L’échec annoncé de Guy Philippe

L’échec annoncé de Guy Philippe

Joel Leon

Boukan News, 01/27/2024 – La révolution n’aura pas lieu. Tout simplement parce que Guy Philippe n’a pas les moyens de sa politique. La brutalité de la « real politique » s’impose à l’ancien sénateur comme un choc d’air glacial de l’antarctique. En d’autres termes, « el commandante » n’a pas d’argent pour financer sa « révolution ». La réalité politique a beaucoup changé, 2004 n’est pas 2024.

En 2004, l’international se méfiât extrêmement d’Aristide, les hommes d’affaires le haïssaient, la classe politique le détestait, l’intelligentsia singeait l’international et les riches… « l’homme de Tabarre » jouissait uniquement du support inconditionnel des pauvres du pays dont il incarnait l’espoir.

En 2024, l’international déteste Guy Philippe, il fait peur à la classe politique, l’intelligentsia l’observe, la population joue à la prudence, pour le secteur des affaires il est un « burden, a liability » de circonstance…Donc, Guy est seul !

Guy Philippe

Ceux, qui traditionnellement finançaient les troubles politiques en Haïti, sont sur le qui-vive. Certains ont déjà leurs noms affichés en lettres majuscules sur les listes internationales de l’ONU et des    gouvernements : Américains/Canadiens/Dominicains/Européens. Les autres qui soufflent le chaud et le froid, évitent par tous les moyens de rester à l’écart de ces fameuses listes qui emmerdent et font saigner le business. Au cours d’un échange avec un homme d’affaires haïtien qui prend temporairement logement en Floride, il a déclaré, et je cite : « actuellement, je suis en hibernation commerciale et politique. Les membres de ma famille me prient de grâce de garder le nom de la famille hors des listes ». Pour l’instant, il se réjouit de n’avoir jamais fait les yeux doux aux bandits ou prendre langue avec les politiciens violents. À savoir si cette tendance est seulement personnelle, il a répondu ainsi : « Non, c’est la position de toute la caste d’affaires d’Haïti qui se réfugie dans le sud de la Floride ». Quant à Guy Philippe, pendant toute la conversation, il refusa de citer ce nom, juste par précaution, il dit !

L’argent qui a été recueilli tout de suite après l’arrivée de Guy Philippe en Haïti et même avant, n’a pas duré longtemps. Les voyages, les manifestations, les agents des réseaux sociaux, des journalistes…ont vite tété cette somme qui n’était déjà pas assez grande. Ce financement a été mis à la disposition de l’ancien sénateur par des politiciens en mal de pouvoir frappés d’appétits politiques gargantuesques.

Ce n’est plus l’Haïti d’autrefois, les mobilisations populaires coûtent énormément chères aujourd’hui. Le nombre de personnes sur le macadam dépend exclusivement de la possibilité pécuniaire de celui qui en a fait la demande. Financièrement coincé, Guy se trouve dans l’impossibilité d’honorer ses promesses envers ses troupes avides de tout. Il recule. Il fait marche-arrière. Il fait retrait dans son fief et repose maintenant sur les médias et les réseaux pour poursuivre son combat perdu. Automatiquement, il devient un politicien ordinaire, comme tous les autres il exprime des intentions, mais plus d’actions.

Ses frères-d ’armes de l’Equateur, sur lesquels Guy Philippe reposait une bonne partie de sa stratégie de prise de pouvoir, lui préfèrent Ariel Henry. C’est une décision douloureuse, mais ils n’ont pas beaucoup de choix. Le pragmatisme l’exige bien. Certains d’entre eux, avant de bloquer ces appels téléphoniques, le conseillaient de rejoindre le processus politique. Car, l’international maintient son soutien au premier ministre Ariel, ce dernier paie bien, extrêmement bien. De ce fait, ils n’ont pas l’intention de couper la branche sûre sur laquelle ils s’assoient.

Le cas de Reynold Georges

Reynold Georges

Cela me renvoie à notre fameux avocat, le maître Reynold Georges. Ce dernier, qu’on l’aime ou pas, n’a jamais été un menteur. Il a toujours dit ce qu’il pense tout haut et a constamment assumé ses positions politiques. Il est vrai que Reynold Georges monnaie son allégeance, mais il faut apprécier son franc-parler et le caractère public de ses choix. Au moins, on sait avec qui on a affaire !

L’avocat avait bien conseillé Guy Philippe de s’engager dans des négociations politiques avec l’équipe du premier ministre Ariel Henry avant d’éclater les hostilités. Malheureusement, Guy n’a pas assumé ces démarches qui, pour beaucoup d’observateurs, feraient preuve de grand leadership et du coup projeter une image forte de lui-même. À savoir qu’il n’est pas un violent naturel et un assoiffé de pouvoir. Il était contraint de prendre les armes à partir du refus d’Ariel Henry de lui céder la tête de tout l’appareil national de sécurité pour combattre les gangs. À dire vrai, aucun gouvernement n’accepterait la requête de Guy Philippe, même le dernier des imbéciles.

Le cas de Jeantel Joseph

Jeantel Joseph

Jeantel Joseph, cet homme fort de « L’Agence Nationale des Airs Protégés-ANAP-BSAP », un groupe armé stratégiquement créé dans la perspective de faire face à de potentiels troubles politiques ingérables, a été sommairement révoqué après près de 7 ans à la tête de cette institution. Une mise-à-pied qui était prévisible à cause de son attachement public à Guy Philippe. Le problème avec cette décision politico-stratégique, nécessaire mais tardive, c’est qu’il y a un grand risque à ce que tous les départements géographiques du pays entrent dans la rubrique de « territoires perdus ». C’est une organisation forte d’au moins 25.000 hommes lourdement armés et présente dans tous les 10 départements. Le pire, c’est qu’au moment de la révocation de son directeur général, les recrutements se poursuivaient encore et même aujourd’hui.

S’il est vrai que le gouvernement a placé une commission de plusieurs membres à la tête de BSAP mais la situation reste toujours confuse. Comment vont-ils procéder pour effectivement prendre le contrôle de cette institution ? À rappeler que cette nouvelle crise arrive dans un contexte sanglant ou les « Nations-Unies » viennent de déclarer que 4700 personnes furent tuées au cours de l’année 2023, plus de 2500 kidnappées et 150.000 autres ont été contraintes d’abandonner leurs maisons. Avec 25.000 hommes armés d’armes de guerre lâchés ainsi dans la nature constitue un problème majeur pour le pays. Le danger est urgent et permanent !

Conclusion– Pour finir, les potentiels complices de Guy Philippe qui se trouveraient au sein des forces publiques nationales, l’armée et la police, firent marche-arrière à partir d’un calcul réaliste. Les hommes d’affaires qui finançaient les coups d’état, accusés de financer des gangs et être impliqués dans des activités de drogue et de corruption gardent un « low profile », les politiciens aux appétits politiques gloutons ne sont pas assez riches et sont sceptiques au succès de l’entreprise politique de Guy Philippe. Donc, sans argent, sans armes, sans l’appui politique…la « révolution » est renvoyée aux calendes grecques !

Joel Leon

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