Le présent, l’avenir des gangs en Haïti!
Par Joel Leon
La multiplication des gangs lourdement armés est l’expression d’un malaise social et économique très profond qui donne une idée visible de ce que demain sera fait.
Désormais, le phénomène du pullulement des gangs armés n’est plus une affaire de la capitale, Port-au-Prince. Il est devenu une urgence nationale. La police, la seule force publique du pays, est dépassée par la volonté d’exister des groupes armés. Plus on les exécute, plus on les met en taule, plus on les torture…plus ils se multiplient.
Cela signifie que nous sommes en face d’une anomalie sociale générée par la perversion du système régulateur national. Cette perversion étatique, de plus de deux siècles, pousse les victimes, ayant le dos au mur depuis des années, à rejeter l’ordre établi, qui est fondamentalement féroce envers eux. En créant un royaume dans lequel les membres des gangs se perçoivent comme des hommes dotés d’une capacité de punir atrocement l’ordre socio-économique extrêmement perverti.
Au sein des gangs, qui sont composés presqu’exclusivement de jeunes, il y a une nouvelle réalité qui se développe. Ils sont introduits à la jouissance de l’autorité qui leur manquait énormément. Maintenant, avec ce sentiment de puissance évident, qui les procure de la méfiance pour ne pas dire du respect, aussi de l’argent, beaucoup de femmes…et surtout de la publicité, parce qu’avant ils n’existaient pas. Aujourd’hui, leurs voix retentissent régulièrement sur les puissantes ondes hertziennes. Les gangs sont là pour rester !
C’est pourquoi ils sont partout. Ces jeunes n’ont plus peur, pour répéter Alexandre Legrand : « Quiconque conquiert la peur, conquiert la mort ». La police nationale est aux prises avec des vétérans de guerre à l’échelle nationale. Les ghettos sont devenus une source d’inspiration. Ils élisent leurs propres présidents/sénateurs/députés/magistrats…ils créent leur propre monde qui opère sous leurs lois et ne répondent qu’à leurs intimes caprices. Ils sont gâtés par cette aventure surréaliste qu’ils ont savamment créée, ils ne céderont cette position de privilège que par les armes.
Les chefs de gangs, quoiqu’originalement créés et alimentés dans le but de satisfaire certains appétits politiques, présentent clairement leurs autonomies. Ils ne sont fils de personne. Ils font des alliances et mésalliances en fonction de la réalité de l’heure. Ils supportent le pouvoir quand c’est nécessaire, Ils se désolidarisent quand ils ne sont pas contents. Ils manipulent et font chanter les puissants de la bourgeoisie comme du pouvoir politique en les menaçant de changer de camp. Les bourgeois/politiciens, en désespoir de cause, s’inclinent. Ils passent du dilettantisme à la maturité. Ils s’imposent !
À partir de ce moment, les gangs ne sont plus des groupes disparates et déracinés, ils deviennent des mercenaires classiques. Ainsi, ils seront toujours en demande. Parce que, les forces politiques et économiques étant trop timides pour s’affronter directement, cela justifie l’existence des « Proxys » pour mener leurs sales guerres. Donc, les gangs armés !
Le problème des riches c’est que chaque quartier huppé des hauteurs de Kenscoff…s’est doté au fil des années, d’un puissant bidonville. L’ensemble des bidonvilles est transformé en ghettos, c’est-à-dire l’atteinte de la prise de conscience sociale nécessaire pour prendre leurs destins en mains. Prochainement, les ghettos naîtront et éliront leurs chefs de guerre. 
Donc, Pétionville aura à faire face au puissant ghetto de « jalouzi », c’est le même scénario pour la zone du canapé-vert, Juvénat…Les riches des hauteurs vont goûter le quotidien des habitants de Martissant/Granravine/Lasaline/Raboteau/Bas-delmas/Savien/Marchand-Dessalines/cité soleil…pour ne citer que ceux-là.
On a remarqué une recrudescence vertigineuse du kidnapping dans le pays durant ces dernières semaines. Les stations de radio n’en parlent pas vraiment, une façon d’étouffer la nouvelle pour ne pas dérailler le climat social, surtout en période carnavalesque. Car, Ariel Henry, en grand opportuniste, a déjà annoncé le maintien du carnaval pour cette année, et ceci en dépit de la rudesse de la situation générale du pays.
Le carnaval génère beaucoup d’argent pour les directeurs des médias cupides. C’est du fait qu’après avoir pillé les quartiers périphériques des maigres richesses dont ils disposaient, il n’en reste pratiquement rien. Il faut s’inventer et réinventer. Le kidnapping s’impose comme le choix idéal. Ce qui marque le début d’une autre dimension du phénomène des gangs. Quand ils n’auront plus rien à manger dans les ghettos, ils vont se coller les dents aux fesses des riches des beaux quartiers d’en haut.
Si cela continue, Haïti sera la première république de gangs dans le monde !
Joel Leon






