Le président controversé : il a neigé à Port au Prince.

Le président controversé : il a neigé à Port au Prince.

 

« Les K-KOS du Nord partiront de St Suzanne et par un détour de Savane Diane traverseront le département du Centre, déferleront sur la Morne à Cabrit et via une nécessaire bifurcation à la Croix des Bouquets, ils débarqueront finalement à la capitale et prendront Tèt Dwat la direction du Palais National. Sous le commandement du député -général Hugues Célestin »

Par Rony Mondestin, ex-sénateur

 

Cap-Haitien, Haiti – Cela sent du déjà vu à mille lieux. Bruits de manif sur fond de cacophonie et de belles tirades.

A mesure que les heures passent et les alliances pour la conquête du pouvoir se tissent, on s’éloigne de plus en plus d’une transition de refondation et encore plus d’une transition de rupture.

Jamais dans notre histoire récente, un citoyen n’a pu occuper légalement le fauteuil présidentiel en dehors du cadre constitutionnel en vigueur (Cour de Cassation) ou à travers des élections par lesquelles le peuple eut à dire son mot.

Que ces élections soient au second degré à travers les Chambres ou bien directes.

Ce stade atteint et pratiqué dans nos mœurs politiques, dans le cadre du système semi-colonial et semi-féodal en place, marque notre société de ses empreintes.

Je reconnais que son inadaptation, du fait d’abord, de la singerie de nos dirigeants d’un lointain passé, tout aussi par son imposition, a créé de multiples déboires et des malheurs à notre société, et à certains égards freiné son développement tout le long du siècle passé.

Un président élu par un « collège électoral de Grands Électeurs privés » est un accroc grave à la démocratie et une recette dangereuse et farfelue.

Et si d’aventure cette fresque se concrétise, alors nous sommes bien partis pour perdre ce siècle aussi.

Dangereuse, car elle peut créer une « jurisprudence » ou mieux, servir de justification à sa réédition au pire à l’avenir.

Ainsi, un groupe, pour des raisons qui lui sont propres, même justes, peut tenter d’utiliser les mêmes moyens utilisés par les opérateurs du « Mouvement de Montana » pour se hisser au pouvoir ou à défaut, de créer subséquemment des troubles sociaux et politiques qui entraveront la bonne marche des affaires et de la République. Et en finalité provoqueraient plus de misère et de malheur au peuple, aux couches défavorisées en particulier, comme d’habitude.

Farfelue, parce que c’est tout simplement risible, et en plus cette action illustre la pauvreté de la pensée politique haïtienne et met à nu son caractère rabougris.

Elle est incapable de se moderniser, de créer de nouvelles voies de mobilisation et de mécanisme devant permettre la prise en charge de la chose publique par les masses. La « timounisation » des masses est la forme de prédilection et la sempiternelle recette des assoiffés de pouvoir.

Subséquemment, elle prend ou se donne toujours des raccourcis dignes de recettes magiques connues , qui généralement aboutissent à une grande déception chez les masses et augmente exponentiellement le désarroi de la jeunesse en particulier, avec comme toujours, les opérateurs / acteurs UNIQUES bénéficiaires.

Voilà ce que j’entends par jours sombres à la fin de mon précédent texte, et Grand Dieu, je souhaite m’être trompé.

La constante historique est dans toute sa splendeur depuis 48 heures, elle reprend ses droits, mais revêtue d’un tout autre emballage, sophistiqué pour le moins.

Le « Mouvement Montana », comme je le disais hier, est aux commandes. Il pilote le bateau, la poupe au vent, jusqu’ici sans partage, et très récemment s’est joint à lui le « PEN- Modifié » et depuis peu le « GREH » dirigé par le colonel Himmler Rebu.

Hier vendredi, deux lettres de la même teneur sont adressées au Président du Sénat et à celui du CSPJ (Conseil Supérieur Pouvoir Judiciaire), par le « Bureau de Suivi de l’Accord-BSA ». Le BSA de Montana sollicitait le concours de ces deux branches du pouvoir de l’Etat dans la recherche harmonieuse d’une solution à la crise.

