LA MORT, ABSOUT-ELLE LES VILAINS ?

Boukan News, 07/08/2023 – La journée d’hier ramenait le deuxième anniversaire depuis l’assassinat de Jovenel Moïse. Si pour certains l’ancien Président n’a laissé comme bilan politique qu’un héritage lamentable, dans l’opinion de ses partisans, en revanche, on tente de béatifier sa mémoire comme on le ferait pour Mandela ou pour Patrice Lumumba !
Ainsi n’est-il point étonnant d’entendre des incongruités du genre “Il avait un grand rêve pour le pays” ou “Il est mort en martyr parce qu’il luttait en faveur des couches les plus défavorisées”. Qu’en est-il exactement ?
Entendons-nous bien là-dessus, il n’y a rien de mal à ce qu’on tienne des propos élogieux à l’endroit de quelqu’un à sa mort, surtout si cette personne se révéla une belle âme durant son existence. Dans le cas de l’ancien président, on comprend la vive émotion qui entoure son passage de vie à trépas, d’autant qu’il a été assassiné comme un vulgaire criminel dans l’enceinte sacrée de son domicile.
Cela dit, vouloir canoniser un individu de la pire espèce tel que Jovenel Moise, c’est faire montre d’une amnésie affligeante. Les faits sont là qui prouvent qu’au cours de sa présidence désastreuse, l’ancien Chef d’État fut le premier à avoir plongé le pays dans cet abîme avant que son successeur, Ariel Henry, lui ait asséné le coup de grâce. Toute tentative visant à placer ce quidam au rang du panthéon de nos titans du passé est un outrage fait non seulement à l’intelligence des gens décents mais aussi et surtout à ces vrais héros !
Il est on ne peut plus certain que les historiens haïtiens qui se pencheront sur son quinquennat se trouveront confrontés à la mission ardue symbolisant le nettoyage des écuries d’Augias, tellement ils auront des vilenies à coucher par écrit. Car, jamais auparavant, le pays n’avait été en butte à tant d’événements dramatiques !
Faisant le jeu macabre des experts en politique de doublure, ce fils de paysan à qui moult Haïtiens devraient pouvoir s’identifier fit semblant d’oublier ses souches modestes pour rendre le pays invivable pour eux.
Que d’années d’angoisse notre cher petit pays a connues durant ces cinq ans passés sous cet usurpateur de titre improvisé en politicien ! Ce chenapan, n’appartenant à aucune idéologie de parti, nous a été imposé par une alliance malsaine composée du plus dévoyé de l’écosystème politique haïtien (Joseph Michel Martelly) ainsi que les forces impérialistes.
Jovenel doit en mourir de rire là où il est de voir que son nom honni fasse école au sein de ceux-là même dont les noms sont suspectés dans son exécution, au point d’accoucher d’une nouvelle idéologie politique nouvelle appelée “Jovenelisme”. C’est le cas par exemple d’un certain Ti Claude qui assumait l’intérimat à la Primature sans qu’il ait été capable de protéger son patron et qui aujourd’hui se présente comme le plus ardent des féaux de Jovenel, allant jusqu’à déclarer être un “joveneliste dans l’âme ”
La présidence de Jovenel a incarné la somme de toutes les dérives, la quintessence même de toutes les anomalies par lesquelles le pays de Jean Jacques Dessalines, le sublime, n’a jamais été frappé depuis sa fondation ! Disons-le pour ce qu’il est : monsieur Moïse n’était pas seulement exécré pour son crétinisme, il l’était aussi et surtout pour sa tête de mule. Car une chose est de se tromper de bonne foi, mais il s’agit d’une autre paire de manche de rester sourd aux appels répétés de rebrousser chemin. Le désormais tristement célèbre sobriquet d’Apredye lui a été collé au dos comme une moquerie de son indigence de jugement.
On se demande bien quelle folie de grandeur lui a oblitéré la raison pour qu’il ait pu accepter cette noble fonction de devoir diriger le pays d’Anténor Firmin, sachant fort bien qu’il n’avait rien d’exceptionnel à offrir si ce n’est qu’un faux titre d’ingénieur et un projet fictif de bananeraies, spécialement concocté pour séduire les votants imprudents lors des élections.
Bien sûr on ne saurait dissocier l’omniprésente communauté internationale des brigandages du régime de l’ancien président. Il ne parvenait à s’imposer que parce qu’il bénéficiait de son support. En contrepartie, il s’est rabaissé comme un vulgaire ver de terre en toute indignité devant l’autel de celle-ci. En l’espace de 5 ans, monsieur Moïse a dilapidé tout ce qu’il nous restait en fait de de grandeur comme peuple.
Souffrant d’une démangeaison maladive, il a, au cours de son mandat, empoisonné l’écosystème du pays de sulfure, le rendant impropre à l’implémentation des principes démocratiques. En apprenti dictateur, il tentait de créer un mouvement de noirisme démagogue qui est une réminiscence du plus obscurantiste des dirigeants haïtiens : François Duvalier. On ne sait même pas le qualificatif approprié pour décrire son régime sanguinaire.
