Laurent Lamothe VS Michel Martelly, une guerre qui coûtera cher à Haïti !
« Dans ce choc politique sans mesure, même l’argent ne garantit la loyauté de quiconque. Il y a un climat délétère qui s’installe. Personne n’est avec personne, chacun se bat pour soi-même. Tout le monde essaie d’abuser quelqu’un, ou de se faire abuser. Ainsi, va la lutte pour le pouvoir à l’intérieur du cheptel PHTK déchiré et anxieux de revenir au pouvoir. »
Par Joel Leon
L’affrontement, je dirais, sans merci des deux « frère-ennemis », Lamothe et Martelly, domine toutes les discussions politiques dans le pays. C’est une guerre réelle qui affecte sévèrement le paysage politique haïtien, avec un lot de complications qui embrouillent la vie des citoyens. D’abord, de quoi il s’agit ?

D’après une source crédible, Martelly est victime de la même manigance utilisée contre Lamothe. Il y aurait un pacte entre les deux, de la même façon qu’il y avait eu un entre Jovenel et lui. Martelly devrait passer le pouvoir a son premier ministre, Laurent Lamothe. C’était connu et admis dans tous les milieux politiques proches du PHTK. Il se trouve qu’au cours de route, la position de l’ancien président a changé.

Les proches de Martelly, en particulier sa femme et son beau-frère, respectivement Sofia et Kiko Saint-Remy, ne voyaient pas ce « deal » de bon œil. La raison évoquée, c’est que Laurent Lamothe est trop agressif, il peut ne pas honorer son engagement de remettre les clés du palais national à Martelly après la fin de son mandat. Si au début, l’ancien président rejetait d’un revers de main cette hypothèse, mais en observant que le premier ministre a monté une équipe politique à son insu, sans avoir été averti, Martelly commençait à considérer la perspective d’un différend dauphin.
A rappeler que, selon la même source crédible, Martelly n’avait pas un sou, comparativement aux moyens financiers qu’exige une campagne électorale. D’ailleurs, il venait de perdre 3 propriétés dans l’État de la Floride pour non-paiement, que les banques avaient aimablement saisies.
Donc, Laurent, dont certains arrivent même à dire qu’il est un milliardaire, avaient accepté de mettre beaucoup de frics dans la machine électorale de Martelly. Effectivement, son calcul était correct. Le président du compas remporta l’élection présidentielle, il était devenu président de la République d’Haïti. C’est normal que Lamothe reçoive des dividendes politiques, afin de rentrer l’argent décaissé dans son engagement risqué en faveur du nouvel élu.
Ainsi, Laurent a été nommé ministre des Affaires Étrangères, sous le leadership du jeune cadre, Dr Gary Conille. Puis, il le remplaçait à la primature, là il a passé près de deux ans en jouant le rôle de super-chef de gouvernement. Il faut mentionner que d’après un ancien membre du cabinet de Laurent Lamothe, au Conseil des Ministres, Martelly était visiblement dépassé, il n’avait rien compris, de temps en temps il lançait de petits mots moqueurs, c’était le premier ministre qui menait la balle. La source a ajouté aussi que Lamothe faisait preuve d’un grand professionnalisme et maintenait un climat de respect dans ses rapports avec ses ministres.
Bref, Michel Martelly fit choix de Jovenel Moise, entretemps assassiné, comme son candidat. Il allait remporter la présidentielle dès le premier tour. Laurent Lamothe ne pardonnera jamais cet affront de Michel. Si au cours d’un certain moment, la guerre était froide entre eux, tout tourne aux vinaigres lorsque Laurent a pris le contrôle de Jovenel Moise au cours de l’année 2018-2019.
Certains croient que la percée politique de Lamothe de s’approprier Jovenel Moïse de Martelly, faisait partie d’un calcul stratégique à double coups. Se venger de Martelly tout en avançant son ambition présidentielle. Il aurait pu aisément réussir, si ce n’est l’assassinat soudain de Jovenel Moise, dont Martelly serait impliqué.
Les reproches du camp de Martelly à l’endroit de Laurent Lamothe sont totalement spéculatifs et même diminutifs à l’endroit de leur poulain. Dans l’affaire de la débâcle financière du fonds petrocaribe, il accuse l’ancien premier ministre d’être le premier des dilapidations. En fait, il croit qu’il avait piégé l’ancien président pour qu’il soit le premier bénéficiaire des déboursements intempestifs de fonds. Le pire, c’est que la présidence de Martelly n’a concrètement rien pour justifier la forfaiture de tout cet argent. Mais, Michel Martelly qui a été investi de la confiance populaire, ou était-il ?
Aujourd’hui, la guerre est totale. Les accusations pleuvent comme de la grêle. Les deux camps s’affrontent à coups de missiles, et surtout sur tous les fronts. Cependant, Lamothe a un avantage considérable sur Martelly, il connaît très bien les rouages du pouvoir à Washington et maîtrise aussi le jeu technologique et médiatique.

