L’agonie d’ Haiti à travers le prisme de ma vie
Boukan news, 02/13/2024 – J’avais onze ans lorsque l’agonie d’Haïti a commencé. J’ai maintenant 78 ans. Cela signifie que l’agonie de la nation a enduré 67 ans de larmes et de douleur. Je suis né dans une famille de la classe moyenne de la ville de Garde-Rivière du Nord, lieu de naissance de Jean Jacques Dessalines, le père fondateur de la nation. C’est aussi le lieu de naissance de Jean Price Mars, notre formateur. C’est un endroit agréable, entourée de montagnes qui suscitent l’admiration de la plupart des visiteurs lorsqu’ils entrent dans la ville.
Mon grand-père était un exportateur en gros de denrées comme la noix de coco et le café, ma grand-mère vendait des vêtements et était une excellente boulangère ; ma mère était institutrice qui est devenue plus tard directrice de l’école publique pour filles et mon père était Juge au Tribunal Civil dans la principale ville du nord d’Haïti, Cap-Haïtien. Ce classement social m’a permis de mener une vie agréable et idyllique dans ma jeunesse.
Paul Eugène Magloire était le Président, avec ses manières débonnaires, Haïti vivait son âge d’or d’un siècle et demi ; le pays était paisible et le chouchou des Caraïbes recevant les rois et les princesses ainsi que les nantis de l’univers tous admiratifs de notre culture, nos montagnes et notre cuisine. J’ai grandi dans la conviction que ce paradis terrestre durerait éternellement.

Cette histoire prit fin brusquement en septembre 1957 lorsque François Duvalier fut élu président d’Haïti. Magloire, à la fin de son mandat, enhardi par l’accueil chaleureux qu’il a reçu aux États-Unis lorsqu’il a été accueilli par les deux Chambres américaines, a négligé de préparer son successeur légitime, Clément Jumelle.
Mon grand-père qui était mon formateur pendant mes années de jeunesse fut décédé du cancer de la prostate et j’ai quitté ma ville pour poursuivre mes études universitaires. Ce fut le début de mon agonie et le début de l’agonie d’Haïti. Duvalier a duré 33 ans, ajoutant l’insulte à l’injure, à sa mort en 1977, son fils de 19 ans l’a succédé, complétant la dictature père-fils et leur emprise sur Haïti.
Le 7 février 1986, le peuple haïtien a déployé ses forces et a expulsé Jean Claude Duvalier du pays. Hélas, l’agonie s’est poursuivie sous le soi-disant débauché de la démocratie présidé par le général Henry Namphy. A cette époque, j’avais déjà émigré aux États-Unis, armé d’un diplôme d’étude su- périeure en travail social et en droit des meilleures universités du pays, j’aidais un avocat des droits civiques Gérard Gourgue à devenir le prochain président d’Haïti.

Il a commis l’erreur de ne pas obtenir le support des États-Unis. Le général Namphy a donc reçu l’ordre de perturber les élections qui allaient nommer Gérard Gourgue comme président. Le calvaire d’Haïti a pris une vive intensité qui a duré 38 ans, jusqu’à aujourd’hui.
Dirigé par le fougueux Jean Bertrand Aristide, prêtre défroqué, Haïti a connu ses jours sombres avec le début du recours à des gangs de jeunes pour menacer les opposants à son régime antilibéral. Expulsé du pays à deux reprises, il a quitté la structure d’une milice de gangs qui contrôle désormais 90% de la capitale, paralysant le commerce quotidien entre Port au Prince et le reste du pays.
Les enlèvements quotidiens contre d’énormes sommes d’argent indiquent que cette pratique est entrée dans une phase où il s’agit d’une pratique commerciale contrôlée par des hommes d’affaires légitimes. Après Aristide, Haïti est tombée dans l’abîme d’être dirigée par des démagogues comme René Préval (à deux reprises président) et Michel Martelly. La corruption, l’indécence et la mauvaise gouvernance étaient à leur plus bas niveau. J’ai essayé de mettre ma casquette dans le jeu en me présentant à la présidence d’Haïti, mes chances étaient nulles avec Jovenel Moise utilisant les ressources du gouvernement (25$ par voix) et la corruption pour remporter la présidence.