Durant cette même journée d’hier, le Sénat a adopté une résolution qui en son point 3 constate, qu’à partir de la date du 7 février 2022, le gouvernement dirigé par le PM de fait (terme utilisé par le Sénat) Dr Ariel Henry, désormais liquide les affaires courantes de l’Etat.

En règle absolue, les résolutions du Corps Législatif haïtien ne sont nullement contraignantes. Le Sénat siège avec un quorum de 20 sénateurs, une résolution du tiers du Sénat en fonction n’a pas de portée politique du point de vue institutionnel. Elle n’a qu’une portée politique politicienne.

La résolution du Sénat, est-elle une réponse à la correspondance du BSA ?

Rien ne l’indique, ceci s’apparente à la mise en exécution d’une action concertée préalablement.

Mais, je comprends bien sa nécessité, elle peut bien aider à faire bouger les lignes. Je ne suis pas en position pour savoir dans quelle direction, puisque nous nous nageons en pratique politicienne. À ce niveau, les convulsions, les déchirements, les beuglements et les coups pleuvent allègrement et de partout.

Ainsi soit-il, puisque justement la pratique politicienne, bonne vieille pratique de la politique haïtienne a pu émerger de l’ombre de laquelle la mort brutale de Jovenel Moïse l’avait placé pour une courte durée, à l’évidence même.

En tout cas, dans le Nord les lignes bougent. IPAM mobilise ses troupes, elles sont placées en condition D depuis jeudi

Elles sont levées depuis hier. L’unique but de cette campagne est l’installation du président élu par les « Grands Électeurs du Collège Électoral de Port au Prince , le 7 février (visionner la vidéo en annexe).

Ce sera la version grand format de ce que les gens de Pétion Ville ont vécu lors du dépôt de pièces du candidat de IPAM (inisyativ patriyot Marien).

Le Marien à l’époque des Indiens est le Nord historique.

Hugues Celestin-(Photo Haiti Liberte)

Les K-KOS du Nord partiront de St Suzanne et par un détour de Savane Diane traverseront le département du Centre, déferleront la Morne à Cabri et via une nécessaire bifurcation à la Croix des Bouquets, ils débarqueront finalement à la capitale et prendront Tèt Dwat la direction du Palais National.

Sous le commandement du député -général Hugues Célestin.

Drôlement, cela me rappelle un fait de notre histoire.

L’entrée triomphale du général Nord Alexis, le vainqueur de Anténor Firmin, à la capitale en 1902.

Il y rentre avec ses troupes, après avoir battu les forces militaires du mouvement Firministe, non sans l’appui des puissances étrangères de la place.

Ce fut « la déroute de l’intelligence » (Roger Gaillard).

Bizarre et étrange hein, l’histoire et sa constante, aux élections privées de l’Accord de Montana, on a pu assister à la déroute de l’EXPÉRIENCE et de l’INTÉGRITÉ.

Le 7 février est dans deux jours, je me souviens de deux autres 7 février : du 7 février 1986 et du 7 février 1991, véritables bouleversements, certes, pas de portée égale mais de dimension émotionnelle égale, selon que vous soyez à Paris ou à Marseille.

L’une porteuse de semence pour le développement de notre pays, l’autre porteuse de faux espoirs et de marches à reculons.

Que nous réserve donc ce 7 février qui s’amène ?

Je ne le sais pas. Je ne veux non plus le savoir.

Ce dont on est sûr : le Premier ministre a déclaré qu’il n’y aura pas un président au Palais National le 7 février 2021, il n’a rien dit sur les autres dates du mois courant.

Ce que l’on sait : le « Mouvement Montana » roule le tambour du grand rassemblement, attendons-nous sous peu au ralliement du SDP.

Ce que l’on perçoit : une formidable pression est exercée sur les signataires de l’Accord de la Primature pour rejoindre ce grand rassemblement pour tous contre personne (si cute ).

Ainsi donc les signataires de l’Accord de la Primature doivent s’estimer heureux qu’une place leur est réservée au sein du Collège Présidentiel.

Ce que je crois déceler : les Américains, maîtres incontestés de tous les camps, ne se résignent pas encore à l’idée d’installer un président en dehors de tout cadre légal, question de maintenir l’hypocrisie (suivez mon regard, Juan Guaïdo du Venezuela).

