Destin Implacable : L’Exécution de René Péan et la Chute de Lemoine et Madiou


Boukan News, 02/19/2024 – René Péan, un entrepreneur de pompes funèbres, fut accusé du meurtre d’un membre du corps des Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN). L’assassinat s’était déroulé en plein jour, sous les yeux de témoins horrifiés. Péan, pris sur le fait, avoua immédiatement son crime et plaida coupable.
Après son arrestation, il subit de terribles mauvais traitements en détention. Son épouse, bouleversée, se rendit à Port-au-Prince pour plaider devant les autorités qu’il s’agissait de légitime défense. Contre toute attente, celles-ci ordonnèrent sa libération. Mais au Cap-Haïtien, la nouvelle déclencha une tempête de rumeurs. On murmurait que la femme de Péan avait déboursé une fortune pour obtenir la clémence des autorités.
Furieux, le commissaire du gouvernement Jean Valbrun décida d’agir. Il se rendit à Port-au-Prince pour convaincre personnellement le président François Duvalier que René Péan était un opposant dangereux et un ennemi juré du VSN. Il affirma que laisser Péan en liberté après avoir tué un membre du régime enverrait un message dévastateur et saperait le moral des forces de sécurité.

Duvalier, sensible à ces arguments, consulta ses plus proches collaborateurs : le lieutenant-colonel Joseph C. Lemoine, commandant du département militaire, et le chef de la police, Serge Madiou. Les deux hommes ne laissèrent aucun doute : il fallait faire un exemple. L’exécution publique de Péan serait une démonstration de force, une leçon à tous ceux qui oseraient s’attaquer à l’autorité de l’État.
Le président Duvalier donna son accord pour l’exécution publique.
Un Jugement Sommaire et une Exécution Sans Appel
Jean Valbrun organisa alors un « comité civilo-militaire » composé de lui-même, du préfet de l’arrondissement Louis Durand, du colonel Charles Lemoine et du capitaine Serge Madiou. Ce tribunal d’exception, dépourvu de toute légitimité légale, prit sa décision en quelques instants. Péan devait mourir.
La veille de son exécution, une rencontre brève mais lourde de sens eut lieu entre Péan et ses bourreaux. Le matin suivant, le destin du condamné fut scellé.
Une photographie de l’époque immortalisa le moment : le père Coignard, curé de la cathédrale, entouré de Tontons Macoutes, recueillait la confession de Péan. Robert Cox, chef de la milice du Cap, attachait le condamné au poteau d’exécution, sous le regard impassible d’un milicien surnommé Ti-Raymond. Peu après, le lieutenant Roland Chavannes arriva avec son peloton d’exécution.
Le mardi 16 février 1965, René Péan fut sommairement fusillé. Il n’y eut pas de procès formel, mais son crime avait déjà été avoué et corroboré par des témoins. Aucun juge, aucun avocat, aucun jury ne furent présents. Son sort avait été décidé bien avant qu’il ne puisse espérer une quelconque clémence.
Le Retour du Destin : La Chute de Lemoine et Madiou

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Deux ans plus tard, le 8 juin 1967, le même régime que ces hommes avaient servi avec zèle se retourna contre eux.
Le colonel Joseph C. Lemoine et le capitaine Serge Madiou furent accusés de complot contre le président Duvalier. Jugés dans une parodie de justice encore plus expéditive que celle qu’ils avaient orchestrée contre Péan, ils furent condamnés à mort. Leur exécution eut lieu avec une brutalité implacable, comme un écho sinistre de leur propre passé.
Ainsi, ceux qui avaient condamné Péan au nom de la loi du plus fort furent eux-mêmes broyés par la machine répressive qu’ils avaient servie. L’histoire, implacable, avait bouclé la boucle.
Leur destin fut la preuve éclatante qu’en Haïti, sous Duvalier, personne n’était à l’abri de la terreur—pas même les serviteurs les plus fidèles du régime.
Wilner Nau