C’est l’époque où le pays a enduré la mauvaise gouvernance de Jovenel Moïse, un ami de Michel Martelly placé au pouvoir pour continuer à s’emparer des richesses du pays. L’arrogance de Jovenel était si effrontée qu’il a été brutalement assassiné le 7 juillet 2021 par ses pairs. Ariel Henry, médecin et Adventiste au cœur d’airain, l’a remplacé. Il est tellement incompétent qu’il parvient à susciter la colère de toute la population. Les enlèvements et les meurtres atteignent leur apogée sous sa direction.
Selon une estimation des Nations Unies, environ 4 000 personnes ont été tuées dans ce pays de 12 millions d’habitants, le nombre d’enlèvements et de violences sexuelles atteignant cette année 2 500 personnes. Personne n’est en sécurité, récemment une douzaine de religieuses ont été kidnappées. Le Pape a participé à leur libération. Dans cette atmosphère, les Nations Unies ont voté pour qu’une force internationale sous la direction du Kenya entre dans la mêlée en Haïti. La plus haute Cour de Justice du Kenya vient de voter l’interdiction aux forces de police d’intervenir.
Nous arrivons à la date fatidique du 7 février 2024 où la colère de la population atteint son paroxysme pour demander à Ariel Henry de quitter le siège du pouvoir.
La crise en Haïti est à son point d’ébullition avec Guy Phillipe, ancien chef de la police et ancien Sénateur élu, annonçant sa quête pour mener une « révolution en Haïti ». Il envisage de s’attaquer au problème de l’insécurité en utilisant l’armée, la police et l’aide de la communauté internationale pour dé- nicher les bandits considérés comme des terroristes qui souillent la réputation des Haïtiens en tant que population pacifique, réputée pour sa bonne moralité et sa réputation irréprochable.
Le Premier Ministre d’Haïti devra s’attaquer aux problèmes les plus irritants qui agacent la population, tels que les infrastructures décrépites et les institutions défaillantes qui justifient l’appellation d’état en faillite d’Haïti. Il devra tenter d’instaurer le sentiment d’appartenance au sein de la population. Haïti est tellement hostile à son propre peuple que 85 % de la population profiterait du programme de libération conditionnelle volontaire de Biden pour quitter le pays.
Il nommera ensuite le Conseil électoral qui dirigera les élections par degré. Premièrement, l’élection des délégués des comtés ruraux s’accompagnera d’une rénovation et d’une résurgence majeure des 565 communes rurales.
Ce premier scrutin se déplacera ensuite dans les 150 villes où le Conseil électoral procédera aux élections des maires qui dirigeront le développement des villes d’Haïti.
Cet exercice se poursuivra dans les 10 principales villes d’Haïti où le Conseil procédera à l’élection des législateurs (sénateurs et députés). Un programme d’urbanisation accompagnera ces élections.
Enfin le programme reconstruira la capitale, Port-au-Prince, fixant l’élection du Président et les amendements à la Constitution.
Quarante ans après avoir conseillé Gérard Gourgue qui a raté la présidentielle en raison de son manque de compréhension du jeu international, le nouveau Premier Ministre doit être un adepte du jeu international pour ne pas rater sa chance de recréer Haïti. Que l’esprit des pères fondateurs le guidera que la Providence soit son guide pour réussir à devenir le prochain chef d’État provisoire en Haïti.
A ce titre, le pays sera en passe de devenir une nation indépendante, riche et prospère comme je l’ai indiqué dans mon livre « Pour le pays pour la patrie », une vision de société qui rendra Haïti riche, indépendante et pleine de puissance. Elle cessera de porter le titre et l’appellation de nation la plus cor- rompue et la plus pauvre de l’hémisphère occidental.
Puisse les dieux titulaires des fondateurs de la patrie, nous protège, que la Providence nous dirige vers la paix et le bonheur! Un exportateur Américain m’a confié récemment « les fruits et les produits d’Haïti sont les meilleurs dans le monde. » N’aie pas peur Haïti, le salut est dans l’ère.
Jean Herve Charles, LLB, MSW, JD