Ce que je viens juste d’apprendre, les américains seraient enclins à considérer l’installation d’un président, il importe que ce dernier soit un juge de la Cour de cassation.

Ce que mon flair me dicte : une possible négociation entre les opérateurs des deux principaux accords pourrait être à l’ordre du jour au cours de la semaine prochaine.

Ce à quoi nous pouvons nous attendre si, si seulement si, une telle joute “ négociatoire “ est tenue : table rase de tous bords, un Premier ministre de consensus non issu des deux Accords.

On peut bien comprendre ma curiosité pour les tractations politiques haïtiennes, ma curiosité reste vive et alerte, je tente de les décider sans toujours réussir.

Déjà le « Mouvement de Montana » perd très légèrement de sa crédibilité (ce qui va en crescendo d’heure en heure ) .

Steven Benoit et Fritz Jean

Les élections privées en sont un facteur. Les opérateurs du Mouvement devraient en toute logique renoncer à ces élections privées une fois qu’ils s’étaient entendus avec le PEN- Modifié le 11 janvier dernier sur une présidence constituée en la forme d’un « Collège Présidentiel » de 5 membres. La signature des 7 membres de la Coordination du BSA est apposée au bas du document.

A mesure que « le peuple de Montana » (pour paraphraser le sénateur Patrice Dumont) se cherche et se donne de nouveaux alliés, même collatéralement, il y consent même sans informer le public, à modifier son projet de transition, précisément en son pan majeur qui serait de refondre les appareils de l’Etat.

La semaine d’avant, le Recteur J. Lumarque n’avait pas manqué de signaler, dans sa sagesse, l’incongruité de cette affaire de rupture et de refondation de l’Etat durant une période de transition et surtout « SANS MANDAT LÉGAL POPULAIRE ».

C’est que le Mouvement Montana est une force, il n’a pas à écouter.

Et de fait le Mouvement a de puissants alliés. Les plus connus sont le « fou Foote », madame Pamela White, le congressman Levine, le congressman Gregory Meek et une bonne dizaine, sinon plus, de législateurs américains.

Ajoutée à cette liste non exhaustive, une belle brochette de belles têtes haitiano-américaines.

Ceci est définitivement des PLUS indiscutables.

Ajoutons là-dessus, les propres expériences de pouvoir de bien des membres dirigeants du « Mouvement Montana » et des élus sortis des dernières élections privées de dimanche dernier.

C’est dans ce sens qu’il faut bien comprendre que le BSA est composé de 13 membres et sa coordination de 7 membres dont 5 politiques, 5 politiques « madre, madre tout bon wi , pa an jwèt non ».

Le champ d’expérience des membres du Mouvement Montana s’étale, dans certains cas, sur une cinquantaine d’années.

Nous supposons être en de bonnes mains …oui, peut être bien.

Montana-(photo: Le National)

Le « Mouvement Montana » est le produit d’une kyrielle de petites formations de la gauche haïtienne, qui drainent dans leur périphérie une bonne soixantaine d’associations et de petites organisations diverses issues du peuple ou montées par ces formations de gauche.

Il est clair qu’une bonne partie de ces structures n’ont pas de bilan car, souvent elles ne posent aucune action. Bref, ce sont les premiers satellites…

C’est plutôt usuel dans le milieu, mais …

Ce n’est pas trop de dire que le « Mouvement Montana » est une initiative de la gauche haïtienne. Pour moi, cela revêt d’une grande importance.

La semaine dernière, le romancier Lyonel Trouillot a dans une courte note au quotidien « Le Nouvelliste », un peu regretté que le vote des Grands Électeurs ne fut pas assez à gauche.

L’histoire récente nous apprend que, aussi que les opérateurs dévoilés ou calfeutrés du « Mouvement Montana » sont tous, sauf un, sont de la galaxie lavalas.

Un pouvoir est à prendre, on le prend c’est la chance qui passe.

Mais les outils pour sa conquête, que sont-ils ? Qui sont-ils ?

On ne le saura pas, soyez certain.

Dans les conditions économiques générales actuelles de la population.

Dans les conditions si précaires de ses organisations.

