Les commandeurs de Saint-Domingue, l’origine de la haine contre les Haïtiens. (2e partie)
Par Jacques Casimir(PasteurD’Amoulio)
Boukan News, 10/19/2023 – Nous avons suivi dans la première partie de ce cours, avec l’aide des archives historiques les traces des bourrus, ces esclaves forts de corpulence et de force physique qui suppléaient les commandeurs dans les plantations dans les colonies.
Maintenant, nous ouvrons des pages de l’histoire d’Haïti qui n’ont jamais été explorées auparavant et qui expliquent pourquoi tant de haine contre les Haïtiens aux Antilles françaises, en Guyane, dans le sud des États-Unis, en République Dominicaine et dans certaines îles anglophones de la caraïbe. Quand la haine s’attache à un homme, il faut examiner pourquoi. Quand la haine s’attache à plusieurs hommes contre tout un peuple, il faut trouver la ou les causes, et publier les résultats de ces recherches. Ainsi, les victimes sauront pourquoi ils sont haïs.
La colère est une haine ouverte et passagère, la haine est une colère retenue et suivie qui dure à travers les siècles.
Si la nature a ses propres règles, le lion n’est pas un prédateur naturel de sa propre espèce, le tigre non plus. L’homme blanc occidental chrétien et ses congénères Arabo-musulmans sont devenus des prédateurs de leur propre espèce, en apportant la traite arabo musulmane qui a duré 800 ans et qui dure encore dans certains pays du Moyen-Orient. L’occident a complété cette infamie en prétextant sa supériorité par la traite négrière, l’esclavage, la colonisation, le génocide arménien, le génocide des Juifs et autres, etc.
Les historiens ne se sont jamais penchés sur la question : pourquoi la haine de certains Antillais francophones, les Martiniquais, les Guadeloupéens, le Guyanais et certains citoyens de la République Dominicaine et des noirs du sud des États-Unis contre les Haïtiens ? (Nous disons bien un groupe d’individus dans ces pays.)
Nous avons longtemps fait fausse route en expliquant que c’est l’immigration haïtienne dans les Antilles françaises et l’occupation haïtienne de la République Dominicaine à plusieurs reprises au cours de l’histoire qui ont engendré cette haine. Cette animosité est antérieure à la proclamation de l’indépendance Haïti, elle remonte à l’époque coloniale.
Nos recherches nous ont dirigé vers plusieurs documents dont deux en particulier ont attiré notre attention, voir la photo ci-devant, d’un de ces livres que n’avons pas encore identifié l’auteur. L’état de conservation de ces archives déterminantes, l’éparpillement et l’absence de plusieurs pages nous rendent la tâche difficile. Le premier document a pour Titre :
Manuscrits d’un voyage de France à Saint Domingue (Publication 1816 à 1818) en 3 volumes. Ces documents révèlent l’embauche de mulâtres Haïtiens pour aller mater les esclaves dans les colonies françaises, espagnoles et britanniques dans la zone des Antilles.
Le deuxième document : « Heurs et malheurs des colons de Saint-Domingue à travers la vie de Marie Renault.
Essai sur les événements de Saint-Domingue entre 1789 et 1804. » Marie Renault a quitté Saint-Domingue avec ses domestiques et quelques esclaves mulâtres qui sont devenus des commandeurs.
Dès 1793, plusieurs grands planteurs de la colonie de Saint-Domingue ont senti le vent de la révolte tourné en faveur des esclaves. Ils ont quitté Saint-Domingue (Haïti) pour immigrer vers les iles françaises, la Guyane et la partie espagnole de l’île d’Haïti (aujourd’hui la République Dominicaine), la Louisiane aux USA, en emmenant avec eux leurs esclaves, particulièrement les esclaves mulâtres qui sont devenus les commandeurs dans ces autres colonies.
Ces planteurs ont établi un plan diabolique. Sachant que ces anciens esclaves de Saint-Domingue n’avaient aucune famille et aucun lien dans ces îles. En leur offrant le poste de commandeur, basé sur la hiérarchie des couleurs de la peau, un salaire, des jours de congé et une meilleure condition que leur ancienne vie d’esclave à Saint-Domingue. Ces commandeurs expatriés étaient eux-mêmes victimes de la violence de leurs employeurs. Ils portaient le lourd fardeau de la rentabilité des plantations et des habitations coloniales. Les planteurs ont exigé d’eux une fermeté, une brutalité et une cruauté sans précédent.
La réputation et la férocité des commandeurs d’esclaves de Saint-Domingue étaient connues de tous les planteurs des iles de la Caraïbe, de la Guyane, du sud des États-Unis, de Madagascar et de l’île Bourbon, (aujourd’hui, l’île de la Réunion). Cette violence, exercée sur les esclaves par ces hommes venus de Saint-Domingue, attisa la haine des esclaves dans toutes les colonies contre ces commandeurs et plus tard, après la proclamation unilatérale de l’indépendance d’Haïti par Jean-Jacques Dessalines, cette haine fut dirigée par une forte propagande contre les Haïtiens. Voir Nos cours : l’histoire d’Haïti falsifiée en 4 parties et Mémoires de braseros en 3 parties.
