LE JEU DE CHANTAGE NORD-COREEN!

LE JEU DE CHANTAGE NORD-CORÉEN
Par Ducasse Alcin
Joe Biden vient tout juste de recevoir son baptême de feu par une salve de deux missiles balistiques que l’armée nord-coréenne a lancés au début de cette semaine et qui se sont écrasés non loin des côtes japonaises.
Isolée sur le plan international, la Corée du nord fait toujours ostentation de sa puissance de feu comme moyen de se signaler au reste du monde.
En réaction, Washington a, dans un premier temps, tenté de minimiser cette action, mais au cours d’une conférence de presse, Biden a pris un ton plus ferme pour dénoncer le lancement de ces missiles qui, selon ses propres termes, pourrait entraîner de sérieuses conséquences pour le régime de Pyongyang.
Pour ceux qui sont accoutumés aux tactiques nord-coréennes–devenues désormais récurrentes-ils comprennent bien vite que ces tirs de missiles entrent dans le cadre d’un jeu de chantage pour lequel les dirigeants nord-coréens se sont révélés maîtres. Car, ils l’ont toujours utilisé avec un certain succès .
Dans cette analyse, je me propose de vous montrer comment la Corée du nord s’en est prise pour brandir ses menaces nucléaires afin de tirer son épingle du jeu, de manière à sauvegarder son régime stalinien. Et dans un deuxième temps, je tâcherai de vous montrer aussi pourquoi ces tirs de missiles peuvent ne pas trop inquiéter Washington.
Laissez-moi d’abord vous présenter un petit épitome de l’histoire des deux Corées. Ces deux pays se partagent la même péninsule comme Haïti et la République dominicaine. Ils se sont scindés après la deuxième guerre mondiale, en 1945. Alors que le sud est resté sous l’égide des américains, le nord lui, est passé sous contrôle des communistes soviétiques.

Drapeau de la Corée du Nord
Mais en 1950, Kim il sung—-grand-père de l’actuel président Kim Jong un— et l’armée dont il avait la commande avaient décidé de traverser le 38ème parallèle qui servait de frontière entre les deux pays. Cette décision a déclenché une guerre impliquant les deux Corées , les Etats-Unis, l’URSS et la Chine; les deux derniers ayant eu une participation plutôt logistique dans la guerre en fournissant à la partie nord armements et appui à l’entraînement
La guerre était de courte durée certes, mais astronomique en termes de pertes en vies humaines. En effet, elle a ravi plus de cinq millions de personnes! Même si les hostilités ont été stoppées depuis 1953, techniquement les États-Unis et la Corée du nord sont toujours en guerre puisqu’aucun traité d’armistice n’a été officiellement signé entre les deux pays.
Ayant pu échapper à la machine de guerre américaine, Kim il sung , bombant le torse, s’est cru avoir les coudées franches pour pousser ses ambitions plus loin s’il voulait que son pays survive. Cette survie, le régime croit pouvoir la trouver dans l’obtention de l’arme atomique—-un privilège qui échoit à un groupe restreint de quelques pays et qui garantit un certain respect.
Mais le programme nucléaire nord-coréen n’allait être pris au sérieux qu’en juin 1994 lorsque les satellites espions américains ont révélé des images montrant les nombreuses installations où la Corée du nord s’active d’arrache-pied à produire le plutonium, élément principal dans la fabrication de l’arme atomique.
De telles révélations ont mis Washington en branle-bas. La crise qui en est résultée était si prégnante que Bill Clinton, alors président, a dû numéroter ses abattis en faisant appel à son haut état-major de l’armée afin de tailler des croupières au projet de Pyongyang.
Pressuré d’établir un plan, William Perry, ministre de la défense, en a élaboré un comprenant deux options : la première visant à forcer le conseil de sécurité des Nations Unies à adopter des sanctions sévères à l’encontre des Nord-Coréens. Mais, vu l’urgence de l’heure, on avait compris que les sanctions à elles seules ne serviraient pas à grand-chose. Il restait donc la deuxième option qui est celle de la force. Baptisée d’un nom de code “op plan 5027”, cette opération militaire envisageait le bombardement de ces installations avant que la Corée du nord parvienne à mettre la main sur la bombe effroyable.
L’information ayant bruité, Kim Jong-Il, que son père avait placé à la tête de l’armée avait mobilisé le long de la zone démilitarisée des dizaines de milliers de troupes et de blindés. Cette manœuvre s’est avérée payante dans la mesure où elle a forcé l’administration de Clinton a faire une halte sur cette stratégie.
La maison blanche a mis un bémol sur le plan lorsqu’elle a compris qu’une action militaire à l’encontre des Nord-Coréens aurait eu pour conséquence de placer la Corée du Sud  tout droit dans la ligne de mire des forces de Kim Jong Il. Ce qui risquerait d’entraîner la mort des centaines de milliers de victimes collatérales en Corée du sud, d’autant qu’il y a plus de 100 000 américains vivant dans ce pays. Le risque étant trop grand, il fallait privilégier la voie diplomatique.
C’est là qu’entrait en jeu le talent diplomatique de Jimmy Carter qui se porta volontaire lors d’un voyage en Corée du Nord qu’il qualifia d’initiative personnelle, pour essayer de désamorcer la crise. Il finit par persuader Kim il Sung de stopper son programme d’enrichissement d’uranium, moyennant une aide alimentaire importante de la part des États-Unis.

