L’ASSASSINAT DE TOUSSAINT LOUVERTURE, UNE PERTE HUMANITAIRE

Le 7 juin 2022 écoulé, marquait la 220ème année de l’arrestation et la disparition d’un grand homme, Toussaint Louverture, dont la vision était de faire de Saint Domingue un territoire libre pour les noirs qui y vivaient. A en juger par cette déclaration du roi de France, Napoléon Bonaparte, le meurtre contre Toussaint Louverture affecta et continue à affecter toute l’humanité. « Si jamais j’ai commis un crime dans ma vie, dit Napoléon Bonaparte, dans l’un de ses mémoires, c’est le fait d’avoir assassiné Toussaint Louverture, le plus grand génie de la race humaine ». Remarquez qu’il ne dit pas le plus grand génie de la race noire, mais plutôt de la race humaine. Cette pensée du souverain français nous fait comprendre que l’intervention de Toussaint dans l’histoire de Saint Domingue avait un impact considérable sur toutes les contrées avoisinantes d’une part, et sur le monde entier, d’autre part. Malheureusement, il fut déporté en France avant la réalisation de sa vision.
Oui, Toussaint Louverture était un grand homme. Kerverseau l’a attesté à Hédouville, à l’entrée de ce dernier à Saint Domingue. En effet, Napoléon Bonaparte envoya à Saint Domingue le général Hédouville pour épier en quelque sorte la politique louverturienne. Hédouville essaya de s’informer du diplomate noir avant d’entrer en pourparlers avec lui. Cette réponse lui fut donnée par Kerverseau ayant eu des expériences préalables avec Toussaint Louverture. « Avec lui, vous pourrez tout, mais sans lui, vous ne pourrez rien ».
Toussaint fut à juste titre l’un des plus grands génies de la race humaine. Sa motivation interne était incroyable. Il avait appris à lire et écrire à l’âge de 40 ans et il devint l’un des plus grands intellectuels à Saint Domingue. Lisant les ouvrages politiques de Labbé Reynald, il continuait à parfaire sa connaissance et son éducation. Sa présence à Saint Domingue inspirait beaucoup de craintes à la métropole. Il écrivit une constitution en 1801 concernant son intention de créer un Etat libre pour ses frères, les noirs et en envoya une copie à Bonaparte, le Roi de France, par général Maintland. L’en-tête utilisé pour ce courrier fut : « Du Premier des Noirs au Premier des Blancs ». Après avoir lu ce document, Bonaparte le déchira en disant : « Je ne me reposerai jamais jusqu’à ce que je déchire à ces noirs de Saint Domingue toutes leurs épaulettes ». Les idées dégagées dans cette constitution montrent sans ambages que Toussaint dirigeait déjà un Etat libre et indépendant. C’était un très bon projet de société. « La France a regretté, nous dit Aimé Césaire, l’historien Martiniquais, de n’avoir pas adopté la constitution de Toussaint Louverture ». L’Angleterre fit sortir une constitution avec les mêmes idées de Toussaint Louverture en 1901, et tous les pays européens s’accordèrent pour lui décerner le prix Nobel des droits humains. Si Napoléon avait apprécié et appliqué la constitution de Toussaint, la France aurait déjà dépassé l’Angleterre en ce qui concerne les droits humains et le développement social.
L’influence de Toussaint était incontestable à Saint Domingue. Le général Laveau fut jeté en prison au Cap à la suite de la révolte des colons qui réclamaient leurs droits des représentants de la métropole : droit d’être élus à toutes les fonctions dans la colonie et droit de fixer eux-mêmes leurs impôts. Après avoir entendu la nouvelle, nous dit l’histoire, Toussaint partit d’Ennery sur son cheval et entra au Cap. Arrivé à la prison, il en ouvrit la porte et dit à Laveau: « mon général, vous êtes libre ». « Que ceux qui ne sont pas d’accord s’embarquent », a-t-il ajouté. Après cela, Laveau proclama Toussaint général en chef de l’armée française à Saint Domingue.

