LE SOCIALISME N’EST PAS LA RÉPONSE ADÉQUATE AU PROBLÈME SOCIAL HAITIEN
New York, USA, 02/09/2023 – Un ‘Problème social’, selon les Sociologues américains Robert King Merton et Robert Nisbet, représente
une différence entre les conditions actuelles et les valeurs et normes sociales établies, cette différence
est considérée comme corrigible. (https://www.schoolmouv.fr)
La nature ‘sociale’ d’un problème est caractérisée par son aspect collectif puisqu’il affecte des groupes
de personnes et que les solutions pour le résorber nécessitent des ressources publiques au niveau
politique et économique. (https://www.rfd.fse.ulaval.ca)
Le problème social haïtien date depuis l’affranchissement général des esclaves (1794) et s’installera
durablement après l’indépendance en 1804, à partir des idées deux projets socio-économiques opposés,
à savoir :
– Continuation de la grande plantation parce qu’elle était à la base de l’économie florissante de la
colonie de Saint-Domingue et qui faisait qu’on l’appelait la perle des Antilles. Ce choix
socioéconomique nécessite une main-d’œuvre abondante et dans des conditions de travail
proches de l’esclavagisme. Ce projet était appuyé par les hauts gradés de l’armée et anciens
affranchis noir et mulâtre, les nouvelles élites économiques et politiques, représentant une
minorité de la population ;
– La petite propriété terrienne d’exploitation agricole, l’agriculture de subsistance, voulue par les
nouveaux libres qui, pour eux « Liberté » signifiait aucune obligation de travailler sur les
plantations pour quelqu’un d’autre. Ils voulaient avoir leur propre propriété et travailler à leur
compte. Face aux codes ruraux, à la volonté des nouveaux dirigeants de leur forcer à travailler
sur les grands domaines, ils continueront le « marronnage », fuiront dans les mornes éloignés et
deviendront les masses paysannes, la grande majorité (90%) de la population au départ de la
République d’Haïti.
Cette dichotomie originelle serait à la base de l’émergence d’un pays avec deux sociétés en parallèle :
les urbains (citadins) et les ruraux (les paysans). Les citadins vont contrôler l’État, l’administration
publique, écriront les lois en leur faveur et au détriment des masses rurales. Aussi, verrons-nous que la
quasi-totalité des investissements au développement : écoles, hôpitaux, les édifices de services publics
et privés, les routes, les systèmes d’adduction d’eau potable, l’électricité etc. seront établis dans les
villes ou les zones avoisinantes. La majorité de la population qui vit dans les zones rurales éloignées, sera
oubliée ou comme punie sévèrement tout au cours de l’histoire de ce pays pour la différence de leur
choix.
Ainsi, le problème social haïtien se pose-t-il fondamentalement par l’exclusion sociale qui « se définit
par la marginalisation d’une partie des individus (la majorité de la population dans le cas d’Haïti) d’une
société en raison de différents facteurs et critères sociaux les différenciant au reste de la
population. (Wikipédia)». Ce problème date bien avant l’émergence du socialisme (1820) et la
Révolution Russe de 1917.
Le problème social dans les pays capitalistes émerge à partir de la révolution industrielle qui va créer
deux catégories sociales nouvelles et distinctes : les patrons et les ouvriers dans une relation inégale
caractérisée par l’exploitation des ouvriers, ou travailleur par les patrons, les propriétaires des
industries. Ainsi le problème social dans ces pays est l’exploitation, qui « désigne les violences qui
s’exercent dans les rapports sociaux, particulièrement au travail (Wikipédia)». Les mouvements sociaux
dans ces pays au cours de l’histoire contemporaine vont permettre d’atténuer le niveau d’exploitation
des travailleurs par :
– La réduction des heures de travail ;
– L’augmentation des salaires ;
– Les congés payés ;
– Le code du travail limitant les abus sur les lieux de travail ;
– L’assurance santé et de vie ;
– Le système de pension ;
– Le crédit à la consommation, etc.
Les révolutions communistes visant à éliminer totalement l’exploitation de l’homme par l’homme n’ont
pas pu se maintenir sur la durée, donc l’équilibre semble s’établir plutôt dans la diminution,
l’atténuation de l’exploitation et non sa disparition dans les sociétés actuelles.
En revanche, le problème social haïtien qui est caractérisé par l’exclusion des masses rurales et
urbaines devrait avoir l’intégration sociale comme solution, « qui est le degré d’appartenance à un
groupe social. Un individus s’intègre en partageant les mêmes valeurs et normes et en poursuivant les
mêmes objectifs que ceux de ce groupe dont il est interdépendant » Donc, la voie de résolution du problème haïtien n’est pas de même nature que celui des pays industrialisés, et ne saurait être une
menace ou en contradiction avec le système capitaliste. Cette distinction est, selon nous, fondamentale
pour mieux appréhender la question et pour éviter de nous mettre continuellement en face de puissants
pays capitalistes, comme les Etats-Unis, la France, le Canada, etc. inutilement quand nous cherchons à
sortir de la crise structurelle, et résoudre nos problèmes.
Aujourd’hui le problème de l’exclusion sociale en Haïti ne concerne plus uniquement les familles vivant
dans les milieux ruraux, mais également les masses urbaines. Ces dernières ont considérablement
augmenté avec l’exode rural qui a débuté, particulièrement, au cours des années 1980 à date, à la suite
de la crise et la déstabilisation du monde rural haïtien. Les villes qui représentaient avant la zone
d’intégration sociale par excellence, se sont révélées très limitées à le faire en dehors d’une volonté
politique et un projet de société visant l’urbanisation clairement défini.
Toutefois, selon nous, si on devait procéder à l’intégration sociale en Haïti, il serait nécessaire de le
concevoir pour les deux espaces concernés, à savoir : campagne et Ville.
L’intégration des populations rurales pourrait se faire par des mesures telles :
– Accompagnement technique et financier des producteurs agricoles par des institutions placées à
cette fin ;
– Construction et établissement de plus de barrage et de canaux d’irrigation pour mettre l’eau à
leur disposition ;
– Construction de routes de pénétrations dans les zones rurales, même éloignées pour faciliter la
commercialisation des produits agricoles et artisanaux ;
– Construction d’écoles, de centres de santé à proximité des villages
– Investir dans l’électrification et le développement des systèmes d’adduction d’eau potable, etc.
L’intégration sociale des masses populaires urbaines nécessiterait, par exemple :
– Le réaménagement des espaces urbains ;
– La construction de plus d’édifices pour le logement (appartements), le commerce, les services
publics et privés, écoles, hôpitaux, universités, etc.
– Création des infrastructures de canalisation, d’évacuation des eaux usées, de routes, etc.
– Plus d’investissement dans l’électrification des villes, etc.
Dans les deux cas, tout ceci nécessiterait une administration publique assainie de la corruption, avec une
bonne gestion des fonds publics et un secteur privé qui accepte de se conformer et payer
convenablement leurs taxes. Donc, un divorce aux pratiques traditionnelles et l’adoption de nouvelles
valeurs citoyennes, une autre vision de la nation, d’un nouveau projet de société.
Jhonny ESTOR
Coordonnateur Général du Mouvement
Renaissance-Haïti