Au moment où les tensions s’exacerbaient Carter a décroché le téléphone pour annoncer la nouvelle à Bill Clinton en personne. Ce moment est célébré comme une occasion où le vieux dinosaure nord- coréen, Kim Il Sung, celui qui avait engagé ses troupes dans la guerre contre les États-Unis, optait pour la paix. Il détesta peut-être l’horreur de la guerre pour l’avoir vécue lui-même.

Jimmy Carter et King IL Sung (photo: History News Network)
À partir de ce moment commence le jeu de chantage pour les Nord-Coréens. Ils ont su déceler une sorte d’appréhension de la part de Washington à s’engager dans une épreuve de force contre leur pays. Non pas parce que les forces Américaines  ne sont pas capables de miniaturiser celles des Nord-Coréens mais parce que tout simplement les Americains redoutent toujours d’entrer en guerre avec des pays qui peuvent causer la mort à des civils américains. Ce serait très mal vu dans l’opinion publique. C’est peut-être la même raison qui explique pourquoi malgré le bras de fer qui les oppose à Cuba, les américains n’ont jamais osé attaquer ce pays, étant donné sa proximité avec les côtes de la Floride.
Au moment où les négociations allaient bon train, Kim Il Sung a perdu le goût du pain suite à un arrêt cardiaque massif. Et pour ne rien arranger au cours de la même année( 1994) une grande famine, emportant dans son sillage près de 3, 5 millions de personnes, avait frappé le pays. C’était si affreux que certains Nord-Coréens se seraient livrés au cannibalisme pour ne pas mourir de faim.
Pour remonter la pente, il leur fallait des devises étrangères pour s’acheter des produits de première nécessité. Les sanctions économiques empêchaient le flux de devises étrangères, dont le billet vert sur le territoire Nord-Coréen. En de nombreuses occasions, le pays a toujours utilisé les mêmes tactiques : procéder soit à des essais nucléaires soit à des tirs de missiles dans la mer du Japon; question pour elle d’amener les Américains à la table des négociations.
Dans un sommet avec son homologue Sud-Coréen, en l’an 2000, Kim Jong Il, avait confié à l’un de ses interprètes, qui lui citait les conditions imposées par les États-Unis pour l’allègement des sanctions, que son programme nucléaire et les missiles balistiques sont les seuls moyens persuasifs pour ramener les États-unis à négocier avec lui.
Appeler le chantage ou non cette méthode a toujours marché, car en octobre 2000 Madeleine Albright la cheffe de la diplomatie américaine à l’époque s’est rendue en Corée du Nord en personne pour jeter les bases d’un sommet pour la paix entre les deux pays.
Malheureusement, ce sommet ne s’est jamais concrétisé pour deux raisons: le changement de parti politique à la tête de la maison blanche et les événements du 11 septembre. La nouvelle administration de George Bush s’engageait en effet dans une rhétorique de guerre avec le régime des Kim, classant leur pays sous le paradigme de l’axe du mal.
Donc on l’a vu, la Corée du Nord s’est toujours servie de son programme militaire comme une sorte de pression pour forcer les États-Unis à satisfaire certains de ses désidératas. Dans la plupart des cas, on peut dire que cela a marché pour eux. Mais cette fois-ci les menaces risquent de ne pas être prises au sérieux. Pourquoi?
Parce que l’ouest a finalement compris que le régime des Kim n’a pas la volonté réelle de renoncer à quoi que ce soit. Ils préfèrent mourir au lieu de perdre le privilège d’appartenir au club des huit pays détenteurs de l’arme atomique.
KING JON UN and JOE BIDEN (Business Insider)
La Corée du N  continuera peut-être toujours avec ses lancements de missiles, mais elle ne prendra jamais le risque suicidaire d’appuyer en premier sur la gâchette, car elle sait qu’en attaquant la Corée du Sud  elle risquerait de déclencher le courroux de l’omnimessie. Kim Jong-Un aura beau se montrer pétulant mais ce n’est pas à un vieux singe comme Biden qu’il forcerait la main, lui qui a passé plus de huit ans dans le secret des dieux et qui sait mieux que quiconque ce que c’est qu’un jeu de chantage.
Ducasse Alcin

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