L’éloquence du silence et l’ambiguïté d’un appel: Le PM Conille entre inaction et séduction médiatique

Boukan News, 07/31/2024 – L’intervention du Premier ministre Garry Conille ce jeudi matin 25 juillet 2024 sur les ondes de Radio Télévision Caraïbes (RTVC) a suscité plus d’interrogations que de réponses au sein d’une population haïtienne en quête de solutions face à la crise multidimensionnelle et sécuritaire qui secoue le pays. Dans un contexte politique particulièrement tendu, l’absence flagrante d’annonces concrètes et l’omission d’un bilan des six premières semaines de son gouvernement révèlent une inertie préoccupante au sommet de l’État.
Une intervention en deçà des attentes
Plutôt que d’exposer un plan d’action précis pour sortir le pays de l’impasse, M. Conille s’est contenté de recycler de vieilles analyses de conjoncture. Il a justifié l’immobilisme gouvernemental par l’inadaptabilité des structures et décisions administratives héritées de ses prédécesseurs. Cette posture défensive ne saurait satisfaire une nation en quête urgente de solutions et d’actions concrètes.
Parmi les rares éléments nouveaux de cette intervention, deux points méritent une attention particulière:
– L’affirmation surprenante selon laquelle 50% des membres des gangs criminels seraient des enfants de moins de 20 ans – une donnée qui soulève des questions cruciales sur la situation sociale et économique du pays, nécessitant une analyse approfondie.
– Un appel subtil mais non moins inquiétant au soutien des actions du gouvernement par la presse.
Une sollicitation médiatique habile mais dangereuse
En fin stratège politique, le Premier ministre Conille a fait preuve de finesse dans sa demande de soutien à la presse. Sans jamais l’exprimer de manière directe ou autoritaire, il a néanmoins laissé entendre que les médias devraient jouer un rôle de soutien aux actions gouvernementales. Cette approche, bien que plus sophistiquée qu’une injonction directe, n’en demeure pas moins problématique et potentiellement dangereuse pour la liberté de la presse.
Le rôle crucial des médias dans une démocratie fragile
Le rôle fondamental des médias dans une démocratie n’est pas d’être le porte-voix du gouvernement, mais d’informer les citoyens de manière objective et impartiale. Les journalistes ont pour mission d’analyser, de questionner et, le cas échéant, de critiquer les actions – ou l’inaction – des autorités.
Dans un pays où les institutions démocratiques sont fragiles, le rôle de contre-pouvoir des médias est plus crucial que jamais. Les citoyens haïtiens ont besoin d’une information fiable et diversifiée pour comprendre les enjeux complexes auxquels leur pays est confronté et pour tenir leurs dirigeants responsables.
Les dangers d’une presse complaisante
Si les médias haïtiens devaient répondre favorablement à cet appel du pied du Premier ministre, les conséquences pour la démocratie pourraient être désastreuses. Une presse complaisante, qui se contenterait de relayer le discours officiel sans le questionner, faillirait à sa mission d’information et d’analyse critique, privant les citoyens d’un outil essentiel pour comprendre et évaluer l’action de leurs dirigeants.
Un appel à la résistance et à l’engagement
Face à cette tentative subtile d’influencer le travail des journalistes, il est impératif que la presse haïtienne réaffirme son indépendance et son engagement envers les principes fondamentaux du journalisme. Les rédactions doivent résister à toute forme de pression et continuer à exercer leur rôle de vigile de la démocratie avec encore plus de détermination.
Les organisations de la société civile et les citoyens ont également un rôle crucial à jouer dans la défense d’une presse libre et indépendante. Ils doivent rester vigilants face à toute tentative du pouvoir politique de s’arroger le contrôle de l’information et soutenir activement les médias qui maintiennent une ligne éditoriale indépendante et critique.
Vers une presse engagée pour la vérité
L’intervention du Premier ministre Conille sur RTVC, marquée par l’absence d’annonces concrètes et cet appel subtil au soutien de la presse, est symptomatique des défis auxquels fait face la démocratie haïtienne. Elle souligne la nécessité pour les médias de redoubler de vigilance et d’engagement envers leur mission d’information et de contre-pouvoir.
Plutôt que de chercher à s’attirer les faveurs de la presse, le gouvernement devrait se concentrer sur la mise en œuvre d’actions concrètes pour répondre aux défis urgents du pays, tels que la lutte contre la prolifération des gangs armés et de l’insécurité en général, la relance économique, et la stabilisation politique. C’est par des résultats tangibles, et non par des manœuvres de communication, que le Premier ministre Conille et son équipe gagneront la confiance des citoyens.
Dans ces temps troublés, Haïti a plus que jamais besoin d’une presse libre, courageuse et déterminée à servir la vérité, et non les intérêts du pouvoir en place. L’avenir de la démocratie haïtienne en dépend.
Yves Pierre, citoyen engagé