Dans les conditions actuelles de notre État, de ses appareils administratifs et répressifs.

Au vu de cette dégradation continue de la production agricole nationale.

Face au désarroi de la jeunesse et à la délinquance galopante de larges pans de celle-ci (je pense ici à ces jeunes vivant dans les zones de non droit et dans la périphérie proche).

Vu la paupérisation lente et sûre des couches moyennes populaires.

Vu la fuite scandaleuse de dizaines de milliers de jeunes vers des cieux plus cléments au prix même de leur vie.

Comment une coalition de petites formations de la gauche (sauf l’OPL, bien sûr, qui ne répond pas à cette classification), fusse même avec le support d’une frange dynamique, mais bien loin d’être une force motrice, peut-elle prétendre prendre le pouvoir et l’y exercer dans ces conditions et à travers une formule si scabreuse ?

Forcément, elles seront obligées de se donner des moyens très orthodoxes, sinon dévoyés, propres à la droite. Ce pouvoir ne peut être pris qu’avec l’appui et le consentement des Etats Unis d’Amérique.

Que l’on ne vienne pas nous raconter des bobards, genre transition de rupture.

Pourquoi ne pas s’organiser mieux, bâtir avec les concernés un programme minimum, et s’engager unitairement à aller aux élections pour décrocher un mandat populaire et légal de 5 ans, comme le font toutes les gauches coalisées de l’Amérique latine ?

Franchement, c’est à ne rien comprendre. En outre, ou est l’analyse sur notre économie et l’état des classes sociales fondamentales, analyse à partir de laquelle la gauche s’élance dans cette opération.

Sur quelle force nationale, autonome, cet édifice de transition de la gauche s’appuiera-t-il pour appliquer sa politique de transition une fois le pouvoir conquis…… ou remis ?

Aristide, 1990

Le pays doit se rappeler qu’en 1990, une très active nébuleuse adoubée d’une myriade d’organisations, elle se faisait le chantre de la lutte anti-néo-libéral. Cette nébuleuse, avec le support d’une multitude d’organisations du peuple (acquise à la lutte contre le libéralisme, et ce du fait de ses conditions objectives d’existence) a obtenu un vote si populaire en grand nombre, que la réaction et ses appuis internationaux ont eu peur, ils ont réagi de la manière la plus brutale qui soit. Je fais l’impasse ici sur les prétextes fournis par le pouvoir d’alors vue ses horribles et inquiétantes déviances.

Dès la fin de l’année 1994, ces bonnes gens se sont employés avec effervescence à brader tout le patrimoine industriel de l’Etat. (On devrait et on pouvait mettre de l’ordre dans ces boîtes et à la rigueur établir des sociétés mixtes).

Aujourd’hui ce sont des petites organisations de gauche qui se parent de la même nébuleuse ou de ses restes ou encore des éléments issus de sa reproduction (cette nébuleuse qui porte une grande responsabilité à côté des tenants du pouvoir, de l’état actuel de notre pays.) de cette gauche agrémentée d’organisations revendicatives à tout va, se lance dans une aventure politicienne, tout en ayant conscience de la nature et de la finalité de leur action. Vu la route empruntée et vu l’utopisme, d’abord, et la dénaturation, par la suite, du projet initial. Ce sera, je regrette de le dire, le pouvoir pour le pouvoir.

Aussi simple que cela.

Qui en voit d’autres finalités ?

Car, à l’issue de toutes ces tractations politiques, que restera-t-il du projet ?

Quand à cette nébuleuse, amie de tous, anti parti politique, agrippée à ces formations de gauche au niveau de contact personnel avec les dirigeants, équilibriste adroit (e), feux follets de la gauche, elle est au service d’elle-même, elle n’en a cure, c’est toujours aux masses de payer les frais des opérations aventuristes .

Qui a bien mené la politique de libéralisation— départ volontaire (nou sonjé )?

Qui a mené à terme la liquidation du patrimoine industriel national ?

Qui a donc tout libéralisé ?

Il faut être bien populaire …et anti peuple pour le faire

Il faut bien être un habile roublard et cynique redoutable pour le poursuivre.

 

Rony Mondestin

5 février 2022

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