Le Naufrage du “Bateau de Clauvis” : Enfin La Vérité est Connue
Une aventure singulière. Des pleurs inconsolables. Un doute de 29 ans. C’est la dure réalité qu’a vécue une pléiade de familles du Grand Nord d’Haïti. Sandwichés entre l’espace et le temps, les proches de 388 âmes disparues en mer n’ont jamais eu de nouvelles rassurantes sur les faits ; ni le pourquoi ni le comment n’ont été sus.
Les rumeurs furent variées : les plus imaginaires ont accusé les simbis, les plus ésotériques ont cru plutôt à une offrande au diable, tandis que les plus réalistes ont théorisé sur un naufrage provoqué. Pourtant, la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress) des USA détient des données convaincantes sur cette noyade collective d’avant Noël 1992.
Ce fut le soir du 20 décembre 1992, en plein coup d’État, que le capitaine Clauvius ordonna à ses marins de jeter l’ancre ; ils partirent non loin de la Basseterre, l’Ile de la Tortue, en direction de l’État de Floride. Il y eut au total 396 personnes à bord ; toutefois, le bateau, la Vierge Miracle, n’avait été conçu que pour une soixantaine de voyageurs. Surchargé, l’eau a infiltré le navire depuis la nuit de l’embarcation, selon plusieurs des 8 rescapés. Têtus, les marins, malgré les cris des passagers, ont continué sans crainte.
Le lendemain 21 décembre 1992, en plein jour, le bateau a submergé non loin du Canal-du-Vent. 388 des 396 passagers ont péri, les 8 survivants ont été en majorité des navigateurs, voire des grands nageurs. Parmi eux, quelques-uns ont été recueillis par les garde-côtes cubains de l’Orient (del Oriente) et les autres par les américains.
De retour en Haïti, les miraculés se sont mis à couvert par crainte de représailles ; car, étant surtout des marins, les rumeurs sur la probable offrande au diable furent trop persistantes. Clauvius, le propriétaire du bateau ne voyageait pas ; il s’est offert une maison à Péguy Ville et il y vit depuis dans le plus grand secret.
Le naufrage de la Vierge Miracle demeure l’accident nautique le plus navrant que le Grand Nord a connu au 20e siècle ; cependant le Bas-Limbé, seul, a vu périr 55 personnes, soit 14.2% du nombre de disparus.
La Noël de 1992 fut l’une des plus affligeantes d’Haïti. D’ailleurs, il y eut un coup d’État sanguinaire en plein essor conduit, l’an antérieur, par le général Raoul Cédras. Et pour cause, des étudiants, des agriculteurs et des professionnels haïtiens se sont engagés dans de misérables aventures. Enfin, le mystère du naufrage de la Vierge Miracle est percé. On sait que ce navire a pu traverser à peine le Canal-du-Vent avant de plonger.
Ainsi soit-il !
Jean-Rony Monestime Andre
Références :
UPI Archives. (1993). Suvivors of sunken refugee boat tell story.
Voici la liste des 55 disparus de Bas- Limbé :
1. Ulrick Brunvert, (Jacquelin)
2. Ronel Thiogène
3. Dévilson Jasmin
4. Nécius Panneaux Titus
5. Jocelyne Bitard (Man Reston)
6. St-Luck Désir
7. Therilus Dervis (Tchè)
8. Legrand Orné
9. Kenston Julsaint
10. Leslie (Kannouk) Julsaint
11. Quirinise Julsaint
12. Elvius Pierre
13. Jean-Mary Dervius
14. Elta Claccémus
15. Ton de Corail
16. Albert Joseph (Granvil)
17. Tchotcho Orné
18. Tchotcho Ogé
19. Délourdes de Maria
20. Jocelyne Pierre
21. Marie-Jeanne Méhu
22. Vilsaine Pierre
23. Rosemène Saincyr
24. Thélamy Titus
25. Ekchille Titus
26. Souril Pierre
27. Renand Joseph
28. Wilfrid Joseph
29. Ulrick Jasmin (Ti-Bourik)
30. Erich Etienne
31. Jodesty Jean-Baptiste
32. Lusette Jean-Baptiste (B.boune)
33. Dilus Mélus (Titon)
34. Joseph Julsaint (Justin)
35. Olias Orné (Sósòn)
36. Willy Etienne
37. Saint-Aubert Desrosier
38. Jean Willy Davilmar
39. Clautilde Davilmar
40. Islande Georges
41. Boular Georges
42. Nannou Georges
43. Théomas Jasmin
44. Ynévil Jasmin
45. Silotte Sainsurin.
46. Rony Pierrot
47. Éberne Alexis
48. Ange-Marie Florestal (Mme Orphila)
49. Arilia Florestal
50. Marcorel Joseph (Dèdè)
51. Antoine Orné (Pènènè)
52. Yolette Mathieu
53. Wilfrid Charles
54.Joseph Prophète (Abolo)
55. Chanoine Florestal