S’agissait-il d’une autocratie ? D’un mouvement de gauche? De la droite ou d’une dictature tout court? Jovenel était le seul à pouvoir définir l’orientation politique du jovenelisme. Tout ce que l’on sait est qu’il dirigeait en despote. Mais même là encore, le terme de dictateur est impropre pour parler de sa présidence, dans la mesure où les dictatures traditionnelles satisfont à certain degré de sanité, d’ordre et de décence.
En effet, la dictature ne fait jamais bon ménage avec le chaos. Ce à quoi se livrait monsieur Moïse ne se trouve inscrit dans aucun registre normatif régissant la bonne gouvernance. Il s’agit tout simplement d’un individu qui pétait plus haut que son cul, un vrai arnaqueur dont l’ascension n’a pu être rendue possible que par l’imposition des mains impérialistes qui, de toute évidence, exultent toujours de joie devant l’ascension de tels cancrelats dans le Spectrum politique des pays du sud.
Le personnage fit montre d’une ambivalence ubuesque. D’un côté, vous l’entendiez dénoncer, à cor et à cri, ce qu’il percevait comme une classe oligarque qui s’approprierait des maigres ressources de la Nation mais de l’autre il appliquait une politique incohérente allant à l’encontre des intérêts de la classe défavorisée qu’il prétendait défendre.
À ces faiseurs de saints qui tentent d’enjoliver le palmarès de monsieur Moïse, rappelons qu’à son décès, les enquêteurs judiciaires ont découvert plus d’une trentaine de millions de dollars entassés chez lui. Par quelle logique cartésienne nous justifierait-on la présence d’autant de pognon chez quelqu’un qui, avant d’être président, était si fauché qu’il dût recourir à l’usage de faux pour emprunter de l’argent à la DGI.
Plongeant le pays dans un tribalisme clanique, il déchira ainsi le tissu social haïtien. Même si l’on n’ira pas jusqu’à le rendre responsable, à lui seul, de la prolifération des gangs armés dans le pays, il demeure patent qu’il figure parmi ceux qui ont tracé les premiers sillons. Ses petits manèges politiciens consistaient, en effet, à se servir de ces criminels de grand chemin pour réprimer sauvagement les mouvements de contestation qui fusèrent de toutes parts contre lui. Une balle à la tête, voilà l’ultime sacrifice que payèrent ceux qui furent assez braves pour conspuer contre son gouvernement.
Le seul mérite de son régime est d’avoir pu monter une machine de propagande sophistiquée, surtout sur les réseaux sociaux, dans le but de tordre la vérité et de détourner les projecteurs sur ses crimes. Cette campagne a jusque-là connu un certain succès parce qu’on trouve des gens assez ingénus pour y ajouter foi. Se dérobant de toute responsabilité dans les problèmes qu’il a lui-même engendrés, monsieur Moïse ne laissa échapper aucune occasion pour tirer à boulet rouge sur une certaine frange du secteur des affaires avec qui il avait des démêlés personnels.
Il ne s’agit pas de se montrer trop sévère envers le régime de Jovenel Moise, mais comment défendre un gouvernement qui n’était même pas capable de résoudre les problèmes les plus basiques de son peuple ayant trait à un minimum de climat de sécurité et de salubrité ?
Sa politique de « lese grennen » envers les bandits a fauché la vie à des centaines d’innocents, pour la plupart des jeunes cadres qui n’attendaient que le moment opportun pour prêter leurs services à la Nation, si affamée de matières grises.
Alors que le peuple étouffait sous le poids d’une misère infâme, le Président et sa clique de scélérats se la coulaient douce, affichant une morgue totale vis-à-vis de ceux envers qui il devait travailler au bien-être.
Grossièrement ingrat, son choix de se rallier du côté des États-Unis dans leur bras de fer avec un pays ami comme le Venezuela vous montre que son niveau de crapulerie n’a d’égal que son achondroplasie politique. Cette forme de lâcheté est étrangère à Haïti qui s’est toujours mise à l’avant garde pour défendre les peuples opprimés.
Donc, au-delà de tout sentiment de révolte qu’on puisse éprouver devant l’ignoble assassinat de Jovenel Moïse, il s’avère outrageusement malsain de vouloir le camper au rang des martyrs. Non, désolé, le Président n’a jamais été et ne sera jamais connu comme quelqu’un ayant un nimbe de probité sur la tête. Obnubilé par le pouvoir absolu et le gain malhonnête, il choisit de se positionner du mauvais côté de la rambarde de l’histoire. Quelque triste et douloureux que puisse être son décès, l’histoire ne saurait taire ses agissements criminels envers le pays qu’il a trahi et vilipendé.
Ducasse Alcin.





