La Russie, va-t-elle envahir l’Ukraine ?

Cette question est d’une importance capitale, c’est pour cette raison que les nations y prêtent une attention soutenue, incluant tous les citoyens avisés, sur les conséquences d’une guerre. Plus de 100.000 militaires russes sont massés sur la frontière ukrainienne depuis déjà quelques semaines. Des photos prises par satellites montrent que des centaines de chars, des transporteurs de troupes, d’avions militaires sont mobilisés dans la même zone. C’est normal que le monde s’intéresse à la concrète possibilité d’une invasion de l’Ukraine par l’une des plus puissantes armées du monde, celle de la Russie.
Les demandes de la Russie
Amy Mackinnon, un expert en sécurité et intelligence pour le compte de « Foreign Policy », a résumé en ces termes les demandes fondamentales de la Russie :« Dans des projets de propositions remis aux responsables américains et publiés en ligne à la fin de l’année dernière, le Kremlin a exigé une vaste série de garanties de sécurité de la part de l’Europe et de l’OTAN : plus d’expansion vers l’est de l’alliance et des garanties de ne pas déployer de troupes ou d’armes dans les pays qui ont rejoint le bloc après 1997. Les demandes russes appelaient également à des restrictions mutuelles sur le déploiement de missiles à courte et moyenne portée et à un plus grand partage d’informations sur les exercices militaires, entre autres. »
Ces exigences de la Russie ne datent pas d’hier. Depuis les années 1990, soit moins d’une décennie après l’éclatement du bloc de l’est qui marquait aussi la fin de la guerre-froide, en 1989. La Russie ne cessait d’exprimer ses réserves. Les spécialistes en matière de sécurité russe pensent que l’occident est en train d’encercler leur pays. Ils dénoncent cette stratégie qui consiste à convaincre tous les États limitrophes de la Russie à devenir des membres de « l’Organisation Traitée Atlantique Nord-OTAN ».
Depuis 1999, la République tchèque, la Pologne et la Hongrie étaient devenus des membres à part entière de l’OTAN. A partir de 2004, d’autres pays ont suivi le même parcours, on peut citer la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, l’Estonie et la Lettonie. Sans oublier l’autre groupe, dont le Monténégro, l’Albanie, la Croatie et la République de Macédoine… tous sont aujourd’hui membres de l’OTAN depuis l’année 2020.

Mr Arnaud Dubien, directeur de l’observatoire franco-russe à Moscou déclare que : « L’objectif de la Russie est de forcer les occidentaux, et singulièrement les Américains, à la discussion qu’elle n’a jamais pu obtenir depuis 1991 ». La Russie, sortie très affaiblie des évènements qui conduisaient à sa défaite, n’était pas en mesure de protéger ses intérêts stratégiques vitaux. Cependant, depuis les années 2008, avec l’intervention militaire en Géorgie, les Russes commençaient déjà à montrer des muscles. Car, Vladimir Poutine avait pu trouver des formules économiques magiques qui renversaient la situation misérable des 20 dernières années. Aujourd’hui, la Russie est devenue une robuste nation dotée d’une économie qui fonctionne bien, en dépit des sanctions économiques occidentales. Elle veut redéfinir l’ordre international mis en place à partir de 1989.
Est-ce une nouvelle guerre-froide ?
Techniquement, le monde unipolaire n’existe plus. La Chine et la Russie sont en train de contester la domination unilatérale des Etats-Unis dans tous les domaines, en particulier au niveau de l’économie et le militaire. A ce point, certains spécialistes arrivent même jusqu’à dire que Vladimir Poutine veut un autre « Congrès de Yalta » au 21e siècle afin de redéfinir les limites politiques et géographiques du monde. Au mois de décembre 2021, tous les États détenteurs d’armes nucléaires publiaient un communiqué dans lequel ils rejetaient toutes formes de confrontations nucléaires. Une guerre qu’ils qualifiaient eux-mêmes d’holocaustes, qui n’assurerait l’émergence d’aucun vainqueur. En ce sens, s’il n’y a pas de guerre proprement dite, la guerre-froide s’impose.
Pourquoi Vladimir Poutine décide d’agir maintenant, pas avant ?
Si le vacarme se fait autour de l’Ukraine, mais l’objectif que poursuit Vladimir Poutine va très loin au-delà de ses frontières et est à long terme, c’est-à-dire longtemps après sa mort.

L’arrivée de Joe Biden aux affaires aux Etats-Unis, après des élections sévèrement contestées par l’ancien président Donald Trump, marque un profond virage dans la politique étrangère des Etats-Unis. L’administration de Trump avait le focus sur la Chine hégémonique, qui représentait pour elle la plus grande menace à la domination mondiale de l’Amérique. Pendant ces quatre ans au pouvoir, l’administration républicaine maintenait de très bonnes relations avec la Russie et la Corée du Nord. En revanche, elle diabolisait L’Iran et la Chine. Cette politique a eu de bonnes retombées diplomatiques, les Etats-Unis n’affrontaient plus tous les pays belligérants en même temps. Ce qui en quelque sorte réduisait les tensions internationales.
En revanche, sous l’administration de Biden, l’Amérique fait feu partout. C’est une offensive totale et simultanée. Tantôt elle frappe la Chine, puis la Russie, ensuite la Corée du Nord, dans un degré moindre, l’Iran. Cette stratégie n’est pas forcément la meilleure, parce qu’elle permet aux pays cités plus haut de monter facilement une coalition stratégique contre les Etats-Unis.
Vladimir Putin planifiait cette pression depuis des années, probablement depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Pour beaucoup d’observateurs, ce fut un test réussi pour le maître de Kremlin. Il attendait tout simplement le bon moment pour mettre en branle sa stratégie globale qui consiste essentiellement à arrêter l’encerclement de l’OTAN, au moins en Ukraine, pour l’instant.
Depuis 2020, le monde entier fait face à cette pandémie mondiale, le Covid-19, qui déstabilise toutes les planifications à grande échelle et contraint les États occidentaux à gérer en urgence les problèmes internes liés aux conséquences sociales et économiques du fléau. Ensuite, Poutine joue avec la division qui a toujours existé en Europe. La France et l’Allemagne ne sont pas favorables pour que l’Ukraine rejoigne l’OTAN. Ces deux pays qui représentent la plus grande économie et capacité militaire du vieux continent, ont des raisons vitales pour ne pas s’aventurer dans une pareille initiative. Car, ils savaient pertinemment que cela va créer une forte réaction de la Russie, ce qu’ils voulaient éviter à tout prix. La France et l’Allemagne, deux pays qui avaient souffert dans leur chair les conséquences des deux dernières grandes guerres, éprouvent d’énormes difficultés à se lancer dans de pareilles confrontations. Sans oublier que 41% du gaz naturel que consomme l’Europe vient de la Russie, en particulier de l’Allemagne. Vladimir Poutine le sait très bien, que l’Europe tient beaucoup à la paix continentale, déploie ses cartes géopolitiques en parfait stratège.
Donc, un conflit armé en plein cœur du continent, surtout en cette période de froid ardent, ne fait pas l’affaire de quiconque.
Joel Leon
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