Le Groupe Fantom-509, Victime de l’Absence d’une Direction Politique Adéquate !
Par Joel leon
Tout groupement armé dépourvu d’une direction politique, s’inscrit inévitablement dans la démarche classique du mercenariat. Son imminente disparition dépend de la maturité politique du camp adverse qui exerce l’autorité temporelle de l’État. Fantom-509, dans sa conception comme dans son mode opératoire, ne saurait être qu’un « mort-né ».
Thomas Sankara, l’un des plus grands leaders tiers-mondistes, l’avait bien compris et le traduit avec une rare éloquence, quand il s’écria qu’un « militaire sans formation politique n’est qu’un criminel en puissance ».

Il est unanime que beaucoup de secteurs socio-politiques de la vie nationale souhaitent l’écart du régime rétrograde au pouvoir. Cependant aucun patriote avisé et expérimenté ne supportera jamais la continuité de la débandade au pouvoir en Haïti à travers d’autres individus.
L’étrange groupe « Fantom-509 », en dépit de la justesse de leurs revendications sectorielles, n’a pas fait la grande foule au niveau de la petite bourgeoisie, sans laquelle aucune réforme n’est possible.
Le caractère sectaire des demandes du groupe démontre clairement les limites trop étriquées de leur mouvement. Et la Police Nationale d’Haïti (PNH), la seule force publique légalement constituée du pays, reflète tous les malaises d’une société en crise. Ce qui est normal, car la réalité actuelle est l’expression profonde d’un système essoufflé qui n’a jamais été au service de la nation. Toute tentative de résoudre unilatéralement les problèmes institutionnels de la PNH, sans prendre en compte les méandres de tous les autres secteurs, incluant celui des affaires, ne fait que compliquer une situation qui est déjà au bord de l’explosion.
L’absence ou l’inadéquation d’une direction politique d’accompagnement au groupe « Fantom-509 » fait beaucoup de torts. Car, elle fera comprendre aux policiers contestataires que leurs revendications ne seront satisfaites que si elles sont liées aux récriminations nationales. Il n’y a pas un problème intrinsèque a l’institution policière, le pays fait face a une crise généralisée qui exige des réponses plurisectorielles. En ce sens, les policiers comprendraient qu’il faut mener le combat de commun accord avec les autres secteurs pour renverser l’obstacle commun, qu’est le régime politique au pouvoir.
En conséquence, « Fantom-509 » deviendrait un élément incontournable à partir d’un accord stratégique avec les autres secteurs impliqués dans le combat pour renverser Jovenel Moïse et sa clique. J’ai bien dit, “un accord stratégique”, car l’institution policière doit rester en dehors de l’ambiance politique afin de pouvoir accomplir sa mission de « protéger et de servir » dans la totale impartialité.
Alors automatiquement, les policiers s’attriburaient des tâches politiques de soutien au mouvement de contestation populaire. En mettant fin à cette absence de direction politique éclairée qui condamne le mouvement des policiers à l’échec, le pays tout entier connaîtrait un nouveau souffle.
Mais jusqu’à date, quel gâchis, constate-t-on !
C’est là le plus grand déficit de l’actuelle classe politique. Elle ne priorise pas assez les grands principes organisationnels qui changent le destin des peuples. S’il est vrai que la génération de l’après 1986 n’avait pas pu créer cette grande organisation politique d’espérance populaire, mais, tout au moins, elle avait le mérite d’avoir transféré une partie de leur savoir-faire à une importante frange de jeunes militants issus des milieux populaires.
Malheureusement, le Département d’État américain avait pu arriver, habilement, à démanteler les réseaux opérationnels de ces groupes avant-gardistes… Je suis fier d’avoir fait partie de cette génération militante.Elle avait cette dextérité d’entrelacer la théorie et la pratique à travers des exercices subtiles, certes, mais très prolifiques en termes de réactions positives.
Le groupe « Fantom-509 », n’avait pas beaucoup de chance de gagner le bras de fer qui l’opposait à la hiérarchie de la PNH, soutenue par l’ambassade américaine. Non seulement le groupe opérait dans un folklorisme mystique, qui affaiblissait sérieusement sa crédibilité auprès de la population, aussi il avait fait preuve d’un amateurisme primaire d’improvisation infantile face à un pouvoir si méthodique quand il s’agit de pratiquer la répression aveugle. Toutes ces carences stratégiques et tactiques minaient les combats visant le triomphe de leur cause.
Il y a une constante qui reste incontournable au cours d’une lutte politique. Au fur et à mesure que l’affrontement perdure, les groupes impliqués acquièrent toujours de l’expérience, un acquis qui est nécessaire à son mûrissement et qui se traduit pratiquement par une grande maturation politique et stratégique. C’est ce qui est arrivé à Jovenel Moïse. Car en faisant face à la contestation permanente de l’opposition, une certaine homogénéité et un esprit de corps se sont développés chez-lui et son équipe. Ainsi sa griffe sur le pouvoir ses renforcée.
J’ai appris, d’une source digne de foi, que Jovenel Moise reçoit régulièrement des conseils venus d’anciens membres du défunt “Parti Unifié des Communistes Haïtiens (PUCH)”. Je promets de revenir sur ce sujet, car la source m’a divulgué des noms, des personnes que je fréquentais après le départ de Jean Claude Duvalier, en 1986. Donc, Jovenel Moise est en train de jouir d’un support technique et politique de hauts calibres.
A partir de simples observations, on se rend compte que politiquement parlant, Jovenel Moise est devenu plus habile, en termes de stratégie et du discours politiques. D’abord, le régime arrive à sécuriser temporairement son maintien au pouvoir par le soutien de la nouvelle administration américaine. Ensuite, il arrive à renforcer son système de sécurité par l’intermédiaire de Léon Charles, avec la militarisation de la seule force publique nationale.
Jovenel Moise a pu, dans l’intervalle, recruter certains éléments importants qui faisaient partie de l’opposition. Ces gars-là lisent avec exactitude les faits et gestes de leurs anciens collègues. Finalement, le président de facto a lui-même pris la tête du combat psychologique en maintenant une présence régulière dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux.

