LÉON CHARLES RECYCLÉ.

LÉON CHARLES RECYCLÉ.

« La machine au recyclage est si efficace qu’elle métamorphose des escrocs en responsables des deniers publics et des énergumènes en politiciens. »

Par Duverger Altidor

Si dans d’autres pays on procède au recyclage pour assainir l’environnement, en Haïti en revanche, on l’utilise pour un autre usage : l’assainissement des politiciens véreux et leurs suppôts. Sentimentalisme oblige, chez nous, notre philosophie est qu’on ne change pas une équipe qui perd, ni quelqu’un qui déçoit les attentes. Peu importe leur incompétence ou leur amateurisme, tout le monde a droit à une deuxième chance et peut-être même une troisième, s’il le faut. Il ne faut pas trop s’en faire, car la République ne meurt jamais pour si peu. Témoin cet homme accusé de vol de voiture et qui par la suite a été élu député, ou encore ce politicien accusé d’usage de faux auprès de la DGI mais qui a été placé au timon des affaires du pays.

La machine au recyclage est si efficace qu’elle métamorphose des escrocs en responsables des deniers publics et des énergumènes en politiciens. Quel qu’ait été son pelage, on peut tous être lavés ou recyclés… Il suffit d’être placé du bon côté de la rambarde.

Journaliste réprimé par la PNH (Twitter)

Le cas de Léon Charles est éminemment éloquent sous ce rapport. En effet, c’est totalement atypique de voir quelqu’un atteindre la déchéance et la gloire en même temps. Ô sacré Haïti ! Tes dirigeants ne cessent d’étonner le monde par leur incongruité. En effet, quelle logique se cache derrière cette décision de reconduire Léon Charles comme ambassadeur de l’OEA après sa débâcle en tant que chef de la Police ? Faut-il comprendre que la terre qui a produit des esprits brillants tels que Price Mars et Anténor Firmin en arrive à ce point où elle ne peut plus produire des gens compétents ? On frise le ridicule en présentant Léon Charles comme un touche-à-tout, un « toutiste » ou un passe-partout.

Quand ces gens finiront par comprendre l’importance de la perception. Aucun dirigeant sérieux ne souhaiterait que son représentant accrédité auprès des missions diplomatiques ait la réputation d’un « loser », quelqu’un dont le nom s’associe à l’incompétence tel que celui de Léon Charles. Comment voulez-vous qu’on nous prenne au sérieux quand nos représentants sont des gens que la clameur publique dénonce chez eux ?

On n’éprouve que de la révulsion lorsqu’on se penche sur le bilan catastrophique de l’ancien responsable de la Police. Au vu et au su de tous, il a systématiquement vassalisé les policiers en les transformant en sbires du régime. Certes, on ne saurait tout lui imputer, mais on ne peut tout de même pas le dédouaner du blanc-seing dont bénéficient les gangs armés pour terroriser la population.

Jamais avant, le climat de l’insécurité n’avait atteint une telle apogée. Il n’y a pas un périmètre de la capitale qui soit sous contrôle de la Police. Les actes de kidnapping sont devenus si fréquents ces derniers jours que les médias ne les relaient que s’il s’agit d’un VIP.

Les coups de feu de la police ne crépitent que pour réprimer la population. Sous Léon Charles, une balle à la tête, voilà le risque qu’encourait toute personne qui osait dire non à ce qui se passe dans le pays. La devise “protéger et servir” se manifeste seulement dans le cas de la clique au pouvoir. Par ailleurs, Jimmy Chérizier, un chef de gang redoutable, s’est comporté comme un véritable patron pour Léon Charles. C’est de lui qu’il recevait des ordres. Il fait et défait, narguant effrontément les policiers, quand il ne les assassine pas purement et simplement.

Le cas le plus évocateur s’est produit le 7 juillet dernier, lors de l’assassinat du premier citoyen du pays. Cela s’est passé alors qu’un commissariat de police se trouve seulement à quelques encablures du lieu du crime. On se souvient bien de la levée de boucliers contre lui, car on s’est dit à quoi sert un chef de police qui n’est même pas capable de protéger le président. Tout le monde s’attendait à ce qu’il remette sa démission, ce que ferait toute personne dotée ne serait-ce qu’un peu de dignité, mais l’ancien directeur de la Police n’était pas assez grand pour faire ce geste.

400 mawozo. Photo: akahinews.com

Maintenant, lorsqu’on tente de nous faire croire que ce même Léon Charles a démissionné de son propre gré, cela ne sied pas à la pensée cartésienne. On n’est pas né de la dernière pluie. On sait tous que le coup vient du département d’État qui, vraisemblablement, a demandé sa tête, suite à la crise d’otages des 17 missionnaires américains. Car une chose est de dire qu’on en a marre quand ce sont nos compatriotes qui sont victimes, mais s’agissant de la vie des Américains, ça c’est une autre paire de manches. Le glas avait sonné pour l’ancien chef de la Police le jour où les « 400 Mawozo » avait franchi le rubicon.

Mais on l’a vu, en ce qui concerne Léon Charles, son licenciement ou sa démission équivaut à sortir par la porte et entrer par la fenêtre. Son Odyssée continue. Il est trop bien souché pour tomber en disgrâce. Ses mains auront beau être entachées de sang, il trouvera quand même une grosse pointure parmi ses nombreuses connexions pour lui ménager une issue favorable. Jouissant désormais de l’immunité diplomatique, il évitera d’avoir à répondre devant la justice de ses nombreuses exactions exercées sur la population, au cas où il y aurait un renversement de situation. Ce qui est très peu probable, car au point où en vont les choses on semble s’aventurer vers un après nous c’est nous. Pòv Ayiti

Duverger Altidor

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