Le camp de Martelly accuse Laurent Lamothe comme celui qui avait planté l’article immolateur dans les colonnes de « New York Times ». Un article de choc, dans lequel Martelly a été sacrifié vif. Le « Washington Post », moins d’une semaine après, dans un éditorial fielleux, appelle publiquement l’administration de Joe Biden de procéder à l’arrestation de l’ancien président comme dealer de drogues et assassin du président Jovenel Moïse.
Laurent Lamothe a rejeté toute implication personnelle dans la publication de ses deux « kout jounal fatal », mais les proches de Martelly continuent de croire fermement qu’il est derrière tous les ennuis de l’ancien président.
Au milieu de la semaine, le camp de Martelly a poussé un tract qui a fait son chemin sur les réseaux sociaux, à savoir que Laurent Lamothe avait commis un acte illégal lié à son statut migratoire. De ce fait, il est dans la visière des autorités migratoires américaines.
Si l’affrontement se fait médiatique, surtout aux Etats-Unis, où ils vivent tous les deux, le vrai combat se fait sur le terrain, en Haïti. Il y a un affrontement sans merci pour la conquête des mairies dans le pays. Cependant, il est difficile d’identifier qui est avec Martelly ou qui n’est pas. C’est un exercice typiquement haïtien, tout se balance et tourne suivant la direction du vent. Pour chaque poste de magistrat il y a plus d’un millier de candidats, c’est un tohubohu politique assourdissant qui peut déstabiliser les meilleurs cerveaux du monde. Les alliances se concluent à l’orient pour mourir à l’occident. Tous les partis politiques s’y impliquent, pas seulement le PHTK. On dirait qu’on vient à peine de découvrir l’importance stratégique des mairies de la république dans les élections haïtiennes.
Dans ce choc politique sans mesure, même l’argent ne garantit la loyauté de quiconque. Il y a un climat délétère qui s’installe. Personne n’est avec personne, chacun se bat pour soi-même. Tout le monde essaie d’abuser quelqu’un, ou de se faire abuser. Ainsi, va la lutte pour le pouvoir à l’intérieur du PHTK déchiré et anxieux de revenir au pouvoir.
Il y a aussi cet engagement de l’alliance Joveneliste qui entend renverser Ariel Henry, l’actuel premier ministre et président a la fois, du pouvoir. Avec un quelconque dirigeant, les jeunes loups de Jovenel se sentiront plus apte à naviguer dans l’eau puante de la politicaillerie haïtienne. Ainsi, ils multiplient des contacts. Ils n’ont plus d’ennemis. Ils admettent leurs excès, ils réhabilitent les anciens adversaires, ils ne jurent que par la constitution d’un grand mouvement de protestation capable de renverser Ariel. Car, des élections sous la férule de ce dernier, constituent pour eux un forfait.
Cependant, il y a un point commun entre les deux camps, Martellistes et Jovenelistes, un désir démesuré de revenir au pouvoir, et ceci par tous les moyens. Entretemps, aucun projet politique cohérent n’est proposé à la nation. Il est encore tôt, très tôt, on n’a qu’à attendre !
Joel Leon






