LÉON XIV : UN PONTIFICAT ENTRE LES FRACTURES DU MONDE ET LES ESPÉRANCES DU SUD / ou HABEMUS PAPAM.

LÉON XIV : UN PONTIFICAT ENTRE LES FRACTURES DU MONDE ET LES ESPÉRANCES DU SUD / ou HABEMUS PAPAM.
Jean Rathon Gelin
Boukan News, 05/11/2025 – L’élection de Robert Francis Prevost comme Évêque de Rome marque une étape historique dans l’histoire de l’Église catholique. Premier pape originaire des Amériques, il incarne une transition significative vers une Église plus universelle, affranchie progressivement de son ancrage européen séculaire. Né aux États-Unis et ayant exercé de longues années de mission au Pérou, il allie l’expérience pastorale du Sud global à une solide formation intellectuelle occidentale. Son parcours reflète une Église en mutation, tournée vers les périphéries et résolue à relever les défis du XXIe siècle : sécularisation en Occident, montée des spiritualités alternatives, et quête de justice sociale dans les régions les plus démunies. Son élection par les 133 cardinaux représente à la fois un hommage à son engagement évangélique et une volonté d’unité autour d’une figure pragmatique, enracinée dans la foi mais sensible aux réalités concrètes des peuples.
Pour le continent africain, dont la vitalité spirituelle est aujourd’hui l’un des poumons de l’Église catholique, le pape Robert Francis Prevost incarne un pont entre le renouveau évangélique et l’aspiration des peuples à la dignité, à la paix et au développement. Son expérience missionnaire en Amérique latine pourrait nourrir une sensibilité particulière aux problématiques africaines : pauvreté endémique, jeunesse en quête d’espérance, conflits ethniques, corruption, mais aussi explosion démographique et dynamisme des communautés ecclésiales. Il est attendu qu’il renforce le dialogue entre le Vatican et les Églises locales, encourage l’ordination de clergés autochtones bien formés, promeuve l’instruction des femmes et la solidarité avec les populations marginalisées. L’Afrique, dans cette nouvelle ère pontificale, pourrait devenir non plus seulement une « terre de mission », mais un pilier central dans la redéfinition d’une Église globale, incarnée et prophétique.
Concernant les foyers de tension géopolitique, notamment au Moyen-Orient et en Ukraine, le nouveau pontife aura la lourde responsabilité de poursuivre la diplomatie de la paix, déjà amorcée par ses prédécesseurs. Homme de dialogue, nourri par l’expérience latino-américaine des réconciliations nationales, il pourrait user de son autorité morale pour raviver les canaux de médiation entre belligérants, appeler au respect du droit humanitaire, et favoriser des initiatives interreligieuses notamment avec l’islam et le judaïsme. La guerre russo-ukrainienne exigera de lui un équilibre délicat entre la dénonciation des agressions, la protection des fidèles en zones de conflit, et le maintien d’un dialogue ouvert avec les Églises orthodoxes. Sa vision d’une Église artisan de paix pourrait s’inscrire dans la tradition prophétique, tout en renouvelant les modalités de la diplomatie vaticane.
Les scandales de pédophilie et de pédérastie au sein de l’Église représentent un défi majeur pour sa crédibilité morale. Le pape Robert Francis Prevost, s’il veut restaurer la confiance du peuple de Dieu, devra affronter ces plaies avec transparence, courage et détermination. Son action est attendue non seulement sur le plan de la justice interne — sanction des coupables, écoute des victimes, réparation symbolique et matérielle — mais aussi sur celui de la réforme des structures ecclésiales : meilleure formation des séminaristes, contrôle accru des évêques, renforcement des mécanismes de signalement. En tant que père spirituel, il devra allier compassion et fermeté, assumant une rupture nette avec toute forme d’impunité institutionnelle. Ce combat contre la corruption morale sera décisif pour la renaissance éthique de l’Église.
Enfin, sur le plan doctrinal et pastoral, on peut s’attendre à une certaine continuité avec le pape François, dont il partage la vision d’une Église synodale, proche des pauvres, et ouverte aux dialogues culturels. Toutefois, son tempérament pragmatique et son enracinement américain pourraient le conduire à des inflexions nouvelles : renforcement de la collégialité épiscopale, valorisation du rôle des laïcs, soutien à l’éducation chrétienne dans les zones défavorisées, et ouverture prudente aux débats contemporains sur la morale familiale, l’écologie, ou la gouvernance économique mondiale. Plus que jamais, l’Église catholique se trouve à la croisée des chemins : entre fidélité à la tradition et écoute des signes des temps. Le pontificat de Robert Francis Prevost s’annonce comme une tentative audacieuse de réponse à cette double exigence.

Jean Rathon Gelin

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