Le dernier combat.

Le dernier combat.

Esau Jean-Baptiste

Boukan News/11/12/2023 – C’est l’histoire d’un ancien activiste, militant politique qui, pour commencer, très jeune, avait mené la lutte pour le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier, le 7 février 1986.

Puis, du mouvement « rache manyòk bay tè an blanch » en 1987 contre le régime militaire, version CNG, (Conseil National de Gouvernement), ce jeune militant politique avait failli laisser sa peau lors du massacre des électeurs dans les bureaux de vote des élections avortées du 29 novembre 1987 à la Ruelle Vaillant.

Comme beaucoup de jeunes de l’époque, fougueux dans la lutte pour une nouvelle Haïti avec des chances égales pour tous, ce militant de tendance de gauche était dans la mouvance des organisations populaires de l’époque qui, quelques années plus tard, avait accouché les résultats de l’élu du peuple aux élections du 16 décembre 1990.

Puis vint le coup de force du 30 septembre 1991. De « fè koupe fè » pendant les trois ans du coup d’État contre le leader populaire, l’élu du 16 décembre 1990, le président Jean Bertrand Aristide, le jeune compatriote était sur tous les fronts.

Il était au centre de tous les combats et débats politiques pour le retour à l’ordre constitutionnel démocratique.  À l’époque, tout en faisant ses études classiques et universitaires, à l’école politique des leaders de gauche qui était retourné au pays après le 7 février 1986, ce jeune militant avait acquis de nombreuses expériences.

Sur le champ de bataille d’une politique machiavélique des coquins traditionnels sur le terrain, il avait beaucoup appris des hommes et des femmes d’Haïti. Des hauts et des bas, des coup-bas, des dilatoires, des marronnages, des dénonciations, des compromis conjoncturels, tels étaient le comportement des aînés de la politique post 7 février 1986.

Entre-temps, ils sont nombreux des jeunes camarades de combat des organisations populaires qui, dans leurs résistances au coup d’État du 30 septembre 1991, sont tués par des militaires. Pendant que d’autres, persécutés par des attachés du FRAPPH qui refusaient de se détacher du pouvoir, pour se mettre à couvert, étaient obligés de, soit se réfugier dans les zones les plus reculées du pays, ou ailleurs.

Soldat de classe. Militant très engagé sur le terrain, il ne voulait pas abandonner son combat contre le régime militaire d’alors. Puis, comme tant d’autres, il avait, avec les larmes aux yeux, laissé le pays pour, avec sa famille, se réfugier sur les côtes de la Floride.  Questions de ne pas être trop loin d’Haïti.

Au pays de Tonton Sam, pendant qu’il cherchait à s’intégrer au système combien difficile en Amérique, il menait, sous d’autres formes organisationnelles, des combats pour le retour, non seulement à l’ordre constitutionnel du président, des réfugiés politiques, mais aussi d’autres formes de combats de subsistance dans leur communauté.

Mais avec l’âge, suivi des responsabilités familiales, aussi bien de déceptions que de mauvaise gouvernance des autorités du pays des trente dernières années, sans le savoir, le militant devenu vieux, rentrait dans une retraite anticipée de la politique haïtienne.

De jour en jour, il se fait rare. On ne le voit presque plus dans les manifestations de rues.  Il n’intervient pas dans les radios communautaires pour parler d’Haïti et des problèmes de réfugiés politiques.  Il ne déplace que rarement pour des activités familiales ou pour une sortie d’occasion pour rencontrer un groupe restreint d’anciens camarades.

Mais si les déceptions ouvrent les yeux, elles ne changent pas pour autant l’amour charnel de ce patriote pour son pays. « Kòm yon ouvriye ki van n zouti l, men li pa vann metye l », subitement, le militant à la retraite veut mener un dernier combat pour, finalement, débarrasser son pays de ces politiciens sans scrupules.  Il veut, avec d’anciens et nouveaux combattants, mener le dernier combat pour retirer son peuple dans la crasse du sous-développement et son pays du marasme économique qu’il se trouve.

Que les dieux tutélaires de la nation puissent accompagner ces combattants de la liberté dans ses derniers.

Esau Jean-Baptiste

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