S’il n’est pas simple d’expliquer la causalité des faits : « Action égale à réaction. » Il ne faut pas demander à un esclave de comprendre ou d’être indulgent envers un ancien esclave qui a connu les mêmes souffrances et les mêmes déboires que lui et qui est devenu son bourreau plus cruel et plus violent que le maître blanc.
C’est cette méthode de violence coloniale française que nous avons exercée par procuration sur nos frères qui envenime encore aujourd’hui cette haine ancestrale contre nous et bien malgré nous.
Cette violence par procuration en utilisant les Commandeurs Haïtiens pour mater les esclaves à l’étranger a été reprise à Madagascar, selon les théories du général Charles Mangin, qui a publié en 1910, un document : « La force noire. » Le Général Mangin, préconisa l’utilisation de troupes coloniales. Noirs contre noirs, pour le bénéfice de la France.
En 1947, à Madagascar, les gens réclamaient l’autonomie et l’indépendance, les tirailleurs africains et sénégalais ont massacré par procuration, au nom de la France leurs frères, des millions de morts, personne n’en parle.
Le Lieutenant-Colonel Mangin, devenu général, a dit dans son livre, citons l’auteur :
« La conquête de l’ouest africain est l’œuvre des Sénégalais qui ont donné à la France un territoire plus grand que l’Europe en versant le sang de leurs propres frères. »
Encore aujourd’hui à Madagascar et dans plusieurs autres pays d’Afrique, quand on vous traite de Sénégalais, cela veut dire méchant, criminel et assoiffé de sang. C’est l’image que la France a laissée des Sénégalais dans plusieurs pays. Pourtant, le peuple sénégalais est un peuple pacifique.
L’importation des commandeurs d’esclave venus de Saint-Domingue était une affaire courante. Les gouverneurs de la Jamaïque, Alexander Lindsay et Sir George Nugent ont importé des commandeurs de Saint-Domingue pour torturer et brutaliser les esclaves dans les champs de la Jamaïque, dont le tristement célèbre Dupuy, alias king.
Les esclaves de la plantation la Mahaudière, devenue sucrerie en Guadeloupe ont connu l’enfer sous la conduite sanglante du commandeur mulâtre (métis) venu de Saint-Domingue, un certain Rouzier. Les esclaves de la Martinique ont connu le même sort dans l’habitation du Trou-Vaillant sous la brutalité de Mérès, un autre commandeur mulâtre venu de Saint-Domingue.
Nous menons un recensement des commandeurs venus de Saint-Domingue, non sans difficulté à cause de l’état de conservation des archives retrouvées et du refus des Békés de la Guadeloupe, de la Martinique qui détiennent des archives historiques d’une valeur inestimable et qui refusent catégoriquement de coopérer à cette recherche, sous prétexte que cela causera du tort à la France.
Jusqu’en 1848, année de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, beaucoup de commandeurs étaient des descendants d’Haïtiens. Si le souvenir est une fleur qui pousse sans aide dans de lieux inattendus, la haine, elle, a besoin d’être alimentée pour qu’elle s’embrase contre tout un peuple.
Nous savons que les adultes, lorsqu’ils réagissent à une émotion collective, se comportent comme des enfants. Ils deviennent influençables à la suggestion d’un meneur qui incarne pour eux durant un instant la figure paternelle, surtout s’il incarne la force et la puissance. Les travaux du sociologue français Gustave Le Bon à la fin du XIXe siècle en ont déjà fait la démonstration.
Nous devons savoir et comprendre la cause de cette haine dirigée contre nous. Les longs souvenirs font les grands peuples, d’où l’importance de connaître notre histoire pour constater comment l’héritage malsain de l’esclavage et de la colonisation française nous font payer encore aujourd’hui les faits historiques d’autrefois. Amen.
Quoi que l’on fasse, quoi que l’on cache, rien ne pourra arrêter la marche de l’histoire.
À suivre
Recherche No CASJ-111-0040.
Jacques Casimir (Pasteur D’Amoulio)
À suivre…
Bibliographie:
1)Sources : Le magazine Historia : Titre VIIe-XXe siècle. L’esclavage en terre d’islam. La traite Arabo musulmane.
P 22 à 37.
2) RÉF : Auteur anonyme Titre : Manuscrits d’un voyage de France à Saint Domingue (Publication 1816 à 1818 ) en 3 volumes.
3) RÉF : Auteur Jean-Marie Williamson Titre : Heurs et malheurs des colons de Saint-Domingue à travers la vie de Marie Renault. Essai sur les évènements de Saint-Domingue entre 1789 et 1804.
4) RÉF : Auteur : Charles Mangin Titre : La force noire (Hachette Paris publication document original 1910) Voir : le chapitre II livre III, les Sénégalais.
5) RÉF : Auteur : Gustave Lebon Titre : La psychologie des foules (1895) , chapitre II : comment influencer les foules.
6) Sources : (BNH Bibliothèque Nationale d’Haiti). Parmi les 60.000 documents de dépôt légal, du grand planteur au simple citoyen se trouvent plusieurs documents et des lettres patentes (Équivalent à un passeport d’aujourd’hui) qui confirment l’embauche en Guyane et dans les iles françaises des commandeurs de Saint Domingue.
7) RÉF : Auteur : Serge Tchakhotine Titre Le viol des foules par la propagande politique. (Voir chapitre VII, la propagande politique dans le passé.
Jacques Casimir (Pasteur D’Amoulio)
Photo: Huffington Post





