L’ENDOSCOPIE D’UNE OPPOSITION SOUFFRETEUSE

Les obstacles majeurs étant aplanis devant lui, Ariel Henry court comme un lévrier afin de mettre les bouchées doubles pour appliquer à la lettre la dictée politique à laquelle le PHTK le soumet. Tout semble indiquer qu’il se délecte dans cette assignation servile. Insolence ? Arrogance ? Méconnaissance de l’histoire ? Peut-être.
Pourtant, cela ne devrait surprendre personne. Car la nomination et l’installation de ce monsieur ne s’inscrivait pas dans un schéma classique de constitutionnalité. Faut-il rappeler que celui qui l’a adoubé était lui-même un de facto, un apprenti dictateur qui gardait le pouvoir au-delà de son mandat. Sa nomination n’a été le fruit d’aucune démarche consensuelle avec l’opposition. Qui pis est, le parlement, du moins ce qu’il en restait de lui, puisque Jovenel l’avait décimé, auquel la constitution attribue des prérogatives formelles pour placer son mot dans cette décision importante, n’était pas non plus consulté pour plébisciter ce choix.
La présence de docteur Henry à la tête de la primature représente donc un véritable camouflet à la loi mère. Elle n’est qu’une imposture ! Privé de légitimité et de base populaire, le Premier ministre de facto ne doit sa survie qu’à un pacte machiavélique concocté entre lui et la hiérarchie du parti, quitte à ce qu’il mette de côté sa déontologie de blouse pour se plier à ses moindres caprices. Mais d’autres circonstances contextuelles l’ont aussi favorisée, surtout du fait que la population avait décidé d’observer une trêve après l’assassinat brutal d’Apredye. On se rappelle la lutte acharnée qu’Ariel Henry a dû livrer pour arracher son installation in extremis des griffes de Claude Joseph qui en assumait alors l’intérim, et qui jurait par tous les dieux que c’est par les deux pieds devant qu’on lui arrachera ce poste lucratif.
Donc, il va de soi que l’on ne pouvait s’attendre à ce que quelque chose de bon soit issu d’un Premier ministre choisi par un président dont la démence a réduit le pays au rang des nations rabougries. En effet, la parole proverbiale ne dit-elle pas qu’un arbre pourri ne saurait produire de bons fruits ?
Il est tout aussi compréhensible même si c’est révoltant que monsieur Henry essaye de pérenniser la politique de pagaille de ses véritables patrons, une alliance américano-mafieuse qui lui délègue un pouvoir plénipotentiaire de faire comme bon lui semble sans avoir à se sourciller des dégâts que cela cause au pays. Par contre, ce qui surprend, ce sont les coudées franches qu’il semble jouir du camp de l’opposition qui décide de monter à bord, toute honte bue. Cela paraît d’autant plus déroutant que hier encore nos braves hommes et femmes de l’opposition conspuaient dans toutes les grandes artères de la capitale pour dénoncer cette même politique qu’ils accueillent aujourd’hui à coeur joie.
Qu’est-ce qui a changé ? S’agit-il du pragmatisme ou bien docteur Henry, neurologue de son état, les a-t-il passés sous le bistouri qui effacerait dans leur cerveau les neurones responsables de la combativité ? Se sont-ils lassés de se battre, ou la faim a-t-elle chassé les loups hors du bois ?
Pour comprendre cette aporie, il faut remonter à la source du problème. Et cela nous amène à cette vérité dérangeante : les membres de l’opposition ne se sont jamais constitués en un bloc monolithique, se livrant à un combat idéologique. Encore moins qu’ils ne font passer en leur âme et conscience les intérêts supérieurs de la nation avant les leurs.



A part quelques noms qui font figure d’exception, les hommes et les femmes qui se réclament de cette opposition moribonde sont pour la plupart des gens sans état d’âme qui n’adhèrent à aucune école de parti. Difficile de dire où ils se positionnent (gauche, droite ou centre) par rapport aux problèmes cruciaux qui polarisent la nation. Certains de ces politi-siens ne sont même pas en mesure d’établir une différence entre ces courants politico-philosophiques. Outre cette absence d’homogénéité dans son rang, l’opposition se compose en majeur partie d’un groupe d’arrivistes et d’opportunistes qui sont à l’affût de la moindre occasion pour réclamer leur part du gâteau.
Peut-être qu’ils n’arrivent pas à mesurer les conséquences de leurs actions, car, dit-on, la fin justifie les moyens. Sinon, ils devaient comprendre qu’un accord avec monsieur Henry équivaudrait à pactiser avec le diable. Ils sont en train de lui remettre sur un plateau d’argent une légitimité dont il crève tant pour mieux asseoir son régime et plaire à son patron. Où est la hargne qui les animait sous Jovenel ? Pourquoi ne font-ils pas appel à la mobilisation générale pour pousser le forcené Henry à dégager ? De quoi ont-ils peur ? De l’oncle Sam ? D’ailleurs l’ancien émissaire américain, Daniel Foote, l’a dit très clairement : Ariel Henry ne peut être partie prenante à la solution de la crise puisqu’il fait lui-même partie du problème.
Entre temps, le pays est livré aux bandits, aux gangs armés et autres parasites nuisibles. Les américains disent que “two wrongs don’t make it right”. Autrement dit, on ne corrige pas une erreur par une autre erreur. La présidence de Jovenel a été l’erreur la plus grossière de notre histoire de peuple. Mais au moins lui, même avec un faible suffrage, il était élu. À l’opposé, Ariel Henry, quoique qu’il ne jouisse d’aucune forme de légitimité, veut diriger le pays ayant plusieurs casquettes : celui du Premier ministre et celui du Président. Se sentant tellement confortable dans l’imbroglio constitutionnel dans lequel il patauge, il a le toupet de proposer le changement de la constitution. Et l’opposition reste amorphe dans son mutisme.
Que peut-elle recevoir en contrepartie pour ce comportement travesti ?
En fait, tout esprit lucide peut voir que, par son action, l’opposition a vendu sa dignité pour un bol de soupe. Peut-être qu’on leur octroiera des postes ministériels qui feront d’eux de nouveaux millionnaires. Mais l’avenir montrera que leur réputation ne vaudra pas mieux qu’une peau de lapin.
En conclusion, il est clair que la solution à la crise existentielle du pays ne viendra pas de cette opposition d’apparence efflanquée. Les gens qui la composent sont trop égoïstes pour mettre de côté leur égo et faire passer l’intérêt supérieur de la nation. Il nous faut donc une génération d’hommes et de femmes pour déclencher une véritable “tabula rasa”. Sur le court terme, on tardera, certes, à ressentir les effets, car les problèmes sont trop titanesques. Mais pourvu qu’on sache qu’on aura travaillé mordicus à léguer à nos enfants un pays où l’on n’aura pas à regarder par-dessus son épaule lorsqu’on circule dans la rue.
Ducasse Alcin
(Photo: picpedia)





