-elles pas informées par la presse internationale ? si ce n’est pas le cas, dès lors elles font semblant d’ignorer l’ampleur de la situation et s’il en est ainsi c’est parce que le malheur du peuple haïtien fait leur bonheur.
Comme nous venons de le dire, le peuple haïtien est en train de vivre l’enfer sur terre et nous ne sommes pas à notre premier coup d’essai. Trois cents ans dans l’esclavage, trente-quatre ans de l’occupation américaine, trente ans de terreur et de psychose de peur sous le régime des Duvalier, c’en est trop. En réaction à ce genre de situation, conscients que les choses ne pouvaient pas continuer ainsi, nous avons fait la guerre contre l’esclavage qui faisait partie à l’époque de l’ordre international et nous avons gagné. Depuis lors, nous sommes considérés comme un peuple rebelle à l’ordre international et nous représentons soi-disant une menace pour la sécurité internationale. Les Nations Unies viennent de l’affirmer à nouveau. Ce peut être un prétexte pour justifier l’occupation du sol national par les puissances capitalistes. Face à cette situation nous devons nous mettre à la hauteur de nos ancêtres, eux qui avaient pris leur responsabilité face à l’histoire. Cependant cela ne sera possible que si nous menons des actions organisées, le seul et l’unique moyen de réinventer l’histoire.
Par Yvito Mackandal, membre des Réseaux d’Organisation Zone l’Ouest (ROZO).






” Les gangs (ne) font (pas) le jeu du capitalisme mondial” Le gangterisme est la nouvelle strategie utilisee par le “capitalisme mondial” pour assujetir les peuples qui resistent a fleur orthodoxie…