Quel est le constat à cette phase cruciale de la crise, l’hétéroclite groupe « Fantom-509 », à défaut d’une direction politique adéquate, a tout simplement disparu, pour ne pas dire en cavale. « Historiquement, quand on n’avance pas, on régresse, c’est une loi de la nature. La répétition est bénéfique uniquement quand elle est établie comme un système ».
« Fantom-509 », à l’image de l’opposition politique, ne cessait de tourner en rond. Ce sont les mêmes méthodes qui reviennent. C’est la première fois dans l’histoire d’une lutte politique ou tout esprit de créativité est absent. Le régime a exploité cette faiblesse à fonds.
Jovenel Moise déplace des pions comme un joueur d’échecs. Il ne donne rien pour rien. Pour lui, tout est temporaire et réversible.
L’adversaire acharné aujourd’hui peut être l’homme sûr de demain. Jovenel croit que tous ceux qui sont actifs dans l’opposition sont à la recherche de petits pains. A l’exception d’une poignée d’entre eux. Il ne prend plus l’opposition au sérieux. Il croit que tous les leaders de l’opposition se rendront aux élections au moment opportun.D’ailleurs, les perpétuels candidats à la présidence, par personne interposée, ont déjà établis des contacts pour s’informer sur le financement des organisations politiques qui auront à prendre part aux élections.
Jovenel a déjà demandé au ministre de l’Economie et des Finances de doubler la somme qui sera allouée aux candidats, plateformes et partis politiques.Maintenant, les membres du « Fantom-509 », la seule force qui arrivait vraiment à secouer le régime dictatorial de Jovenel Moise depuis la période de « Pays Locked » à aujourd’hui, sont traqués de toutes parts.
Et ce que le commun des mortels peut constater aisément, Jovenel Moise et ses ouailles, ne croient pas aux grands principes de la démocratie. Ils croient aussi que seule la force pérennise le pouvoir politique en Haïti. Pour être honnête, ils n’ont pas tout à fait tort, la force a toujours primé sur les principes dans ce pays.Ce qui est encore plus dangereux, l’international fait aussi la même lecture: Abelson Gros-nègre a été cité nommément par des diplomates pour qu’il soit maîtrisé.

La chasse aux sorcières, mentionnée plus haut, se poursuit. Le processus de la militarisation de l’état-major de la police bat son plein. Léon Charles ne plaisante pas. Il est conscient que le rapport des forces est en sa faveur. Il bondit sans regarder en arrière ( c’est là une grave erreur de sa part ). L’argent coule à flots. Les promesses aux policiers se multiplient. Le directeur général de la PNH donne deux choix aux dissidents : l’exil ou la prison. Et en cas de résistance, c’est la mort !

Le groupe « Fantom-509 » a été mal conseillé. La stratégie, s’il y en avait une, était vide et disloquée. Ce groupe était condamné à finir dans la débandade, dès sa naissance. Bien que armé et jouissant d’une forme de légalité, ses membres se comportaient comme de vulgaires chefs de bandes armées. Tous les secteurs rebutaient les pratiques anarchiques du groupe. C’ était un orphelin dont personne ne prenait la défense. Sa condamnation était unanime. Les politiciens cachés derrière eux n’ont pas de « brains ».
Joël Léon