A bien suivre les faits, l’influence de Toussaint allait croissante jusqu’à la fusillade de Moïse. Moïse, le neveu de Toussaint, initia une révolte contre les colons à la Grande Rivière du Nord, qui déplut à son oncle. « Il devait attendre mes ordres », disait Toussaint. Aussi, ordonna -t-il l’arrestation et la fusillade de Moïse. Cet incident a créé beaucoup de panique dans la colonie. Les compagnons de Toussaint ne savaient rien concernant les motifs de l’arrestation et de la fusillade de Moïse. Cette absence de communication avait renforcé l’autorité coloniale à Saint Domingue. L’attitude diplomatique de Toussaint le séparait de ses frères. Il paraissait plus du côté des blancs que de ses frères, les noirs. Il parlait en leur faveur, mais ses actes disaient le contraire. Il paraissait ignorer ce proverbe romain qui dit : « acta nun verba » : les actes, non pas les mots. Voilà pourquoi son arrestation ne fut pas contestée par ses frères. Leclerc écrivit une lettre au Ministre de la Marine française en ces termes : « Si au moins Christophe et Dessalines avaient supporté Toussaint, l’expédition de 1802 aurait été vaincue », Wenda Parkinson. Comment comprendre que Dessalines, Christophe, Capois Lamort et leurs compagnons de combat auraient accepté passivement l’arrestation et la déportation de Toussaint ? Leur succès aux combats de la Crête à Pierrot, à la Butte Charrier et aux Vertières montre sans doute que la fusillade de Moïse les avait intimidés. Voilà pourquoi ils n’avaient pas réagi contre l’arrestation de Toussaint. Aussi, écrivit un historien haïtien : « la fusillade de Moïse, une erreur politique et un crime ». Conséquemment, les généraux indigènes étaient perplexes à l’arrivée de l’expédition de Leclerc en 1802. Dans ce climat de stupéfaction, le général Brunet posa par surprise l’arrestation de Toussaint le 7 juin 1802. Il fut transporté au Cap sur le Créole, et là, on l’embarqua sur le Héros pour la France. Il faut noter que l’expédition de 1802 fut la plus grande intervention française à Saint Domingue, visant à conserver la colonie à la France. Elle était composée de 86 vaisseaux de guerre et 30,000 hommes de guerre, avec une triple mission :1-expédier en France tous les généraux indigènes, 2- désarmer les cultivateurs et 3- rétablir l’esclavage. La déportation de Toussaint Louverture semait beaucoup de panique dans la Colonie de Saint Domingue. Cependant, les paroles célèbres de Toussaint avaient inspiré ses compagnons de combat à continuer la lutte jusqu’à la libération de Saint Domingue. « En me renversant, dit-il, on n’a abattu à Saint Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté des noirs ; il repoussera par ses racines, parce qu’elles sont profondes et nombreuses ». Arrêté le 7 juin 1802, Toussaint fut, dès son arrivée en France, était enfermé au Fort de Joux où il mourut le 7 avril 1803.

D’aucuns estiment qu’Haïti serait mieux orientée si Toussaint était là au moment de la naissance de la nation haïtienne. On dit aussi que nos ancêtres ont débouché sur l’indépendance en luttant pour la liberté générale. Ce qui voudrait dire que notre indépendance était un accident de parcours. A vrai dire, le concept d’indépendance n’était pas courant au temps de Toussaint Louverture. On parlait plus de liberté générale que d’indépendance. Beaucoup d’Haïtiens ne comprenaient pas vraiment le concept de l’indépendance. Pour eux, être généralement libres ou indépendants signifiait la mort du travail. Ils célébraient la liberté en disant à bas le travail ! Ainsi, nos premiers dirigeants avaient beaucoup à faire pour mettre les Haïtiens au travail et contrôler en même temps l’administration. Dessalines serait la bête noire, pour avoir essayé de résoudre ces problèmes. Ainsi, notre révolution fut trahie par nos propres frères qui ont assassiné Dessalines. Pourquoi l’avait-on assassiné ? Il épousa la cause des pauvres noirs dont les pères étaient en Afrique contre les mulâtres exploiteurs ayant réclamé la succession de leurs pères. « Avant la prise d’armes contre Leclerc, les mulâtres, fils des blancs, n’avaient pas réclamé la succession de leurs pères. Comment se fait -il qu’ils la réclament à présent », ajouta Dessalines ? Aussi ordonna-t-il la vérification des titres de propriétés qui a causé sa mort.
Des opinions tant nationales qu’internationales témoignent que l’absence de Toussaint est une vraie perte pour le monde entier. L’historien Martiniquais, Aimé Césaire estime que la France devrait regretter jusqu’à présent de n’avoir pas accepté la Constitution de Toussaint en 1801. L’Angleterre fit sortir une constitution comme celle de Toussaint en 1901 qui lui imputa le prix Nobel de droits de l’homme. Terminons avec le professeur Lorimaire Denis qui dit : « Toussaint était un très bon footballeur. Il passa Sonthonax. Il passa Hédouville. Il passa Laveau. Arrivé devant Leclerc, en tombant, il passa le ballon à Dessalines qui tira au but ».
Tout compte fait, nous avons perdu un très grand homme, un génie dont la philosophie n’est pas continuée. S’il était là, nous serions vraisemblablement plus loin, estiment certains penseurs. Si nous adoptions sa vision, nous serions parmi les peuples les plus avancés de la planète. Cependant, il n’est plus là. Que toutes les âmes haïtiennes se réveillent pour une liberté réelle, celle qui vient du Fils de Dieu, Jésus-Christ le Sauveur. « Si donc le Fils de Dieu vous affranchit, vous serez réellement libres », Jean 8 :36. A ce point, on pourra dire sans réserve : à bas le sous-développement, à bas le kidnapping et vive le Progrès !
Pasteur Jolain Romelus





